Acte II, se» vin — 2. Horat. Ad Pison
joie. Il était bien difficile aux modernes de remplacer heureusement rartifîc^- habile de ces combinaisons.
L'œuvre d'Euripide ne paraît pas devoir cesser jamais d'exciter l'émulation des modernes. L'année 1860 nous l'a fait voir encore, et doublement; dans une traduction en vers, où un de nos professeurs, M. Romtain s'est appliqué
à en reproduire fidèlement les simples et pathétiques beautés; dans une tragédie d'Alceste, où un jeune magistrat,
M. L. de Vauzelles, qui a dû au modèle grec ou à son esprit plus d'un touchant passage, a tenté, à son tour, de le
corriger par un remaniement du siijet, dont cette nouvelle expérience achève de démontrer la difficulté*.
1. Nous avons commencé, p. 197, par rappeler l'hommage que Platon a rendu à la vertu d'Alceste. Citons, en finissant, ce qu'en a dit, développant les idées de Platon, notre Fénelon (Divers sentiments et avis chrétiens, eic, III, Sur le pur amour; Œuvres, éd. in 4" de 1792, t. VIII, p. 62, 68). Alceste et son sublime dévouement lui ont servi à faire comprendre, par analogie, cette affection désintéressée qu'il recommande d'avoir pour Dieu :
« .... Platon cite l'exemple d'Alceste, morte pour faire vivre son
époux. Voilà, suivant Platon, ce qui fait de l'homme un dieu, c'est de
préférer par amour autrui à soi-même, juscju'à s'oublier, se sacrifier se compter pour rien. Cet amour est, selon lui, une insi>iration divine * c'est le beau immuable qui ravit ibomme à l'homme même et qui le rend semblable à lui par la vertu.... Alceste est l'admiration des hommes pour avoir voulu n)ourir et n'être plus qu'une vaine ombre afin de faire vivre celui qu'elle aime. Cet oubli de soi, ce sacrifice total de son être, cette perte de tout soi-même pour jamais est aux yeux de tous les païens ce qu'il y a de plus divin dans l'homme; c'est ce qui en fait un dieu.... »
Rapprochons aussi de l'allnsion touchante rappelée p. 234, note 1 celle qu'une situation pareille a inspirée à Milton. Voici en quels termes, fidèlement et vivement rendus par M. Villemain (Rapports
académiques et choix d'études sur la littérature contemporaine, p 267)
ce grand poëte commence un pathétique sonnet consacré à une bien chère mémoire, celle de sa seconde femme, morte en couches après un an de mariage : '
« 11 m'a semblé que je voyais la sainte, ma défunte épouse, conduite à moi du fond de la tombe, comme Alceste, que le fils héroïque de Jupiter, l'ayant reprise de force à la mort, rendit à son heureux époux encore toute pâle et languissante.... » *