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ORESTE
écoute ; son âme, errante autour de toi, te parle par ma bouche* 1... w
Une supplication si vive, les instances du chœur qui s'y joint, ne touchent point Ménélas. Il déguise, sous de longues protestations d'intérêt, sous la vaine promesse de
s'employer à fléchir Tyndare et à persuader les Argiens, une froideur, un égoïsmo, une lâcheté, qui n'échappent pas à la pénétration d'Orestc. Ce malheureux se voit trahi, perdu, et c'est dans ce moment d'extrême détresse que le poète, avec une science de composition qui ne s'est point
démentie dans cet ouvrage, lui envoie Pylade, son lidèle ami.
Pylade revient de la Phocide, sa patrie. Il s'y est réfugié après le meurtre de dylemnestre; mais Strophius, son
père, a refusé de l'y recevoir. Les partisans de l'exacte vraisemblance pourront trouver que, pour ce double voyage, il n'a point perdu de temps.
En traversant la ville, il a vu le peuple qui se rendait en foule au jugement d'Oreste ; il accourt* l'en avertir, et l'aider de ses conseils et de son appui.
Remarquons en passant, avec un scoliaste, que, pour peindre la rapidité de sa marche, le mouvement empressé de son zèle, la vivacité de l'entretien qui s'engage entre les deux amis, le poète a remplacé le mètre ordinaire du dialogue par un vers d'une allure plus agile, par le vers trochaïque. Ces changements, presques insensibles pour nous, devaient flatter agréablement l'oreille des Grecs, et plaire à leur esprit par le juste rapport des formes de la versilication avec les vicissitudes de l'action dramaticuic.
La scène, ainsi commencée, s'accélère sans cesse, à mesure que la situation devient plus pressante. Les répll(£ues, d'abord coupées par vers, le sont bientôt par hémistiches, disposition ingénieuse, mais quelque peu sy-
2 « D'un pas plus rapide qu'il ne serait convenable, » ajoute-t-il, V. 717, à peu près comme Thé>ée da.ns VOEdipe à Colonne, y. S19. Voyez ce qui est dit à ce sujet, t. II, p. 231 sq.
métrique. Oreste se hâte d'expliquer à Pylade l'état désespéré où il se trouve, menacé dans l'instant d'une sentence de mort, et investi de gardes armés qui s'opposent à sa fuite. Dans cette extrémité, il conçoit tout à coup la
pensée de se présenter à cette assemblée qui va décider de sa vie, d'y soutenir lui-même sa cause, et d'aller audevant des heureux hasards que pourra lui oflVir la fortune. Pylade approuve ce généreux dessein, et s'offre d'y participer. Il soutiendra son ami de sa présence, en prendra soin si ses fureurs le surprennent de nouveau ; rien
ne découragera, ne rebutera son affection. Ils sortent en se donnant mutuellement les témoignages de la tendresse
la plus dévouée, lapins reconnaissante, en s'encourageant l'un l'autre , comme il arrive d'ordinaire , de leurs vœux
et de leurs espérances. Un trait admirable est jeté vers la fin de ce dialogue :
OHESTE.
Conduis-moi au tombeau de mon père.
PYLADE
QuV veux-tu faire?
Le prier de me sauver.
ORESTE
PYLADE
Tu le dois.
ORESTE
Mais garde que je ne voie le monument de ma mère '.
Le chœur resté seul sur la scène , s'entretient de la fatalité qui poursuit la maison des Atrides, et, par les images effrayantes sous lesquelles il se représente le
crime d'Oreste, fait pressentir la condamnation qui va le
frapper.
Bientôt reparaît Electre, que ses inquiétudes n'ont pas
laissée reposer longtemps, et à qui Pylade n'a pas permis
l. V. 785 sqq.
qu'Oreste communiquât son dessein. Elle l'apprend et s'en
efifraye ; mais, lorsqu'elle commence à exprimer ses terreurs, un homme survient tout à coup qui lui annonce
que l'assemblée des Argiens les a tous deux condamnés
à mourir, les exemptant, pour unique grâce, du supplice de la lapidation, et leur permettant de se frapper euxmêmes avec le fer. Le porteur de cette triste nouvelle est un vieux serviteur d'Agamemnon, que sa sollicitude pour ses jeunes maîtres a ramené des champs ce jour même, et qui, en arrivant à la ville, a été témoin de leur jugement. Il raconte ce qu'il a vu, ce qu'il a entendu; mais,
dans ce récit* plein d'intérêt, quelques allusions contemporaines décèlent chez Euripide une préoccupation étrangère à son sujet , et démentent la naïveté du personnage
qu'il fait parler. Tels sont des portraits ^ d'orateur, où l'on a cru' reconnaître le démagogue Cléophon * et le sage Socrate. C'est une peinture fort piquante, et dont le modèle n'a malheureusement pas vieilli, depuis les temps homériques, que celle de Talthybius, autrefois le héraut d'Agamemnon, ami dévoué de la fortune et de la puissance comme ceux de sa profession, parlant avec respect
de sou ancien maître dont il accable le fils malheureux,
caressant de l'œil les amis d'Êgisthe prêts à triompher,
et couvrant de raisonnements spécieux et de belles paroles
cet ingrat et lâche abandon ^ Electre, dans un chant lyrique mêlé, selon les sco-
liastes, d'emblèmes scientifiques assez déplacés, déplore la ruine complète de la maison de Pélops et de Tantale.