Voyez t. I, p. 138 sq
5. V. 723 sqq. Ce passage où l'on a vu quelquefois une allusion à
une guerre réelle, est un de ceux dont on s'est servi pour assigner par conjecture une date 3. V A ndr omaque. Samnel relit, Miscellan.j lib. III, ch. XVI, Bœckh, Grœc. trag. prmc, xv, s'en sont autorisés pour
ANDROMAQUE. 281
Molossus. Ses paroles sont pleines de pitié pour la mère, et de tendresse pour le fils, en qui le vieillard, malgré l'illégitimité de sa naissance, chérit un rejeton de
sa race.
« Retirez-vous, esclaves; voyons si quelqu'un de vous nrempêchera de la délivrer. Relove-toi, malheureuse. Que moimôme, de mes mains tremblantes, je rompe ces nœuds redoublés. Gomme ce méchant a maltraité des mains si délicates ! Pensais-lu donc garoUcrun taureau ou un lion? avais-tu peur qu'elle ne s'armât d'une épce pour se défendre contre toi? Viens ici, viens, mon enfant; aide-moi à détacher les liens de ta mère. Oh ! je t'élèverai à Phthie, pour les combattre un jour et les vaincre'.... »
Ce discours, et le tahleau qu'il retrace, sont véritablement d'une grâce et d'une naïveté charmantes. On en peut dire autant des remercîments d'Andromaque, mêlés d'un reste de crainte, et de la réprimande que lui adresse le vieillard, fier de la fermeté qu'il vient de montrer, et quelque peu blessé qu'on se délie ainsi de sa protection.
ANDROMAOUE.
0 vieillard, que les dieux vous favorisent, vous et les vôtres, pour avoir sauvé mon enfant et sa pauvre mère. Mais prenez garde que, cachés dans quelque lieu solitaire de la route, nos
ennemis no nous surprennent et ne nous ravissent. Un vieillard, une faible femme, un jeune enfant! Oh! si, échappés au
danger, nous allions y retomber de nouveau !
PÉLÈE.
Laissez là ces craintes de femme. Allez, alliz. Qui oserait
vous toucher? il s'en repentirait. Grâce aux dieux, nous avons dans Phthie assez de cavaliers et de fanlassins, et nous ne sommes pas encore si alTaiblis par l'âge que vous le pensez.
rapporter la représentation de cette tragédie à la deuxième année de la
qu un prétexte .uiciei embarrassante, sans qu'il y faille chercher subtilement une inieniiin secrète du poète.
ANDROMAQUE
Un homme comme lui, je le vaincrais d'un seul regard, tout vieux que je suis. Un vieillard courageux vaut bien des jeunes gens. Que sert^il à un lâche d'être fort*?
J*ai traduit ce passage, qui nous montre l'humain, le
génér'^ux Pelée un moment emporté par un mouvement d'innocente jactance , parce qu'il m'a paru très-propre
à faire comprendre le génie libre et flexible de cette tragédie, qui s'approche ainsi sans crainte et sans effort des
limites de la comédie. L'épopée faisait quelquefois de même. Chez Virgile^, cet élève des Grecs, le bon Latinus, lorsqu'il tiaite avec Énée, s'enchaîne lui-même, comme s'il avait conscience de sa faiblesse, par d'ambitieuses protestations d'inflexible fermeté. Ces personnages tragiques et éjiiques ont quelque chose de la comique
énergie du Chrysale de nos Femmes savantes.
Pelée est parti, probablement pour Pharsale, avec ceux qu'il a si heureusement délivrés ; et le chœur, qui tout à l'heure lui donnait presque tort, dans sa dispute avec Ménélas, célèbre maintenant ses louanges. Gela n'a rien
d'étonnant, puisque l'avantage lui demeure, et que le chœur, c'est le public. Ainsi, dans les pièces grecques, la foule elle-même avait son rôle, son caractère; elle s'y montrait, ce qu'elle est dans tous les temps et partout, rigide en paroles, mais timide en conduite;
amie de la vertu malheureuse, mais complaisante pour
le crime puissant ; portée du reste à prendre parti pour le dévouement et le courage, toutes les fois qu'ils '•éus-
sissent.
La duplicité d'action et d'intérêt est un défaut trèsrare chez les Grecs. Ils n'en étaient que trop défendus par l'excessive simplicité de leurs compositions. Euripide cependant y est tombé plus d'une fois mais , comme nous aurons occasion de le reconnaître dans la suite ,
moins par inadvertance que par système. De même que
Térence ne faisait quelquefois qu'une comédie de deux