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comédies de Ménandre, de même il arrivait à Euripide de rassembler dans une seule tragédie des sujets qui eussent offert à ses devanciers la matière de plusieurs tragédies distinctes. On aperçoit partout, dans son
théâtre, le dessein d'ajouter à l'intrigue une complication nouvelle. .^ .^ '
Ici, par exemple, après une première pièce, sur la rivalité d'Andromaque et d'Hcrraione, on en voit commencer comme une seconde, sur la mort de Néoptolème*. Par une fatalité commune à un grand nombre des productions d'Euripide, et que n'ont pu surmonter les lois de la gradation, celte seconde pièce n'est pas, à beaucoup près, la meilleure. Nous ne pouvons savoir s'il y avait précédé ou suivi Sophocle, auteur d'une tragédie à'Hermione. précisément sur le même sujet ^ et dont quelque chose nous est connu par ce qui reste de l'imitation qu'en flt chez les Romains, après Livius Andronicus, Pacuvius^ ,
Une esclave d'Hermione, sa nourrice, comme on la conjecturé* d'après l'expression de tendresse familière que lui a prêtée le poëte , annonce que sa maîtresse , troublée du sentiment de l'horrible action qu'elle a voulu commettre, effrayée du châtiment auquel l'exposent le départ de Ménélas et le retour prochain de son époux, veut se donner la mort. En effet, cette princesse paraît bientôt sur la scène, au milieu de ses esclaves qui
1. Elle semble annoncée à la fin de VOrestc, v. 1648 sqq. Cette duplicité d'action, reconnue jusqu'ici par tous les critiques M. Hartung, Flans son Eurpid. restitut. 1844, t. iî, p. lOS sqq s^applique a la rSre disparkttre au moyen d'une explicaiion nouvelle du suje de la Pièce. Ce sujet c'est, selon lui, la ruine de la maison de Pelée par suite de ses rapports avec la famille des Atndes. ^ . ,^,n p
2 Eustathe, ad Hom. Odyss. IV; Schol. Funp., Orest., 1649; cf.
^fCh 'rêsîitulion difficile de ces pièces voyez, en dernier lieu,
E A J Ahrens, Sophocl. fragm., éd. F. Didot, 1842, p. 291; 0. Rlb-
bliothèque du' Roi, n- 2793, Mém, de VAcad. des helles-lettres ,i. IX, p. 36 sqq. U Plupa'-t des éditions la désignent par le mot Tpoço;.
iL.M
cherchent vainement à contenir ses transports, dans tout ie désordre d'un désespoir, qui a paru à la plupart des critiques trop subit, trop peu motivé, et auquel la perversité du personnage ne permet p:^s de prendre beaucoup d'intérêt.
Tout à coup un étranger survient. Il se nomme Orc-le, dit-il, se rend à Dodone pour y consulter l'oracle, ot,
j passant par la Phthiotide, près du palais du fils d'Achille, a cru devoir venir s'informer du sort d'Hcrmione, sa parente. Celle-ci se jette à ses pieds, et, après lui avoir déclaré dans quel danger l'ont précipitée sa jalousie et
. ses entreprises contre Andromaquc, elle le conjure t^e l'emmener pour la soustraire à tout ce qu'elle redoute. Oreste fait alors connaître (ju'inslruit de la discorde qui troublait la maison de Néoptolème, il est venu avec dos
hommes armés dans le dessein d'y reprendre une épouse
qui lui fut promise et dont le mari d'Hélène et le lils d'Achille l'ont injustement frustré*. Il annonce mémo
obscurément qu'il a préparé, contre ce dernier, dans la
ville de Delphes, où Néoptolème s'est rendu pour iléchir
Apollon irrité contre lui, une trame à laquelle le mal-
1. Dans Vllcrmione de Sophocle (voyez page précéden'e), autant qu'on peut le conjpclurcr par les fragments de VHermionc de Pacuvius, Oreste el Néoptolème se dispuiaient Hermione en présence de
Méiiélas. A cette contestai ion peuvent se rapportfir les vers suivanis conservés par le grammairien Nonius (v. v. Fkxanima, Dicere^ Aptus,
Autumare) :
0 flexanima, atque omnium regina rerum oratio.... Prius data est, quam tibi dari dicta, aut quam reditum est Pergamo.... Quod pgo, in acie célèbre objectans vitam, bellando aptus sum.... yuid benefacta mei patris, cujiis opéra te esse ultum autumant.
OmSïE ou NÉOPTOLÈME.
0 parole qui changes les cœurs et gouvernes toutes clioses!...
ORESTE
On me la donna, avant qu'il fût question de te la donner, avant quelesGr'^cs fussent revenus de Troie
NÉOPTOLKME.
Ce que j';ii acq'iis au prix de mes dangers, en exposant ma vie dans les combats (tu me le disputes?)...
ORESTE
Où sont les services de mon père, par lesquels on sait que tu as oi)tenu ▼enj^eance?...
ii^LMluftlAgUK.
heureux prince doit nécest^airement succomber. Hermione consent, par son silence, à la mort de son époux, et suit ce libérateur qu'elle achète d'un tel prix.
Cette scène a justement révolté. La passion n*excuse
ici ni Hermione ni Oreste *. L'une n'agit que par crainte, l'autre que par calcul de vengeance et d'intérêt : car ce
n'est pas l'amour qui le presse, comme le supposent la plupart des critiques, et comme le leur ont lait croire les traducteurs; il recherche tout simplement un hymen à sa convenance, se l'assure, sans scrupule, par le rapt et l'assassinat.
Averti de ces événements, et sans doute arrêté par cette nouvelle dans sa marche vers Pharsale, Pelée reparaît sur la scène, et apprend du chœur le danger dont les complots d'Oreste menacent son petit-fils. Bientôt on
vient lui raconter comment il a péri sous les coups des habitants de Delphes, ameutés contre lui 2.
Deux scènes seulement séparent les menaces d'Oreste du récit de cet accident tragique qui les accomplit. Gela
est bien peu vraisemblable, si Ton songe surtout quelle
est la distance de la ville de Phtliie à celle de Delphes.
Rien, il est vrai, dans le texte, comme on l'a dit^, ne force de croire qu'Oresle ait été présent au meurtre préparé par ses intrigues. ûuel(j.ues-uns * ont même pensî
1. 11 en ei=t aulicmeiil chez Ovide, où ilcnnione r>' clame aussi Im secours d'Oreste, par une leUie, qui atteste leur amour mutuel, mais, comme dans toutes les pièces du même recueil, en termes plus élégants, phlS iiigéfiieux que passionnés, et d'une coquetterie de prnsée et de style bien peu d accor'l avec de si tragiiues aventures. Voyez Héroïd. Épistol. VI II, Hermione OresLv; cf. TrisL, II, 39Q.
2. Peut-être au récit correspondant de r//r?rmj'oMfMle Sophocle appartenait ce que Pacuvius a ainsi traduit ou imité (voyez Varron, de Liiifj. lat., IV; Nonius, v. Cbjpeat.) :
Currum liquit, chla i yJe contorta astu clypcal bra liium.
t II a quitté son char et de sa chlamyde, roulée autour de son bras, il se fait un bouclier. »