‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 492 sur 893 · V.1479 sq · texte numérisé non relu

V.1479 sq

2. Voyez Prévost, et assez récemment, J. A. Il.u-lun?. Euripid. restitut., 18ii4, t. Il, p 442 sqq . Ce criliqtio a marqué curieusement les rapports qui, S9lon lui, r-illactiaient les Phcnic cnnes à ïlJii.pnhjte elk l'Anliope, Compris dans la même tétralogie, et de plus à l'Orrste, qu'il a cru pouvoir y ajouter comme y tenant, ainsi que VAlcrsle dans une autre tétralogie (voyez plusliaut, p. 210, 2?0) la place du drame satyrique.

comment elles pouvaient quelquefois fléchir et souffrir une

violence heureuse, dans l'intérêt du plaisir.

Chez Euripide, comme chez Eschyle, une idée domine

au milieu de toutes ces scènes, qui peuvent d'abord paraître jetées avec quelque confusion, et qui, du point de vue où s'est placé le poëte et où il faut se placer avec lui, s'ordonnent et s'enchaînent. Ces catastrophes multipliées sont les actes divers d'un seul drame, la chute de la maison d'Œdipe sous les coups redoublés du destin.

Au reste, on peut s'y attendre, cette intention générale

qui ressort de chaque vers des Sept Chefs^. est moins fortement marquée dans les Phénic'4>,nr/'j Euripide n'avait

pas, au même degré qu'Eschyle, la préoccupation de son

sujet; il le négligeait souvent, séduit par chaque objet nouveau qui venait distraire sa pensée. L'un est ce coureur agile qui, les yeux fixés sur le but, n'aperçoit ni le stade qui se dérobe sous ses pieds, ni les spectateurs qui le contemplent et l'applaudissent; Tautre ressemblerait davantage à cette jeune fille de la Fable, qui s'arrête dans

la carrière pour y ramasser des pommes d'or.

Il faut voir comme, dans la pièce qui nous occupe, il

s'amuse à décrire, en strophes harmonieuses et brillantes,

et le serpent de Gadmus, et le Sphinx vaincu par Œdipe,

et toutes les merveilles mythologiques de Thèbes. A tel point que le scoliaste d'Aristophane applique précisément à ces passages une satire assez générale de son auteur contre les chœurs d'Euripide, lesquels, dit le poëte comique, ne viennent guère sur la scène que pour y raconter des histoires.

Une autre fois, c'est Tirésias qui, mandé devant Gréon

pour prophétiser sur la guerre de Thèbes, adresse en

passant au public athénien une petite flatterie : « il arrive, dit-il, de la terre des Érechthéides, des descendants

de Gécrops, que ses utiles avfs ont fait triompher d'Eumolpe. il en rapporte, pour prix de ce service, une couronne d'or, prémices des dépouilles *. » Je ne doute pas

LES PHÉNICIENNES

qu'on n\iit facile m ont pardonné à Euripide l'anachrorisrae flatteur par lequel il rapprochait des événements de son drame un événement plus ancien qu'en séparaient seulement quatre générations*. Je serais aussi tenté de croire que, dans cette mention de la couronne d'or décernée à Tirésias par leurs aïeux, les Athéniens virent une invitation ingénieuse à honorer du même prix le poëte qui avait une si bonne mémoire. Mais, après tout, que

taisait ce détail à Thèbes et à la famille d'Œdipe?

Dans une autre scène, où le jeune roi de Thèbes se consulte avec Créon sur la défense de sa ville ^, scène piquante qui met ingénieusement aux prises la confiance

téméraire d'un général sans usage de la guerre, et les

conseils plus prudents de l'expérience', il arrive à Euripide de s'écarter bien plus encore des graves pensées de son sujet, par un sarcasme malicieusement lancé contre le grand homme qui l'avait traité avant lui. On se rappelle que l Étéocle d'Eschyle énumère assez longuement, pour la circonstance pressante où il se trouve, les sept chefs ihébains qu'il oppose aux sept chefs de l'armée

argienne. L'Etéocle d'Euripide, m*»lant un instant à son

rôle de général la fonction de critique, se charge de faire

remarquer cette inconvenance. « Nommer ces chefs, ditil, ce serait perdre trop de temps, lorsque l'ennemi est

déjà sous nos murs*. »

Celui qui, dans une œuvre tragique, sait ainsi ménager

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