‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 494 sur 893 · Arynm · texte numérisé non relu

Arynm

3. La Harpe, W. Schlegel, elc. Cf. Bœckh, Grœe. trag. princ, xr ,

EUIUPIDK 1. — '20

garde cette apparition d'Œdipe, au dénoûment des Phéni-

ciennes, comme une addition superflue. Malgré ces autorités, je ne puis, pour mon compte, souscrire à la condamnation d une scène qui , couronnant le drame par un tableau si pathétique, le résume et l'explique.

Ce que je lui reprocherais plus volontiers, c'est de réveiller imprudemment dans la mémoire le souvenir dangereux de quelques pièces de Sophocle *. Cette jeune fille qui défend courageusement contre un ordre tyrannique la

dépouille de son frère, et qui se dévoue à suivre son père

dans l'exil ; ce vieillard, qui autrefois a deviné Ténigme du

Sphinx et n'a pu pénétrer l'énigme de sa destinée; qui,

du faîte de la gloire et de la fortune, s'est vu précipité

dans un abîme de misère et d'infamie, et qui, arrivé par une si pénible route au terme inévitable marqué par le destin, se reporte douloureusement vers les prospérités, vers l'éclat de sa jeunesse, tout cela ne fait-il point penser, malgré le génie d'Euripide, à cet Œdipe Roi , à cet Œdipe à Colone, à cette Anùgoie, qu'un génie

plus fort a marqués d'iine empreinte ineffaçable ?

Si nous voulions parcourir en détail les Phéniciennes^

nojus y rencontrerions trop souvent la trace de Sophocle

et d'Eschyle. Pourquoi, après le premier, nous montrer

Tirésias interrogé par Gréon, d'abord refusant de répondre, dans sa compassion pour celui qui l'interroge, ensuite, sur ses instances, lui révélant d'une voix menaçante et impérieuse le terrible oracle que d'abord il voulait cacher, et qui, une fois déclaré, doit nécessairement s'accomplir? Pourquoi revenir sur la peinture de ces chefs

que le second avait dessinés d'un crayon si énergique et

si fier ?

Au milieu de ces répétitions indiscrètes , où Euripide,

en supposant toutefois que les Plitnicicnncs n'aient pas

1. Certains vers, que cîes criti jucs, il est vrai, ont regardés comme introduits dans le texte d Euripide par ^'indiscrètes interpolation-*, paraissent textuellement transcrits de VŒdipe iîoietde VAntigone. Tels sont les vers 1634, 1758 sq. Voyez à ce sujet les commentateurs d'Eulipide et Bœckh, ibid.

LES PIIÉNICIENNKS.

précédé quelqu'un des ouvrages que je viens de rappeler*,

se condamnait à une inévitable infériorité, brillent des

beautés vraiment originales , plus propres à son génie,

qui appartiennent davantage à son sujet, et que j'ai à dessein séparées dans cette analyse des développements accessoires, des ornements empruntés de son drame. Je veux parler de cette partie à laquelle le réduirait volontiers notre unité moderne, de celle où est exprimée la rivalité, la haine des deux frères.

Vous y retrouverez , dès Tabord , une autre imitation ,

mais cette fois moins directe et par là plus heureuse. Tout

le monde a présent à la pensée ce bel endroit de l'Iliade'

où Priam, assis sur une des tours de Troie, se fait nommer par Hélène les guerriers grecs qu'il aperçoit dans la plaine. Cette heureuse invention s'est retrouvée, au dixième siècle de notre ère , dans l'imagination de l'Homère persan, Firdousi^ chez qui le jeune Sohrab se fait montrer d'un lieu élevé, par un prisonnier, les chefs les plus illustres de l'armée qu'il est venu combattre. Depuis, elle a passé de l'antique épopée dans l'épopée moderne, et le

poëme du Tasse', à l'exemple du poëme d'Homère, représente, sur les mui s de Jérusalem, Herminie qui fait connaître au vieil Aladin les héros de l'armée chrétienne.

1. Les Phéniciennes Furent données, je l'ai dit ailleurs (t. I, p. 30 sq.), avec VHypsipyle et VAntiope, dans la xciii*» olympiade (Schol Aristoph., Ran., ô3; Av., 3^8, 424. Cf. MusgvRV. , Chr on. scen.'; Valcken., Prœfat in Phœniss.; Bœcii, Grœc. trag. princ, xxi; Zirndorf, chronol. fahul. Eunpid.; God. Hermann, Prœfat in Phœniss J. A. Hartung, îbirf., p. 40G sqq.; Th. Fix. Euripid. éd. F. Didot'

1843, chronol. JahuL, p. vi sq ). C'est donc un des derniers ouvrages

qu'Euripide ait fait jouer dans sa patrie 11 est po^téieru^ de beaucoup à VAntigone, représentée la quatrième année de la Lxxxiv* olympiade

(voyez t. II, p. 249 sq.); il l'est très-probablement à l'Œdipe Roi,

dont on ignore la date; mais il a précédé quelque peu VŒdipe à Colorie,\e dernier fruit, à ce qu'il semble, du génie tragique de Sophocle (voyez ibid., p. 203 sqq.).

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