T. I, p. 59 sq
;j. Cicéron ne mériterait point ce reproche, si, avec Wyttenbach et Porson, on effaçait, comme glose, le vel potius Euripides, ou si l'on adoptait l'ingénieuse iransposition de Heusinger : Capitalis Euripides vel potius Eteoctes. Voyez le Cicéron de M. J. V. Le Clerc. De ce que Cicéron cite cette maxime dans sa propre traduction : « Qnos dicam, « ut polero, incondite ferlasse, sed laraen ut r^s possit intelligi, » on a quelquefois conclu qu'elle n'avait point été reproduite dans les Phéniciennes d'Atlius.
4. Les paroles sévères que, dans les Sept Chefs d'Eschyle, Amphiaraùs adresse à Polynice, v. 565 sqq., peuvent être rapprochées de ce passage du discours de Jocasle,
5. Quelquefois, il est vrai, en bien beaux vers, qui ont rappelé à leur
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crité, de l'égalité : de l'égalité qui a partagé les nombres, établi les poids et les mesures, réglé les vicissitudes de la nuit et du jour*. Il ne faut pas s'étonner si Étéocle se fatigue de ce vain combat de paroles et l'interrompt brusquement.
Ici s'engage entre les deux frères, par l'éclat subit de
leurs passions longtemps retenues, un dialogue véritablement admirable de véhémence et d'énergie, un de ces dialogues à répliques vives et concises, dont le secret connu des Grrecs et surtout d'Euripide, est venu, par Sénèque, à notre Corneille. N'est-ce pas en effet Corneille
qu'on croit entendre dans ce terrible entretien, si précipité, si rompu, d'une expression si imprévue, si soudaine, et dont la rapidité du mètre trochaïque, tout à coup substitué à l'iambe, marque le mouvement et augmente encore l'eflet?
ETEOCLE.
Et toi, sors au plus tôt de ces murs, ou tu mourras.
POLYMCE,
De quelle main? où est ce mortel invulnérable, qui me donnerait la mort, sans la recevoir à son tour?
habile interpr&te, M. L. Halevy, ce qu'il avait autrefois non moins bien traduit dans Horace.
Quest-ce que la riches e ?... un nom', rien davantage.
Le simple nécessaire esl le trésor du sage. De cet éclat d'un jour le terme est un cercueil. Et puis ces biens, cet or, ta joie et ton orgueil,
A qui sont-ils? Aux dieux. Lhomrne est dépositaire Et le ciel lui reprend sa fortune éphémère, '
A Topulent son luxe, au roi tous ses palais.
(La Grèce tragique, 1846, p. 243, 3i0.)
1. Aux exemples que j'ai cités ailleurs, t. I, p. 54 sqq., des digressions sophisuques dans Ipsquelles s'engage trop fréquemment? au mépris de la convenance et de la vérité, Euripide, on peut ajouter ce passage, que nul autre du même genre n'égale, ou, du moins, né surpasse. «Osez condamner ce raisonnement de Jocasie.... .. fait dire
Barthélémy a l'undes interlocuteurs de son chapitre lxxi. n aurait pu
dire : .ce raisonnement d'Euripide .; car c'cat bien ce poëte sophiste qui parle, et non Jocasie. ^
LES PHENICIENNES.
ETEOCLE.
Près de loi, devant les yeux : vois ce bras.
POLYNICE
Je le vois Mais la fortune esl chose limide, et qui tient à la vie.
ÉTÉOCLE
El c'est contre un lâche, un inutile combattant, que lu menés
cette nombreuse armée?
POLYNICE
Mieux vaut un chef prudent, qu'un téméraire.
Tu Iriomphes de celte trêve qui te sauve la vie.
POLYNICE
Une seconde fois je te redemande mon sceptre, ma part de l'héritage.
ÉTÉOCLE
Je n'ai rien à le rendre. Ce palais est le mien, j'y veux rester.
POLYNICE
Quoi! seul, sans partage?
ÉTÉOCLE
Je l'entends ainsi. Quille celte terre.
POLYNICE
Autels sacrés de mes pères....
ÉTÉOCLE
Que lu viens renverser.
POLYNICE
Écoulez-moi !
ÉTÉOCLE, Eux récouter, un traître armé contre sa patrie 1
POLYNICE
Temples des dieux aux blancs coursiers....
ÉTÉOCLE
Qui tedétestent.
POLYNICB.
On me chasse de ma patrie....
ÉTÉOCLE
Que tu venais ravager.
POLYiNICE.
Voyez son injusljjce, odieux.
ÉTÉOCLE
Parle aux dieux à Mycènes, et non ici.
POLYNIGE.
Impie!
ÉTÉOCLE
Mais non, comme toi, ennemi de ma pairie.
POLYNIGE.
Tu me dépouilles et me proscris.
ÉTÉOCLE
Et veux de plus t'immoler.
POLYNIGE.
O mon père, tu entends comme on me traito,
ÉTÉOCLE
Il sait aussi ce que tu as fait.
POLYNIGE.
Et toi, ma mère....
ÉTÉOCLE
Ne profane point ce nom.
POLYNICE
0 ma patrie î
Va, dans Argos, invoquer les eaux de Lerne.
POLYNIGE.
J'y vais, n'en doute point. Mais toi, ma mère, je te rends grâces.
Pars, te dis -je.
ÉTÉOGLE.
POLYNIGE.
Je pars. Mais que je puisse voir mon pcrol
ÉTÉOCLE
Non.
LES PIlÉNlClENiNES.
POLYNIGE,
ETEOCLE.
POLYNIGE.
Mes jeunes sœurs!
Jamais.
0 mes sœurs !
ÉTÉOCLE
Pourquoi les appeler, toi, leur plus grand ennemi?
POLYNIGE.
Ma mère, adieu! sois heureuse.
JOCASTE
Heureuse ! moi ! mon enfant.
POLYNICE
Je ne suis plus ton fils.
JOCASTE
Pour quel triste sort je suis née!
POLYNICE
Il m'outrage.
ÉTÉOCLE
Ne m'outrages-tu pas ?
POLYNICE
Où sera ton poste devant les tours
ÉTÉOCLE
Que t'importe?
POLYNICE
J'y serai pour te percer le cœur.
ÉTÉOCLE
Même envie me possède.
JOCASTE
Malheureuse ! qu'allez-vous faire, mes enfants ?
ETEOCLE.
L'événement le fera voir.
JOCASTE
N'éviterez-vous point les furies de votre pcro
POLYNICE
Périsse toute notre maison!
ETÉOCLE
Mon épée, avide de sang, ne sera pas longtemps oisive.
POLYMCE.
Je VOUS prends à témoin , terre où je fus nourri , et vous,
grands dieux, qu'on me renvoie sans honneur, chargé d'outrages, comme un esclave, non plus comme un des fils d'CEdipe.
0 ma patrie, quoi qu'il t'arrive, ne me l'impute point, mais à lui. Malgré moi je suis venu , et malgré moi je pars. Et toi, Apollon, gardien des villes, palais, amis, images des dieux, objets de nos sacrifices , adieu , adieu ! je ne sais s'il me sera jamais donné de vous parler. Cependant Tespérance ne sommeille point encore dans mon âme : elle me dit qu'avec l'aide
des dieux j'immolerai mon ennemi et régnerai sur Tlièbes*.
Je ne crois pas qu'on pu'sse trop louer ces protestations, ces invocations de Polynice toujours interrompues par les outrages d'Étéocle, les plaintes du malheureux prince, le déli qui échappe à son désespoir, et les touchants adieux qu'il laisse en partant à sa famille, à ses amis, à sa patrie^. Je trouve bien sévère le sentiment du
1. V. 593-635. Dans les deux vers suivants, qui terminent froidement une scène si vive, se trouve une allusion, répétée v. 1495^ au sens
élymoloi^iquedu nom de Polynice, que Ouintdien a eu, en général,
raison de blâmer (//îs<. orat., V, 10), mais qu'on pourrait toutefois défendre en alléguant l'usage particulier de la scène grecque. Sur ces
sortes d'allusions, et les exemples ou'en offrent les théâtres d'Eschyle
et de Sophode, voyez t. I, p. 320:11, 17 sq.
2. On en" revoit que que chose de cctic belle scène dans les fragments ("qs Phéniciennes d'MUiis que nous allons encore rapporter;
• Ai-je, comme toi, ma part de ce que possédait notre père!
• Retire-toi, va-t'en, sors de cette ville. » « .. Temples des dieux, sacrés autels! »
Num pariter videor patris vesci praemiis?
Egredere, exi, ecfer te, élimina urbe !
.... Delubra cœlitum, arœ, sanctitudines !
(Non. v. V. Vesci, eltminare, saiictiludo.) Ici trouve aussisa place le seul fragment qui soit resté de l'AtelIane
LES PHÉNICIENNES
scolîaste et de W. Schlegel, qui jugent cette scène inutile, parce que, disent-ils, il n'en résulte rien; comme si ce n'était rien dans un ouvrage dont une haine domestique est le sujet, qu'une tentative de réconciliation l'espoir fugitif qu'elle fait naître, le redoublement de terreur qui la suit. Je le demande, le sujet offrait-il autre choss au poète? n'est-ce point le sujet lui-même?
Pour compléter la tragédie que nous avons comme extraite des Phéniciennes, il faut nous transporter au récit* en certains points imité d'Homère 2, du combat où périssent les deux frères. Ainsi que tous les récits du théâtre grec, il a plutôt le caractère d'une relation exacte et animée de l'événement, que celui d'une description pompeuse. On y retrouve, à la catastrophe, quelques traits de ce pathétique dont nous avons recueilli dans cet ouvrage de si beaux modèles.
Étéocle et Polynice, près d'expirer, distinguent les cris de douleur que poussent sur leurs corps Jocaste et Antigone, et quelque attendrissement pénètre dans leurs âmes, encore possédées de la rage du combat et des fureurs du fratricide :
c Etéocle poussait avec peine, du fond de sa poitrine, un dernier soupir. Il entend sa mère, et soulève vers elle sa main san-
que Nm-ius avait intitulée Phœnissx, comme les tragédies d'Euripid et d'Attius, et qui en offrait sans doute la parodie. C'est ce défi bouHbn
Sume arma, jam te occidam ciava scirpea.
(Fest. v.SctrjJua.)