V. 1357 sqq
2. Uiad , VII, 220 sqq. Ce qui n'est point homérique, c'est le signai du combat donné par la trompette tyrrhénienne, v. 1373 sq. Sur ctt anachronisme de mœurs dont le théâtre grec a offert plas d'un exemple (Eschyl., Eumen., 559 sqq.; Sophocl , Aj., 17 ; Euiipid.» TroacL. 1266; il/te*., 985 sq., etc.), voyez notre t. II,p. 136. Euripide semble le corriger par une comparaison qui rappelle , selon le scoliaste, un plus ancien usage. Avant l'action, deux hommes, prêtres de Mars, s'avançaient entre les armées ennemies, avec un flambeau allumé, que c;;a-
cuii d'eux lançait devant lui. D'autres ont pensé que c'est par allusion
à une manière semblable d'annoncer l'ouverture de certains jeux (Aristoph , Ran., 131), comme les coures aux flambeaux du Céramique, qu'Euripide a fait dire ici à son messager: «Quand eut été lancé, co ume un flamoean, le son de la trompette tyrrhénienne, si- CDàl du sanglant combat. »
iiur.iriLE. I. — 21
triante. Mais il ne peutlui adresser une parole, ses yeux seuls, par leurs larmes, lui parlent de son amour. Polynice respirait encore ; il a regardé sa sœur, sa vieille mère, et leur a dit : a Je « meurs, ô ma mère; je te plains, et toi. et ma sœur, et ce mort, . qui était mon frère. Oui, quoiqu'il fût devenu mon ennemi, '
c c'était mon frère. Ensevelissez-moi, ô ma mère, ô ma sœur,
f dans la terre où je suis né ; apaisez ma pairie irritée ; que j'en n obtienne un coin de terre pour tombeau , au lieu de ce trône c que j'ai perdu. O ma mère, ferme mes yeux; » et en disant
ces mots, il lui prenait la main et rapprochait de ses paupières, c Adieu ! déjà la nuit m'environne K ».
Voilà comme, sous la main de l'artiste grec, ces sujets atroces et monstrueux se corrigent par l'expression inattendue des sentiments les plus universels, les plus touchants de la nature ! En même temps, la puissance mystérieuse qui y préside* attirant à elle l'horreur de l'acte, les misérables instruments qu'elle y emploie ne paraissent plus que des objets de pitié.
Un moderne, qui, avec beaucoup d'autres, a fait aussi sa Thébaïde, Alfieri, a remarqué que nos croyances, étrangères au dogme antique de la fatalité, nous rendent de tels sujets moins praticables et moins heureux. Il en était déjà ainsi lorsque, dans la décadence de la poésie latine, les Sénèque et les Stace les remaniaient pour en
tirer des tragédies, des épopées. Plus de cette divine majesté, qui, sur la scène grecque, les entourait comme d'un
voile' et en adoucissait l'aspect I
En même temps que l'inspiration religieuse, l'inspiration humaine, si je puis ainsi parler, avait disparu. Les hommes, comme les dieux, étaient devenus de simples machines poétiques sans vie et sans vertu. Il n'y a trop
H. Sur le coffre de Cypselus, cet antique monument de lart des Grecs, on voyait, au rapport de Pausanias (Elid., xix), la représeniaiion du combat des fils d'Œdipe, Polynice tombé sur le genou, Éléocle fondant sur lui, et derrière le premier, debout, une femme aux dents
aiguës, comme celles d'une bête féroce, aux ongles crochus, en qui une inscription faisait reconnaître le ministre de la fatalité, la Parque, KV|p, Hésiode, ouTauleur du Fouciier d'Hercule, y avait placé (v. 156),
au milieu d'une mêlée sanglante, le môme personnage àlo-h Kifip.
LES PHENICIENNES.
souvent dans ces productions, qui veulent être des poëmes et des drames, d'autres acteurs que le poëte lui-même, dont l'imagination déréglée exagère par de folles hyperboles ce qui est déjà au delà des limites de la nature, retourne de mille manières, en figures subtiles, des détails atroces et repoussants, se joue, avec une aisance cruelle et profane, parmi les incestes et les parricides,
lesquels ne sont plus qu'un texte pour les caprices les plus bizarres, les artifices les plus étudiés de la pensée et
du style.
Du milieu de ce chaos où s'entassent confusément toutes les formes du mauvais goût, la diffusion et la sécheresse, l'emphase et la trivialité, la rudesse et l'afféterie,
l'extravagance et la froideur, les variétés les plus discordantes du faux et du laid, s'échappent, par intervalles,
comme des éclairs brillants, qui, à la renaissance des lettres en Europe, à travers ce crépuscule qui succédait aux
ténèbres du moyen âge, ont singulièrement ébloui l'imagination des poètes*.
Il ne faut point s'étonner qu'on ait pu alors admirer et Stace et Sénèque, dont il serait injuste, même aujourd'hui, de dédaigner le talent poétique ; mais ce que nous
ne saurions comprendre, si nous ne songions au respect
superstitieux qu'inspirait en masse, sans distinction d'époques et de génies, l'antiquité grecque et latine, c'est
qu'on ait pu confondre dans un égal enthousiasme, réunir dans une même imitation les tragiques d'Athènes et les
déclam ateurs de Rome.
, de n'est pas le tort de L. Dolce, ce fidèle mais faible
traducteur des Grecs ^ au seizième siècle, dans sa Jocaste;
1. Je me borne à ces indications générales sur la Thébaïde de Sénèque, analysée en grand détail par Brumoy, dans le Théâtre da
Grecs. M. Saint-Marc Girardin y est revenu, avec intérêt, dans le
xxxi° chapitre de son Cours de littérature dramatique, où il est traité des Frères ennemis et d'Antigone, dans Eschyle , Euripide, Sénèque,
Racine et Alfieri.
2. Voyez sur son théâtre et particulièrement son Iphiycnif', sa Mé^ dée, t. I, p. 162, et plus haut, p. 6. J'ai négligé, 1. 1, p. 30i> sq., d'indiquer son Agamemnon.
mais Rotrou* Ta fait, et avant lui le vieux Garnier*, dans des pièces dont les derniers actes sont empruntés à ÏAnîigone de Sophocle et les premiers à la Thébaïde de Se-
nèque, renforcée de celle de Stace. A l'inverse de la statue dont parle l'Écriture, vous diriez sur un corps de
marbre et d'or une tête d'argile.
Ces deux ouvrages n'en sont pas moins curieux comme
monuments de notre tragédie naissante; ils nous mènent,
par degrés, jusqu'à Corneille. On voit dans Garnier un commencement de noblesse et d'élégance, des vers tels que ceux-ci, où s'expriment avec quel([ue éloquence l'amour filial d*Antigone, le désespoir d'Œdipe, la tendresse maternelle de Jocaste, la colère de Polynice :
Que mes frères germains le royaume envahissent
Et du bien paternel à leur aise jouyssent,
Moy mon père j'auray, je ne veux autre bien ; Je leur quitte le reste et n'y demande rien. Mon seul père je veux, il sera mon partage, Je ne retiens que luy, c'est mon seul héritage'.
La mort s'offre sans cesse, et, combien que la vie De tout chacun puisse être à tout moment ravie, La mort ne Test jamais, la mort on n'oste point. Quiconque veut mourir trouve la mort à poinct.
Mille et mille chemins au creux Acheron tendent,
Et tous hommes mortels, quand leur plaist, y descendent *.
Là sur un tuf assis et du coude appuyé, J'entretiendray d'espoir mon esprit ennuyé ".