Ibid
LES PHENICIENNES.
0 mon cher Polynice, une terre étrangère, A longtemps retenu votre âme passagère*.
Seray-je donc toujours errant parmi le monde,
Traîneray-je ma vie à jamais vagabonde?
Comme un homme exilé, me faut-il à jamais Mon vivre mendier de palais en palais*?
Mêmes mérites chez Rotrou, et dans une langue plus
avancée; il a, en outre, l'esprit d'invention, une disposition facile et ingénieuse, quelque entente des situations et des caractères*.
Les Frères ennemis de Racine* attirent encore au
même titre; nous aimons, a-t-on dit, en parlant des
faibles commencements de Rome, avoir la source du grand
fleuve qui inonda le monde. Toutes proportions gardées, il n'est pas non plus sans intérêt d'assister à la naissance et aux premiers pas d'un grand poëte. C'est l'imitation indiscrète, mais non sans art, de la manière et des défauts de Corneille : de ses héros amoureux, de ses politiques raisonneurs, de ses scélérats fanfarons, de ses hypocrites naïfs, de ses tirades sentencieuses, de ses dialogues coupés; c'est, pour la conduite, une répétition de Rotrou et de Garnier, c'est-à-dire de Stace et de Sénèque, mais
dans un style qui souvent les corrige par une précision,
une pureté, une élégance toutes nouvelles. Racine, dans
une préface composée longtemps après sa tragédie, s*est
vanté d'en avoir dressé le plan sur les Phéniciennes
d'Euripide; à peu près comme Corneille ajustait après
/ coup, et tant bien que mal, aux règles dites d'Aristote,