CHAPITRE DIXIÈME
lies Troyennes. — Hécubc.
En analysant les PhénirAennes , si riches de personnages et d'accidents tragiques, si pleines de pathétique et de spectacle, je me suis attaché particulièrement à montrer
que l'incohérence de cette pièce n'est qu'apparente ; que ces intérêts divers, dont elle est mêlée, se confondent dans
un intérêt plus général, dans un intérêt collectif, si je l'ose
dire, d'où résulte l'unité de la coraposilion.
Cette unité n'est pas celle qu'a si bien expliquée Aristote : je dois même avouer que sa Poétique, où, comme dans un exact procès-verbal, il a curieusement enregistré toutes les inventions de l'art, ne fait nulle mention de ce genre nouveau, auquel l'épuisement des combinaisons dramatiques avait conduit Euripide, et dont son théâtre offre d'irrécusables monuments.
Aristote parle, il est vrai, de tragédies épisodiqm, de
tragédies à épisodes*; mais c'est là une expression de
blâme plutôt qu'un terme de classification. Elle désigne
des ouvrages qui ont bien un seul héros, mais non pas un
seul sujet; qui, dans les dimensions restreintes du drame, renferment la multiplicité d'événements permise aux libres développements de l'épopée; des ouvrages dont les parties mal jointes ne se lient entre elles ni nécessairement ni selon la vraisemblance; dont une conception négligente ou faible, une facilité trop complaisante pour les caprices
des comédiens, a exagéré les proportions naturelles, rompu