Voyez t. III, p. 6 sqq
LES TROYENNES. — HECUBE.
est plus simple et plus sûr de s'interroger soi-même sur ce qu'on a senti; car on ne court pas risque de se méprendre, de se tromper sur ses impressions, et il n'est pas de sophisme qui puisse, en dépit de la conscience et
contre la vérité, les faire passer pour simples ou leur retirer ce caractère.
Lorsque Eschyle liait ensemble, par l'analogie des sujets
et la continuité de la représentation, plusieurs drames
distincts, une intention commune, un même dessin, une même couleur, en faisaient un drame unique; lorsque Euripide de plusieurs fables entreprend d'en composer une
seule, et réussit à nous la faire paraître telle, n'est-ce pas absolument la même chose, et trouve-t-on quelque différence essentielle entre les trilogies du théâtre primitif et les pièces épisodïques du théâtre à son déclin * ?
Cette identité, qui suffit à la justification d'Euripide,
n'a jamais, que je sache, été remarquée. Elle n'en est pas
moins incontestable, et si l'étude et la comparaison des
monuments de la scène grecque ne la révélaient assez clairement, Aristote pourrait mettre sur la voie pour la trouver. Ces pièces, qu'il appelle épisodiques^ il leur donne aussi le nom de simples; bien plus, ce n'est, selon lui, qu'une variété, qu'une espèce du genre simple'K Or, qu'est-ce que le génie simple^ selon Aristote? Nous l'avons dit souvent, c'est un drame sans action, c'est le
drame d'Eschyle. Effacé longtemps par l'heureuse invention de Sophocle, par la tragédie à péripéties, à intrigue, la tragédie implexe^ il reparaît lorsque celle-ci commence à s'user, comme une ressource dernière de Tait en péril. Ainsi que dans l'origine, pour suppléer aux développements de l'action, on redouble l'eÛet de ces tableaux, en les accumulant. Seulement, ce qui se faisait par un cercle de pièces, on l'accomplit dans l'enceinte d'une seule. Je demande grâce pour des détails un peu techniques,
mais qui ont cependant leur intérêt. Ils montrent l'inquiète mobilité, la flexibilité heureuse du ^énie grec, qui