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tir de la pitié, et même de la laisser voir. Le poète, qui
le ramène sur la scène, fait pressentir par sa tristesse l'ordre affreux qu'il apporte, et qu'il ne peut se résoudre à avouer. Andromaque, alarmée, mais dans une illusion naturelle à la douleur, qui cherche à se tromper ellemême, soupçonne d'abord toute autre chose que la vérité.
Son fils doit-il être séparé d'elle? doit-il servir un autre
maître ? l'abandonnera-t-on, ce dernier reste de Troie, parmi ses ruines? Non; il sera précipité du haut des murs ; les Grecs ne veulent pas laisser vivre le fils d'un père si redoutable; c'est Ulysse dont Téloquence victorieuse a, dans le conseil des Grecs, fait triompher cet avis. « Puisse, s'écrie la mère indignée, une semblable victoire lui coûter ses propres enfants * ! » Talthybius, dans un langage oii perce toujours sa compassion, interdit à l'infortunée, de la part des Grecs, une résistance inutile,
et même, si elle veut que la dépouille de son fils ne reste
pas sans honneurs, toute malédiction contre ceux qui le font périr. Andromaque cède, mais avec cet accent de
douleur maternelle dont la fidèle expression n'a jamais manqué, nous l'avons vu plus d'une fois^, à la muse
pathétique d'Euripide.
« 0 mon fils, mon cher entant, il faut que tu meures d'une main ennemie, que tu quittes pour toujours ta mère infortunée! La vertu de ton père cause ta perte, cette vertu qui fut à d'autres si secourable. C'est un malheur pour toi d'être né d'un si glorieux père. Hymen funeste, qui m'amena autrefois dans la maison d'Hector! triste fécondité! devais-je donc
mettre au jour une victime pour les Grecs, et non un roi pour
l'opulente Asie? 0 mon enfant, tu pleures? sentirais-tu ton 'malheur? Pourquoi me presser de tes mains, pourquoi t'atta- ' cher à mon voile, pauvre colombe réfugiée sous mon aile*/ Hector, avec sa lance redoutable, ne sortira point de la terre pour te défendre; il n'est plus pour toi de parents, ni d'amis; plus d'armée phrygienne. Impitoyablement précipité, tu va^ briser ta tête contre la terre, et rendre dans les tourments ton dernier soupir. Tendre enfant, doux fardeau, enivrante ha-