Cf. Andromaque, Jkk% kil. Vojez plus haut, p. 276 sq
leine! c'est donc en vain que ce sein t'a nourri, que j ai pris pour toi tant de soins, enduré tant de douleurs ! Embrasse la mère encore une fois, ce sera la^ermere «: entoure-la de les bras; applique tes lèvres sur sa bouche. 0 Grecs, plus larouches que les barbares, d'où vient cette recherche de cruauté ? Pourquoi tuer cet enfant? que vous a-t-il fait? Et toi, rejeton de Tyndare, non, tu n'es pas sortie de Jupiter. Une furie détestable, la fureur, le carnacre, la mort, tous les monsties que nouSit la terre, voilà ta famille, tes parents' Croirai-je que
Jupiter ait produit le fléau commun des barbares et des Grecs r Pmsses-tu périr, toi dont la funeste beauté fait périr honteu-
rement TiHustre empire des Phrygiens I Eh bien prenez cet
enfant, emportez-le, précipitez-le; je vous t abandonne nour-
rissez-vous même de sa chair. Vainement tenterai-je de le Saire au trépas, lorsque les dieux veillent notre perte. Pour ce corps misénble, jetez-le, cachez-le dans vos vaisseaux. Oh! Theureux, le noble hyménée, auquel je marcne, sur le sang de mon fils». »
Dans cette tirade dont on ne saurait dignement louer l'éloquence, et qu'il est déjà assez téméraire^Ver traduire se rencontre une imprécation contre Hélène, souvent répétée dans la pièce ; elle sert à annoncer une scène
dont j'ai déjà indiqué l'intention et le défaut et que
toutes les préparations du poëte ne rendent pas d un ettct
plus heureux. C'est celle où Hélène, que vient chercher Ménélas, se défend contre les reproches de son époux et
les accusations d'Hécube qui poursuit en elle 1 auteur de tant de maux. Les Athéniens aimaient au théâtre, conirao ailleurs, les plaidoiries contradictoires, les thèses subtiles, et Euripide, ici, et partout, a soin de les servir selon leur
fantaisie ^ A peu près vers la même époque, Isocrate,
dans son école, s'appliquait à réhabiliter ingénieusement
1. V. 769. J'ai traduit selon la correction et la ponctuation adoptées par Boissonade, "vûv,oû uox', aCiOi;.
3' Dan'sceuJscène fe trouvent, sur l'ascendant de Vénus par lequel s4ur Hélène, et qui, pour Hécube, et sans doue pour Eur,p,de,
Sgfsr '=f„1é'nie'u\Src^^.^£r7a;- li.-sSil^c'cif^arn: Cours de mlramre dramatique, ch. xxxiv. Nous avons eu occasion de JteïVous-mêmes, t I, p/38,le S^a çuiquedens Çf i*'™ fjT^? t. Virffilp (/Eneid. IX, 1841, si conforme a la pensée d turipme. ajou
K le d"pp;rren^ ^'^if ^^ ^Tu'se
Bippolyte, V. 184. 194 sqq. Phèdre y fait usage de la même excuse
LES TROYENNES. — HECUBE.
la réputation fort compromise d'Hélène. Son discours est par le goût tout à fait contemporain de la scène d'Euripide.
Il y a cependant, dans cette scène , quelque chose
d'aussi dramatique que spirituel. A travers tout le courroux de Ménélas, on aperçoit qu'il se laissera vaincre par
les attraits trop puissants d'Hélène, comme cela n'échappe
pas à l'expérience féminine d'Hécube, et comme elle l'en menace fort sensément. Ménélas ne veut pas punir son
épouse sur-le-champ ; il ajourne sa vengeance jusqu'à son retour en Grèce. L'arrêt d'Hélène n'est donc pas irrévocable On peut dire d'elle ce que dit Acomat do Bajazet :
Il n'est point condamné, puisqu'on veut le confondre.
Le dénoûment ou plutôt la conclusion de cette pièce la termine de la manière la plus frappante. Andromaque a
quitté le rivage de Troie, entraînée par le fils d'Achille,
sans pouvoir rendre les derniers devoirs à son Astyanax.
On apporte, de sa part, à Hécube, pour qu'elle vaque à ce triste soin, le corps du jeune prince*; on l'apporte sur le
bouclier d'Hector', qui doit être enseveli avec lui. Cette
qu'Hélène; c'est, dit-elle, un dieu, m. ître de tous les dieux, qui règne souverainement dans son ârac tout entière •
Potensque tota mente dominatur Deus....
à quoi sa nourrice lui répond, comme Hécube, que c'est la passion, oui par une honteuse complaisance ponr le vice, et pour être plus libre
dans ses transports, a fait de l'amour un dieu :
Deum esse amorem, turpiter vitio favens Finxit Ubido : quoque libeiior foret,
' Tituium furori numinis falsi addidit....
1. M. Hartung, ibid.y p. 273, compare ingénieusement à Ta ni fiée
du voile de Timanthe l'adresse, déjà louée par le scolia^le, avec laquelle Euripide, au moyen de cette substitution dHécube à Andromaque, évite la reproduction impossible, même pour sa poésie pathétique, et d'un effet trop pénible d'ailleurs, de la douleur d'une mère en une telle situation.
2. C'est ce que semble retracer un vers, conservé par Nonius (v. Laf)ere)j et qu'on place parmi les fragments de \ Andromaque d'Ennius (voyez plus haut, p. 276, 288) : j.
Nam ubi introducta est, puerumque ut laverunt, locant inclupeo.
If
imagination ingénieuse* expose en quelque sorte aux yeux, sous une forme sensible, le souvenir de la puissance troyenne et l'idée de son anéantissement.
Les plaintes d'Hécube sur la mort de son petit-fils sont louchantes ; mais W. Schlegel trouve, avec raison, qu'elles le sont moins que celles d'Andromaque sur son fils vivant. La raison qu'il en donne est remarquable : c'est que l'expression de la crainte nous émeut plus que celle d une
douleur sans espérance. Et toutefois quelle imagination passionnée, que d'éloquence pathétique dans ces paroles:
« Posez à terre le boucher d'Hector, triste objet, qui ne réjouit point mes yeux ! 0 Grecs, qui mettez votre gloire dans les armes plutôt que dans la sagesse, pourquoi, par crainte d'un enfant, avoir commis ce meurtre inouï? Il aurait peutêtre un jour relevé Troie tombée? Vaine inquiétude, puisque avec la valeur d'Hector et tant d'autres bras nous avons péri. CVst notre ville prise, et les Plirygiens détruits, que vous avez eu peur d'un faible enfant ! Je méprise des alarmes si dépourvues de raison. Enfant chéri! quelle misérable fini
Si au moins tu étais mort pour ta patrie, ayant joui de la
jeunesse, de Thyménée, de la divine royauté, tu aurais été
heureux, de ce bonheur qui peut être dans de tels biens. Tu n'as fait que les apercevoir de loin par la pensée, tu ne les as pas connus; de tout ce que tu devais posséder un jour, rien ne t'a été accordé. Têle mfortunée ! comme t'ont misérablement dépouillée les murs de ta patrie, ouvrage d'Apollon! où est ta chevelure, que se plaisaient à cultiver les soins d'une mère, sur laquelle s'imprimaient ses baisers? maintenant fracassée, sanglante... je ne puis achever, j'écarte de repoussantes images. 0 mains, qui offriez avec celles d'un père une si aimable ressemblance, comme vous m'êtes rendues, toutes
brisées! Te voilà fermée, bouche d'où sortaient tant d'aimables
proposM Tu me trompais donc, enfant, quand, te jetani dans mon sein, tu me disais : « Ma mère, un jour je ferai tomber < en ton honneur cette flottante chevelure ; je conduirai vers « ta tombe la troupe de mes compagnons, et je t'y adresserai « de tendres paroles de souvenir. » Ce n'est pas toi qui me
l.Théocrite s'en souvenait-il, lorsqu'il peignait {IdylL xxiv, 4 sq.) Alcmène berçant ses deux enfants, Hercufe et Iphiclès, dans un bouclier conquis par son époux Amphitryon sur Ptérélas?
2. Sur cette revue pathétique du corps meurtri d'Astyanax, voyez le VU» des fragments attribués à Longin, éd. de M. Egger, 1837, p. 119.
LES TROYENNES. — HECUBE.
pleures ; c'est moi, pauvre vieille femme, sans patrie, sans
enfants, qui dois ensevelir la jeunesse, ce malheureux corps. Hélas ! tant d'embrassements, de soins, de veilles, tout cela est perdu! Qu'écrira le poêle sur ton monument? « Les Grecs • ont tué cet enfant qu'ils redoutaient! » Honteuse inscription, dont devra rougir la Grèce ! Situ ne recueilles pas Théritage de ton père, tu auras du moins, pour te servir de cercueil, son bouclier d'airain. Et toi, qui protégeais le beau bras d'Hector, tu as perdu ton vaillant possesseur. Que j'aime à
voir l'empreinte qu'ont gardée tes anneaux, et sur tes bords la trace de la sueur qu'y laissait tomber, dans les travaux de la
guerre, le front d'Hector, lorsqu'il t'en approchait. Hâtez-vous,
apportez de quoi parer ce corps, comme nous le permet notre
fortune présente. Les dieux nous ont ravi l'opulence, mais ce qui nous reste, nous te l offrons. Insensé le mortel qui, croyant à la durée du bonheur, se livre à la joie. La fortune,
dans ses vicissitudes, est comme le furieux que ses transports poussent çà et là. Nul n'est toujours heureux * »
Tandis que le dernier des princes troyens descend
dans la tombe, au milieu des gémissements de toutes ces
femmes qui parent son cercueil de ce qu'elles ont pu sauver de plus précieux des ruines de leur patrie, Troie
elle-même s'écroule dans les flammes. Le spectacle et le bruit de sa chute, rendus présents, sinon sur la scène, du moins dans les vers du poëte,
.... Omne.... visum considère in ignés Ilium, et ex imo verti Neptunia Troja'..,.
se confondent avec un inexprimable concert de douleur
qui est comme le résumé de tout l'ouvrage. Lorsque, dans un prochain chapitre, j'aurai de même
analysé et expliqué les principales scènes de VHécube^ il
• me restera, à passer en revue les nombreuses imitations qui ont été faites de ces deux tragédies chez les anciens
et chez les modernes. Qu'on me permette d'anticiper sur
cette dernière partie de ma tâche, en citant une cantate
que les Troyennes ont inspirée à un poëte célèbre de notre
temps, Casimir Delavigne, et aui fut un des premiers