‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 519 sur 893 · UNE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

UNE JEUNE FILLE

Polyxènc disait à ses jeunes compagnes : ff Dépouillez ce vallon, favorisé des cieux; C'est pour nous que les fleurs naissent dans

Le printemps sourit à nos jeux- i Elle ne disait pas : « Vous plaindrez ma misère.

Sur ces bonis où mes jours coulent dans les honneurs. >•

Elle ne disait pas : « Mon sang teindra la terre

Où je cueille aujourd'hui des fleurs «

CHŒUR

D'un peuple d'exilés déplorable patrie.

Ton empire n'est plus, et ta gloire est flétrie.

UNE TROYENNE

Sous Tazur d'un beau ciel, qui promet d'heureux jours, Quel est ce passager dont la nef couronnée. Dans un calnie profond s'avance, abandonnée

Au souffle des amours?

UNE AUTRE

Elle apporte dans nos murailles

Le carnage et les funérailles. ^ Neptune, au fond des mers, que ton trident vengeur

Ouvre une tombe à l'adultère l Et vous, dieux de l'Olympe, ordonnez au tonnerre

De dévorer le ravisseur !

UNE AUTRE

Mais non : le clairon sonne et le fer étincelle ;

Je vois tomber les rocs, j'entends siffler les dards;

Dans les champs dévastés le sang au loin ruisselle;

Les chars sont heurtés par les chars.

Achille s'élance.

Il vole; tout fuit; L'horreur le devance.

Le trépas le suit; La crainte et la honte Sont dans tous les yeux; Hector seul afl"ronte

Achille et les dieux.

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UNE AUTRE

Sur les restes d'Hector qu'on épanche une eau pure; Apportez des parfums, faites fumer Tencens :

Qu'autour de son bûcher vos sourds gémissements

Forment un douloureux murmure!

Ah ! gémissez, Troyens ! soldats, baignez de pleurs Une cendre si chère !

Des fleurs, vierges, semez des fleurs;

Hector dans le tombeau précède son vieux pèro.

CHŒUR

Des fleurs, vierges, etc.

UNE TROYENNE

Ilion, Ilion, tu dors : et dans tes murs Pyrrhus veille, enflammé d'une cruelle joie ; Tels que des loups errants par des sentiers obscurs, Les Grecs viennent saisir leur proie.

UNE AUTRE

Hélas! demain, à son retour

Le soleil pour Argos ramènera le jour;

Mais il ne luira plus pour Troie.

UNE TROYENNE

0 détestable nuit! ô perfide sommeil!

D'où vient qu'autour de moi brille une clarté sombre?

Quels affreux hurlements se prolongent dans l'ombre! Quel épouvantable réveil l

UNE JEUNE TROYENNE

Sthénélus massacre mon frère !

UNE AUTRE

Ajax poursuit ma sœur dans les bras de ma mèro 1

UNE AUTRE

Ulysse foule aux pieds mon père !

UNE TROYENNE

fin des fleuves de sang nos ruisseaux sont changés. Nos palais sont ravagés, Nos saints temples saccagés.

LES TROYENNES. — HECUBE.

Nos défenseurs égorgés ; Femmes, enfants, vieillards, sous le fer tout succombe; Par un môme trépas, dans une même tombe, Tous les citoyens sont plongés.

UNE AUTRE

Adieu champs où fut Troie ! adieu terre chérie! Adieu mân3s sacrés des héros et des rois! ^ Doux sommets de l'Ida, beau ciel de la patrie, Adieu pour la dernière fois!

UNE AUTRE

Un jour, en parcourant la plage solitaire,

Des forêts le tigre indompté Souillera de ses pas Tauguste sanctuaire, Séjour de la divinité.

UNE AUTRE

Le pâtre de ITda, seul près d'un vieux portique, Sous les rameaux sanglants du laurier domestique, Où Tombre de Priam semble gémir encor,

Cherchera des cités l'antique souveraine, Tandis que le bélier bondira dans la plaine

Sur le tombeau d'Hector.

UNE AUTRE

Et nous, tristes débris battus par les tempêtes, La mer nous jettera sur quelque bord lointain.

Des vainqueurs nous verrons les fêtes.

Nous dresserons aux Grecs la table du festin. Leurs épouses riront de notre obéissance. Et dans les coupes d'or où buvaient nos aïeux,

Debout, nous verserons aux convives joyeux

Le vin, Tivresse et Tarrogance.

UNE AUTRE

Chantez cette Ilion proscrite par les dieux. Chantez, nous diront-ils, misérables captives, Et que Thymne troyen retentisse en ces lieux. O fleuves dTlion ! nous chantions sur vos rives, Quand des murs de Priam les nombreux citoyens. Enrichis dans la paix, triomphaient dans la guerre

Mais les hymnes troyens Ne retentiront pas sur la rive étrangère.

UNE AUTRE

Si tu veux entendre nos chants, Rends-nous, peuple cruel, nos époux et nos pères,

Nos enfants et nos frères; Fais sortir Ilion de ses débris fumants. Mais puisque nul effort aujourd'hui ne peut rendro

La splendeur à Pergame en cendre,

La vie aux guerriers phrygiens, Sans cesse nous voulons pleurer notre misère;

Et les hymnes Iroyens

Ne retentiront pas sur la rive étrangère.

CHŒUR

Adieu, mânes sacrés des héros et des roisî

Adieu, terre chérie !

Doux sommets de l'Ida, beau ciel de la patrie, Vous entendez nos chants pour la dernière fois.

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