V. 59 sqq
Z. Avec ses armes d'or, ajoute le v. 108, « image plus brillante que terrible, » comme le remarque M. E. Roux, qui, dans sa dissertation Du merveiUeux dans la tragédie grecque, IH'46, p. 138, rapproche ce passage d'Euripide de l'apparition d'Achille et dans la Polyxène tragédie perdue de Sophocle, sur laquelle nous reviendrons un peu plus loin, et dans la Troade de Sénèque, v. 170 sqq. '
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et les Grecs ont résolu de le satisfaire, entraînes par 1 eloquence d'Ulysse, éloquence rusée, flatteuse, insinuante, en qui Euripide pourrait bien avoir voulu flétrir, comme souvent* l'art de l'orateur populaire. Bientôt cet Ulysse, assidu conseiller, infatigable agent des décrets de l'armée grecque, va venir lui-même chercher la victime. Polyxene est perdue, si Hécube ne trouve moyen de fléchir pour elle ou les dieux ou les hommes. On ne saurait dire par quels accents, par quels transports, la malheureuse mère
exprime, à cette horrible nouvelle, le sentiment de sa detresse impuissante et de son désespoir.
Bientôt elle appelle Polyxene, qui accourt à sa voix. U faut les entendre Tune et l'autre :
HÈCUBE.
0 mon enfant, ô ma fille, fille de la plus infortunée des' mères, sors, sors de ta reh-aite. C'est ta mère qui t appelle, chère enfant: viens apprendre ce quon mannonce; quel dessein, quel dessein cruel on a formé contre ta vie.
POLYXENE.
0 ma mère, ma mère, qu^as-tu donc à me dire? Pourquoi
ces cris, qui me font voler vers toi, comme un oiseau timide,
toute pal pilante de frayeur ?
HÉCUBE
Ah, ma fille !
POLYXENE.
Douloureux accueil ! sinistre prélude! qu'est-ce donc ?
HÉCUBE
Ta vie, hélas!...
POLYXENE.
Ah' parle : ne me cache rien; ne me fais pas attendre :j tremble, ma mère ; dis, qui te fait ainsi gémir .'
HÉCUBE
Malheureuse enfant, malheureuse mère!
POLYXENE,
Que veux-tu dire? que dois-je craindre?
\. Voyez t. I, p. 59, et plus haut, p. 266.
LES TROYENNES. — HECUBE.
HECUBE.
On veut regorger, tous les Grecs, d'un commun accord, sur
le tombeau d'Achille.
POLYXENE,
Hélas! ma mère! qu'as-tu dit? quel malheur! apprends, apprends-moi....
HÉCUBE
Tu le sais ce bruit affreux, qu'on me rapporte. Oui, mon enfant, le suffrage des Grecs a décidé de ta vie.
POLYXENE.
Oh! après tant de douleurs, tant de maux, des jours si
remplis d'infortunes, pauvre mère, quelle nouvelle disgrâce, affreuse, inexprimable, fenvoie un démon ennemi ! Tu n'as
plus de fille; je ne partagerai plus tes peines, je ne servirai
plus ta vieillesse. Comme une victime, une génisse nourrie sur la montagne, malheureuse, tu verras ta malheureuse fille, arrachée de tes bras, immolée à Pluton, précipitée dans ces ténèbres de la terre où désormais je reposerai avec les morts. C'est toi, ma mère, que je plains ; c'est sur ton sort que je répands ces douloureuses larmes : car ma vie, cette misère, cet opprobre, je ne la pleure point. Mourir est pour moi une plus heureuse fortune *.
Il est difficile, je crois, de rien imaginer de plus touchant et de plus élevé qu'un tel dialogue : les hésitations
d'Hécube, qui veut parler et ne peut; les instances de Polyxene, qui désire et craint d'apprendre ; cette fille enfin, dont le premier cri, à l'annonce de son arrêt, est pour sa mère qui va rester seule et abandonnée.
Euripide, dans un autre ouvrage , nous a montré la
jeunesse qui repousse avec effroi, par d'instantes prières, le sacrifice auquel on la dévoue^; il nous la fait voir ici qui l'accepte, et reporte sur autrui tous ses regrets : mais Iphigénie était arrachée aux joies, aux espérances d'une
vie glorieuse et fortunée ; Polyxene échappe par la mort
aux souffrances, aux ignominies de l'esclavage : c'est toujours l'expression de la nature , l'accent de la vérité. Lorsque Racine, pour se conformer aux babitudes de
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