‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 528 sur 893 · H ECO B H · texte numérisé non relu

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De son crime au tombeau qu'elle emporte la peine : Justifiez les dieux en punissant Hélène.

Mais respectez ma fille, épargnez mes vieux ans,

Laissez-moi cet appui de mes pas chancelants.

Près d'elle mes douleurs me semblent moins amères.

En elle je retrouve et son père et ses frères.

Cest me ravir encor tout ce que j'ai perdu Que m'enlever ce bien par qui tout m'est rendu. Ce doux et cher trésor qui me reste de Troie, Mon guide, mon espoir, ma famille et ma joie. Écoutez ma prière et soyez généreux; Instruit par vos malheurs, plaignez les malheureux. Ulysse, par ma voix l'équité vous supplie De ne point opprimer qui vous donna la vie. Qu'un service passé vous parle ici pour nous :

Je vous vis à mes pieds, j'embrasse vos genoux ;

Je vis couler vos pleurs, tournez sur moi la vue;

Contemplez l'infortune où je suis descendue; Moi, veuve de Priam, j'implore vos regards, Et je baise la main qui brisa nos remparts. Oui, vous nous détendrez, vous serez no're asif: Sauvez -nous, retournez vers le tombeau d Achille; Par l'amour combattu, Pyrrhus doit hésiter; Atride à vos discours ne pourra résister; Vous saurez dans les cœurs réveiller la clémence. Vous fléchirez les Grecs, et si votre éloquence

De Calchas et des dieux désarme le courroux,

Vous ferez plus pour moi que je n'ai fait pour vous.

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Rien ne manque à cette prière si touchante d Hecube, ni la raison, ni la dignité, pas même, on l'a dit*, l'adresse innocente d'intéresser à sa cause la vanité d un ennemi. Mais tout cela vient échouer contre l'inflexible fermeté d'Ulysse, qui oppose aux larmes d'Hécube celles de tant de femmes grecques privées comme elle de leurs entants;

à ses motifs, le devoir impérieux de satisfaire Achille et

d'honorer les morts. . .

Ce qui soutient, ce qui relève le vole d Ulysse, ici

î . La Harpe.

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comme partout où Tont fait agir et parler les tragiques

grecs, c'est le génie du politique, le dévouement du citoyen, dont il est comme le type dans leur théâtre. Prompt à former un dessein, habile à le faire prévaloir, ardent à

en poursuivre, à en assurer l'exécution par sa patience et sa dextérité; bravant, aan» l'intérêt public, non-seulement la fatigue et le danger, mais les apparences les

plus fâcheuses, les plus outrageantes imputations, les

réclamations de la douleur, les emportements du désespoir; capable cependant d'émotion, comme quiconque porte un cœur d'homme, mais sachant se contenir assez

pour assurer ses succès, pas assez pour les avilir : tel est

l'Ulysse de Sophocle' et d'Euripide; tel est celui que leur

a emprunté Racine; personnage qui ne peut assurément

compter sur notre sympathie, mais qui obtient de nous

cet intérêt qu'excite toujours le spectacle d'un caractère énergique, d'une forte intelligence aux prises avec une

situation hasardeuse et difficile.

Hécube vaincue appelle à son aide des armes plus puissantes, elle l'espère, les prières de sa fille. Ulysse a aussi des enfants; peut-être la voix de Polyxène remuera-

t-elle son cœur de père. Quelle gradation ingénieusement

naturelle dans cette scène I Nous avons déjà vu*, chez

le même poète, dans son Iphigénie en Aulicfe, un semblable plan d'attaque. Gomme tous les génies féconds,

Euripide se répète, mais sans uniformité. Polyxène ne dispute pas sa vie, au contraire elle l'abandonne, et voici

en quels termes :

« Je vous vois , Ulysse , retirer votre main sous vos vêtements, et détourner le visage, pour que je n'y puisse atteindre. Rassurez vous : vous avez échappé à ce dieu des suppliants, que je pourrais faire parler. Je suis prête à vous suivre, et

parce que la nécessité le veut, et parce qu'il me convient de

mourir. Je me montrerais autrement trop faible femme, trop

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