‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 529 sur 893 · riui haut, p. 31 sqq · texte numérisé non relu

riui haut, p. 31 sqq

LES TROYENNES. — HECUBE.

lâchement éprise de la vie. Et pourquoi vivrais-je encore, moi, dont le père commandait à tous les Phrygiens, qui, née si glorieusement, grandissais pour de si belles espérances, royale fiancée, prix envié de nobles rivaux qui se disputaient la gloire

de m'introduire dans leurs foyers, maîtresse et souveraine

parmi les femmes de Troie, admirée entre ses filles, semblable aux dieux en toutes choses, hormis qu'il me fallait mourir .' Maintenant, me voilà esclave ; ce nom seul me ferait désirer et chérir la mort, car je n'y suis point faite. Et puis, peutêtre rencontrerais -je des maîtres cruels, possesseurs pour quelque argent de la sœur d'Hector et de tant de héros, qui me réduiraient indignement à pétrir leur pain, à balayer leur maison, à manier la navette, à consumer dans de vils travaux de tristes jours. Un esclave, acheté au hasard, déshonorerait

ma couche, naguère désirée des rois. Non : mes yeux en se

fermant verront encore le jour de la liberté; je donnerai volontairement ce corps à Pluton. Emmenez-moi, Ulysse, immo'ez-moi. Aussi bien, pourrais-je maintenant me flatter Ue respérance, de la pensée d'un meilleur avenir ? Ma mère, ne

nous reliens point ; épargne-toi d'inutiles discours, d'impuissants efforts; tu dois vouloir aussi que je meure, avant de rien souffrir de honteux, d'indigne de moi. Celui qui na point encore goûté du malheur, porte, il est vrai, mais porte avec peine le joug auquel on plie sa tête; mieux vaudrait pour lui mourir que vivre. Vivre dans rabaissement, c'est un pénible sort*. »

Ces paroles, d'une noble résignation, ne laissent à Hécube aucun espoir; elle s'écrie qu'elle veut périr à la place de Polyxène, ou du moins avec elle; elle se saisit

de sa fille, elle s'y attache comme le lierre au tronc du chêne, dit-elle ^ Mais la douce voix du Polyxène se fait encore entendre, et, mieux que les menaces et les avis d'Ulysse, modère l'égarement de sa douleur. Alors commencent'de longs et tendres adieux, au milieu desquels on distingue des traits admirables :

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