POLYXÈNE
Que dirai-je de votre part à Hector et au vieiUard votre époux?
hii
' ij
HÉCUBE
Dis-leur que je suis devenue la plus malheureuse des femmes*.
« Adieu, s'écrie plus loin Polyxène; adieu, ma mère;
et toi, Cassandre ma sœur; et toi, mon frère Polydore 1 »
— Vit-il encore, reprend Hécube? Je ne sais; j'ai tant de malheur^ 1 »
Ceci n'est pas seulement un touchant dialogue, il faut
y voir encore une préparation habile à l'intérêt qui doit remplir la seconde moitié de l'ouvrage.
Enfin Polyxène s'arrache à un entretien que prolongerait sans fin l'insatiable regret d'une mère, et que n'oserait rompre Ulysse lui-même.
« Ulysse, voilez ma tête, et conduisez-moi. Je sens mon
cœur défaillir, avant d'être frappé, aux douloureux accents de ma mère, et moi-même je la fais mourir par mes pleurs. 0 lumière! je puis encore invoquer ton nom, mais je ne jouirai plus de ta vue que dans un court moment, entre le glaive et le tombeau d'Achille \ »
Jamais Euripide ne s'est élevé plus haut que dans ce rôle de Polyxène, qu'on doit placer auprès de son Andromaque, de son Alceste ; jamais il ne s'est rapproché davantage de ces modèles héroïques d'Eschyle et de Sophocle, dont il a trop souvent, par la recherche d'une nature vulgaire et l'abus du pathétique, altéré l'idéale beauté. Sophocle, nous le savons, avait fait une Polyxène^; nous avons le droit de douter que cette tragédie fut d'un
ordre supérieur à la première moitié de V Hécube. C'est ici la figure humaine avec ses traits les plus touchants et