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4 On Y voyait, selon Strabon (X), une dispute entre Ménélas et Agamemnon dont l'un se montrait pressé de quitter le rivage troyen, tandis que l'autre voulait s'v arrêter pour offrir un sacrifice expiatoire
à Minerve. L'apparition de T'ombre d'Achille, raconlée seulement chez Euripide (V. 107 sqq.), y était, au rapport de Longin (de Suhl, xm), mise en action, etSiobée [Ed., I, c. 52, 46) nous a conservé quel-
LES TnOYENNES. HÉCUBE.
les plus nobles tout ensemble. Le courage de Polyxène, oui la soutient ainsi que sa mère au milieu d une si cruelle et si terrible épreuve, enlève à la situation ce
qu'elle aurait de trop déchirant, et corrige, par 1 admiration la pénible émOtion qu'elle eXCite.
Le même effet se prolonge et s'achève dans un récit,
aui fait connaître la mort de la jeune princesse. Cet acte d'une superstition barbare, ce sacrifice humain, Eunpide ne cherclie point à en rembrunir le tableau mais a 1 eclaircir, au contraire, à l'adoucir autant qu il est en lui. C'est, au milieu des apprêts et de l'ordre pompeux d une cérémonie religieuse, au milieu d'un concours paisible et
silencieux, d'un côté la fière assurance d une victime si
jeune et si belle, la sublime modestie de sa chute, de
l'autre la pitié et le trouble de celui qui l'immole, le respect et l'enthousiasme de ceux qui la regardent mourir.
Il semble, à je ne sais quelle sérénité riante répandue par le poète autour de celte lugubre scène, que ce soit une
fête qui s'achève. , . ^ xt ' i.«
Mais écoutons comme Tallhybius la raconte a Hécube, et par là, art vraiment admirable ! console presque son inconsolable douleur. Ce n'est pas mm qui 1 imagme, c est elle-même qui le sent et qui l'exprime :
, n ma fille ie ne saurais eflacer de ma mémoire et cesser
.1 , !'. .nn t risle sort • mais tu as ôté quelque chose à
rex?lf 5e m*on malhluferde mon affliction p\r ton généreux courage*.»
Voici le récit, que les paroles d'Hécube louent mieux
que je ne le pourrais faire :
.... Le fils d'Achille tire son glaive du fourreau, et fait
,ue.unos des paroles prononcées P^rjejan^te.^!^
ïargumentd'Ajax on peut conclure 9^^^ ^^^^l ,3,
signe à la troupe choisie de jeunes guerriers, qui gardait la victime, de la saisir. Mais aussitôt que Polyxène a compris leur dessein, elle leur adresse ces mots; « 0 Grecs, qui avez
« détruit ma patrie, c'est volontairement que je meurs; ne € portez point la main sur moi ; je me présenter ai seule,
« sans hésiter. Laissez-moi libre, au nom des dieux, afin que « libre je meure. Reine, je rougirais de porter chez les morts « le nom d'esclave. » Les peuples applaudissent par un murmure pareil à celui des flots, et Agamemnon ordonne qu'on cesse de retenir la jeune fille.... Alors, elle saisit sa robe près de l'épaule, et, la déchirant jusqu'à la ceinture, elle découvre son sein, beau comme celui d'une statue, puis, fléchissant le genou, elle prononce ces désolantes paroles: « Voilà ma poi- € trine, jeune guerrier, tu peux me frapper, si tu le veux. « Préfères-tu m'égorger, ma gorge est toute prête. » Et lui,
plein de pitié, voulant et ne voulant plus, tranche enfin
avec le fer le passage du souffle et de la voix. Une source de sang jaillit. Mourante , elle paraît occupée du soin de tomber avec décence, et de ca<*her aux yeux ce qu'ils ne doivent point voir. »
Je traduis dans sa simplicité ce \\.,lt* si' célèbre par les
imitations, non pas plus vraies ni plus belles, mais d'un tour plus élégant, d'Ovide^ et de La Fontaine' :
Elle tombe, et tombant range ses vêtements. Dernier trait de pudeur à ses derniers moments.
« Aussitôt qu'elle a rendu le dernier soupir, les Grecs
s'empressent à l'envi autour d'elle : les uns couvrent son corps de feuillages, les autres apportent des branches de pin
et dressent un bûcher; et si quelqu'un paraît les mains vides, il s'entend dire aussitôt: « Quoi, lâche! tu te tiens tranquille,
1. V. 564 sqq. Avant Euripide, le statuaire Alcamène, ou quelqu'un de ses élèves, dans le bas-relief du temple de Phigalie, où était représentée la défaite des Centaures par Thésée, avait prêté ce sentiment pudique à Hippodamie, embrassant (i'une main la statue de Diane et de l'autre cnerchant à ramener sur ses membres nus le voile qu'arrachait Eurytion (Voyez les Monuments d'antiquilé figurée ^ recueillis en Grèce par la commission de Morée et expliquas par Ph. Lebas, 1" cahier, p. 55). Après Euripide, et peut-être à son exemple, Polyclète, peintre aussi bien que statuaire, avait peint la chute modeste de Polyxène dans un tableau décrit et vanté par le roëte épigrammatique Pollianus. (Voyez ses vers avec quelques autres passages
du même genre, et une récapitulation des travaux de la critique à c<^ sujet, dans une note de Boissonade sur la traduction grecque des Métamorphoses d'Ovide par Planude, p. 574 )