Les Filles de Mince
LES TROYENNES. IlÉCUBE.
« tu n'apportes rien, tu n'as rien à offrir à cette noble, à cette (X eénéreuse fille ? Voilà comme on parle de votre enfant qui
« n'est plus, ô la plus fortunée des mères, et aussi la plus c malheureuse M »
Ce mélange de férocité Lartare et d'humanité, qui fait ({ue les meurtriers de Polyxène s'occupent ainsi de ses funérailles, se trouve également dans la tragédie des Troyeanes. Lorsque Talthybius rapporte à Hécube, pour qu'elle l'ensevelisse, le corps d'Astyanax, il prend soin de le laver lui-même dans les eaux du Scamandre, et se charge de lui creuser une tombe *. Un tel retour aux sentiments de compassion, que les mœurs les plus rudes et les plus farouches ne peuvent entièrement effacer du
cœur de riiommo, est, par le contraste même, de Teffet
le plus touchant.
La mort de Polyxène et celle de Polydore, qui sont les
éléments de cette tragédie, ne se tiennent réellement que
par la douleur qu en ressent Hécube, et l'impression qui résulte, pour le spectateur, de la peinture d'une mère si
étrangement poursuivie de la fortune. Le poète a cependant trouvé moyen de rattacher ensemble, d'une manière moins abstraite et plus visible, deux événements tout à faits indépendants l'un de l'autre. Hécube envoie une esclave puiser de Teau dans la mer pour laver, selon
l'usago, le corps de sa fille, et cette esclave lui rapporte
le cadavre de Polydore, que les flots ont rejeté sur le rivage. N'est-ce pas là un hasard bien artistement disposé , et une transition des plus spirituelles et des plis adroites?
Adroites! un tel éloge n*est pas pur de tout blâme.
Chez Eschyle , chez Sophocle , l'art était plus franc ei n'avait pas besoin de ces finesses. Les taits dont se composaient leurs drames, s'enchaînaient par la fatalité dei
événements et de la passion, et non par ces liens arbitraires qui déguisent, comme ici, une succession d'incidents toute fortuite