Acte III, se
le
veille la préoccupation de la douleur, et éveille une vive
attente. , i .
Dans la scène suivante arrive Polymestor, mande
avec ses enfants par un message d'Hécube. Il se répand
hypocritement en témoignages d'intérêt, en consolations ;
il s'excuse de venir si tard; mais lorsque les Grecs ont
débarqué sur le rivage de Thrace, il se trouvait retenu à l'extrémité de son royaume , et l'esclave envoyée par Hécube l'a rencontré comme il se rendait près A elle. Hécube dans sa réponse ne laisse voir que l'abattement du malheur, le calme de la résignation, et tout ce début
reproduirait fidèlement ce qui se passe entre des amis et des proches qui se revoient après une grande inlor-
tune si à travers la cordialité officielle du langage, ne
perçoit l'embarras, le ressentiment secret des person-
"Tcontraste, qui fait l'intérêt de la scène, devient de plus en plus marqué lorsque, après les premiers compliments qui ont engagé l'entretien, Polymestor demande a Hécube ce qu'elle désire de lui, et que celle-ci, avant de répondre le prie d'abord de faire retirer sa suite. Ce sont, des deux parts, toutes paroles à double entente, qui n'ont leur véritable sens que pour le spectateur. Hécube,
par ses questions, semble prendre plaisir à augmenter la
confusion de son ennemi, à lui faire développer toute sa
scélératesse. .
HECUBE.
Dites-moi, d'abord, ce fils, que vous reçûtes de ma main et de celle^e son père; pour le garder dans votre maison, Polydore, il vit?...
' POLYMESTOR.
Rassurez-vous: en ce qui le concerne du moins, vous n^avez point à VOUS plaindre de la fortune.
HÉCUBE
0 cher hôle, la douce parole, et qu'elle est digne de vous!
POLYMESTOR.
Que voulez-vous encore savoir de moi ?
LES TROYENNES. HÉCUBE. ' 387
HÉCUBE
Mon fils a-t-il quelque souvenir de sa mère *?
POLYMESTOR.
Il eût souhaité de venir ici, vers vous, secrètement.
HÉCUBE
El sont-ils en sûreté les trésors qu'il apporta de Troie?
POLYMESTOR.
Sans doute : je les garde dans ma maison.
HÉCUBE
Con servez -les-lui fidèlement, et ne convoitez pas ce qui est à VOS proches.
POLYMESTOR.
Jamais : j'ai bien assez de ce que je possède*.
Ici Hécube dit à Polymestor qu'elle a voulu lui découvrir, dans l'intérêt d'un fils, à lui, si bon parent, et à ses
enfants, qui doivent aussi recevoir la confidence de ce secret, pour le conserver si leur père vient à mourir (remarquez ce sarcasme et cette menace), qu'elle a voulu lui découvrir où sont depuis longtemps enfouies les
richesses de la famille de Priam ; elle lui indique à quels signes il pourra retrouver le lieu de ce dépôt parmi les ruines de Troie; puis elle l'invite à la suivre dans sa tente pour recevoir de ses mains quelques objets précieux qu'elle a sauvés. Polymestor entre sans difiance, poussé par son mauvais génie, sa cupidité ; tandis que la mère de Polydore
lui dit en l'emmenant : « Venez,... lorsque vous aurez fait, vous irez avec vos enfants, oii vous avez mis mon fils*; » paroles* où, sous un calme apparent, comme dans