‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 537 sur 893 · V. 1035 sq · texte numérisé non relu

V. 1035 sq

LES TROYENNES. HECUBE.

taclc étrange qui s'oifre à lui; il s'adresse à Polymestor, il s'adresse à Hécube; alors le meurtrier de Polydore, apprenant qu'il est près de celle qui l'a si cruellement puni, s'écrie dans un transport de rage insensée :

« Qu'as-tu dit? Quoi! elle serait là ! Montre -la-moi : que dis-je? apprends-moi où elle est : que je la saisisse, que je déchire son corps, que je fasse couler son sang • ! »

Il se calme cependant pour défendre sa cause devant Agamemnon, qui se fait juge de la querelle. La scène se refroidit, comme il arrive trop souvent chez notre poëte, par une plaidoirie, agréable peut-être pour les Athéniens, grands amateurs de procès, et qui, après en avoir jugé au tribunal, n'étaient pas fâchés d'en retrouver au théâtre.

Allons nous délasser à voir d'autres procès.

Dans un récit, plein d'images vives et frappantes qui nous font connaître ce que nous avaient fait seulement deviner ces cris poussés tout à l'heure derrière la scène, Polymestor raconte par quel artifice les Troyennes l'ont conduit dans le piège ; comment ses enfants ont

été séparés de lui et massacrés ; comment cette troupe de

femmes, triomphant de lui par le nombre, lui a ravi la

lumière. Il avoue qu'il a commis le meurtre qu'on a

ainsi vengé, mais dans l'intérêt des Grecs, pour les délivrer d'un ennemi qui pouvait un jour leur être redoutable. Hécube n'a point de peine à repousser cette excuse mensongère, et à convaincre Agamemnon, déjà persuadé d'avance, que le roi de Thrace n'a sacrifié Polydore qu'à son avarice. Le chef des Grecs se prononce contre Polymestor au nom de l'hospitalité qu'il a violée, et à laquelle il devait une expiation. Polymestor, furieux de ce

jugement, s'emporte en invectives contre Hécube et Agamemnon; éclairé de la vue intérieure que les anciens prê-

l. Y. 1102 sqq.

taient aux hommes frappés de cécité, il leur annonce la triste fin qui les attend, et ses prédictions, écoutées par llune avec une foi crédule et craintive, avec trouble et colère par l'autre, achèvent la tragédie' dans l'esprit du spectateur, qui ne doute pas de leur accomplissement; elles lui font voir de loin ces catastrophes par lesquelles doivent être unies dans une égale ruine la famille royale d'Ilion et celle de son vainqueur.

1. Il n'est que?tion,dans ce dénoûment, qu'en quelques mot«, des funérailles de Polydore, qu'ordonne, avec celles de Polyxène, Agamemnon,v. 264 s]. L'auteur de Hé/lexions sur H écube, communiquées de 1744 à 1760 à rAcadémie de Houen (Voyez les Mémoires de cette Académie, t. I, p. 238), Dumolard, dont nous avons cité précédemment, t. II, p. 296 et suivantes, un travail du même genre, a détendu

fort inutilement la convenance de ce détail si court, par des considérations, d'ailleurs judicieuses et qu'il applique plus à propos aux Sup vUantes d'Euripide et à VÀjax de Sophocle, particulièrement, sur l'importance attachée par les anciens aux honneurs fuisèbies et la

place, quelquefois considérable, qui leur était attnluee dans la tragédie grecque.

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