‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 538 sur 893 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Continuation du même sujet.

Le génie de la tragédie grecque ne se découvre pas seulement avec évidence dans les monuments admirables qui en sont restés, mais encore dans les nombreuses imitations où, depuis, on s'est appliqué à la reproduire, et qui, par les altérations mêmes qu'a reçues du caractère divers des temps et des lieux, du tour d'esprit particulier des poètes, le modèle primitif, en sont une sorte de commentaire indirect.

Ce commentaire n'a pas manqué aux deux tragédies d'Euripide analysées, étudiées dans les précédents chapitres, à ses Troyennes/di son Hécube, Malgré le reproche d'incohérence que tant de critiques leur ont adressé, et dont j'ai cherché à les défendre, malgré des défauts plus réels que je n'aipoint prétendu dissimuler, etqui tenaient surtout au penchant de l'auteur et de son public pour les harangues et les maximes, ces deux ouvrages, par des beautés éternellement dramatiques, par une expression pathétique et naïve à laquelle ne pouvaient rien enlever de sa vérité ni de son charme les révolutions des mœurs et du goût, ont pris pour toujours possession de l'imagination humaine, et il n'est guère d'épo |ue ni de littérature où ne se rencontre quelque trace au moins de leur

souvenir.

Au temps des pénibles débuts de la Melpomène latine,

VHécube d'Euripide avait été traduite par Ennius*, et 1. Voyez plus haut, p. 367, 374, 384.

tÊÊmum

peut-être aussi par Attius»; ses Troyennes ou \^ Polyxène de Sophocle' par ce dernier, auteur en outre d'un Neoptolème, d'un Astyanax où étaient traités des sujets analogues. 'Les originaux grecs avaient été rendus par eux avec une rudesse énergique, que Gicéron'^ et Horace* no trouvaient pas sans grandeur et sans noblesse. Ils furent très-probablement pour quelque chose dans la composition de cette Troade écrite si lestement, en l'espace de seize iours, avec trois autres tragédies, dont une Erigone, une Electre, par Quintus Cicéron, et que l'illustre frère de l'auteur ne vantait pas sans quelque mélange d'ironie \ Plus tard, au siècle d'Auguste, ils inspirèrent, l'un et

l'autre, Virgile et Ovide^

Que de passages dans l'Enéide attestent cette inspiration étrangère I Lorsque Junon vient réclamer l'assistance d'Éole pour disperser et détruire la flotte d'Énée, ne re- COnnaissons-nous pas dans cette scène le prologue des Troyennes? Lorsque du tombeau de Polydore sort cette voix merveilleuse qui avertit les Troyens de fuir le sol inhospitalier de la Thrace, cette fiction hardie et frappante ne nous fait-elle pas songer au prologue de VH'Xube ? Et

tous ces tableaux si élevés, si touchants, si terribles, qui représentent la nuit de fête et de sang où périt Ihon, ses dieux qui l'abandonnent, son . roi immolé aux pieds des

'. Priscien, VI, cite de V Hé cube d'Alliaa ce beau trait Veter fatorura terminus sic jusserat.

2 0 Bibheck, Tragic. latin, reliq.j 1852, p. 320 sqq.

3! Tusc. I, 16. Voyez plus haut, p. 367.

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