‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 541 sur 893 · Jos. Scaliger, Dan. Heinsius; d'après eux, Brumoy, etc · texte numérisé non relu

Jos. Scaliger, Dan. Heinsius; d'après eux, Brumoy, etc

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Dans la première de ces deux scènes « , Pyrrhus réclame pour le tombeau de son père le sang de Poyxène tandis

qu-Agamemnon s'oppose à ce barbare sacnl.ce : beneque naraît avoir voulu y faire contraster 1 emportement, na- S à un eune gulrier, au fils d'Achille, et la modération le sang-froid, convenables à un roi, au chef d une armée. Ce contraste, quoique marqué trop grossièrement

paH'opposition symétrique, d'abord de longs discours, Sus de courtes répliques, par un fréquent échange de sentences contraires, et plus souvent encore de sarcasmes erd'iniures dont le tour raffiné dément la brutalité plus qu'homérique, ce contraste, avec tout ce que la critique

Seut justement y relever dans la forme, n'en est pas moins une imagination heureuse, et Racine, pour les contestations fameuses d'Agamemnon et d'Achille surtout d'Orestc et de Pyrrhus, en a emprunté quelque chose. ■

Tout le monde se souvient en quels termes, dans not e

Andromaque, le roi d'Èpire refuse de livrer aux Grecs le fîfs d'Hector; mais ce sont précisément les vers que tout ie monde sait, qu'il est le plus naturel de citer.

Ah' si du fils d'Hector la perte était jurée, Pourquoi d'un an entier l'avons-nous différée? DansTe sein dePriam n'a-t-on pu ™°!^^J^i,ler Sous tant de morts, sous Troie, il fallait 1 accabler. Tout était juste alors. La vieillesse et 1 enlance En vain sur leur faiblesse appuyaient leur défense.

Mon courroux aux vaincus ne fut que trop sévère.

tEleu^te-GiscTeS^Ç^^^^^ Qu'ils PoSvlnt ailleurs ce qui reste de Troie : De mes inimitiés le cours est achevé ; L'Épire sauvera ce que Troie a sauvé .

Les idées principales et le mouvement de ce beau pas-

l. Acte II, se. 2. . , ^ . v.. AnUromanue, acte i, »c, z*

le

LES TROYENNES. — HECUBE. 399

sage sont empruntés à des vers de Sénèque que je vais tâcher de traduire fidèlement, ce qui est presque aussi difficile pour le tragique latin que pour les tragiques grecs, mais par une raison différente. Si l'on est tenté d'ajouter quelque parure à la simplicité un peu nue de ceux-ci, on ne l'est pas moins de ramener l'autre à un langage plus naturel, et Ton court ainsi un risque égal de les défigurer.

« Oui, je Tavouerai ; que la Grèce me pardonne cet aveu! je souhaitais sans doule que les Troyens succombassent sous nos armes, mais non qu'ils disparussent de la terre. J'eusse arrêté leur ruine, s'il était possible de mettre un frein à Tardeur de la colère, à la fureur du combat, à l'emportement de la victoire, égarée dans les ténèbres. Toutes ces cruautés, qu'on peut nous reprocher, sont l'œuvre du ressentiment; c'est le crime de la nuit, dont les ombres irritent la rage du soldat; c'est le crime du glaive vainqueur qui, une fois teint de sang, ne saurait être apaisé. Faisons grâce aujourd'hui à ce peu qui reste

de Troie. Nous sommes assez et trop vengés. Mais que la fille d'un roi périsse, qu'on l'immole sur un tombeau, que son sang arrose des cendres insensibles, qu'on donne à cet acte cruel le nom d'hyménée? non : je ne le puis souffrir '. »

Il y a dans cette tirade quelque redondance judicieusement retranchée par le goût de Racine ; mais on voit, et c'en est le plus, grand éloge, cju'elle ne lui a pas été inutile. Je croirais volontiers qu'il s'est souvenu d'une fort belle expression qui s'y trouve, g ladii libido^, lorsqu'il a

dit si hardiment dans Athalie' :

Si quelque audacieux embrasse sa querelle, Qu'à la fureur du glaive on le livre avec elle.

De tels rapprochements ont leur intérêt, puisqu'ils nous font remonter à l'origine, et comme retrouver la généalogie de quelques-uns des plus beaux vers de notre

i\, 285 sq. Cf. ^erc. fur. 405t

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