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peut en disconvenir, est ingénieuse et théâtrale. Le reste de la scène ne l'est pas moins. ^ .
Andromaque a soutenu, quoique avec peine, une si douloureuse épreuve. L'esprit inventif d'Ulysse lui en prépare une nouvelle, non moins cruelle et plus décisive. A deiaut d'Astyanax, dit-il, le sacrifice expiatoire qui doit assurer le retour de la flotte grecque s'accomplira sur les restes de son père. Calchas veut qu'on répande la cendre d Hec
tor dans la mer, et qu'on rase son tombeau. Ici se place,
pour la seconde fois dans cette scène, un long aparté, un monologue qui est comme le pendant du premier. G est le
tour d' Andromaque de se consulter. Doit-elle sau^^r son époux d'un odieux outrage, ou son fils de la mort? IJelibération assez dans le goût de notre théâtre, dont le tond est touchant, mais la forme bien prétentieuse. Elle se termine par ce trait brillant : « Sauvons celui que redoutent les Grecs ^ « Cependant Ulysse commande que 1 on brise le monument : Andromaque le défend de ses prières
et même de ses menaces; elle se jette au-devant des sol-
^dats, non sans se comparer elle-même à une belliqueuse Amazone, à une Ménade furieuse ; elle évoque 1 ombre de son époux, soit dans l'illusion de son desespoir, soit nour effrayer les profanateurs. Ces mouvements, tout violents qu'ils sont, et malgré ce qu'ils entraînent dans leur cours de détails recherchés, sont justifies par la situation et conformes à la nature. Il est cependant dans mon sujet de faire remarquer que, si notre goût les absout celui des Qrecs les eût peut-être condamnes. G est
tout' à fait l'opposé du calme pudique que conserve aux
femmes la tragédie grecque, même dans l'expression de
la plus violente douleur. L' Andromaque d Euripide na
T)as un instant l'idée d'opposer à la force une résistance aui n'est pas de son sexe, et qu'elle sent mutile; elh n'appelle pas à son aide son époux, qui ne peut plus rien pour elle-, au contraire, nous l'avons vu. elle dit a son enfant, avec un profond sentiment de son impuissance et
LES TROYENNES
HECUBE.
de sa détresse, bien plus vrai et bien plus touchant, à mon gré, que les transports d'un désespoir frénétiijue :
« Pourquoi me presser de tes mains? pourquoi t'attacher à mon voile, pauvre colombe réfugiée sous mon aile? Hector, avec sa lance redoutable, ne sortira point de la terre pour te défendre '.»
J'ai blâmé les comparaisons de rhéteur que Sénèque
mêle au langage de la passion; et, dans le passage ravissant que je viens de citer, il s'en trouve une qui semble appeler la même critique. Mais qui ne sent la différence?
Si elle pouvait échapper, ne suffirait-il pas de montrer comment ce passage a été traduit, un peu plus loin, par le tragique latin ?
« Pourquoi t'attacher à mon voile, à mes mains? C'est pour loi un vain asile. Telle, au rugissement d'un lion, la tendre génisse se serre contre sa mère tremblante. Mais le monstre cruel Ten sépare; et, saisissant de son énorme gueule sa faible proie, il la brise et l'emporte. Ainsi, mon enfant, on va t'arracher du
sein maternel*. »
On voit à quel point le langage d'Andromaque, sous la discipline déclamatoire de la Melpomène latine, est devenu descriptif et diffus.
Ces parallèles, qui se sont offerts, m'ont fait anticiper sur le dénoùraent de la scène que j'analyse. Je la reprends où je Tai laissée.
Andromaque s'aperçoit qu'elle ne préservera pas de
la ruine le tombeau de son époux, et elle songe, un peu
tard peut-être, que son fils périra écrasé sous les débris.
Alors elle se jette suppliante aux pieds d'Ulysse, qui l'interrompt et exige avant tout qu'Astyanax lui soit remis.
La prière d'Andromaque est plus naturelle et plus attendrissante que d'ordinaire il n'appartient à Sénèque ; il en est de même des paroles qu'elle adresse à son fils, lorsqu'elle le fait sortir de l'asile où elle l'a caché, et