‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 547 sur 893 · Troad, v. 758 sqq. Voyez plus haut, p · texte numérisé non relu

Troad, v. 758 sqq. Voyez plus haut, p

LES TROYENNES

HECUBE.

qu'elle le présente à Ulysse. Je vais citer les deux morceaux, qui donneront une idée du plus haut degré de vérité et d'éloquence où se soit jamais élevé le génie dramatique de Sénèque. Peut-être lui croyait-il descendre, et attribuait il à un moment de lassitude et de sommeil

ces saillies de simplicité?

t Je tombe à tes genoux, Ulysse ; je les presse de ces mains

suppliantes qui n'ont jamais embrassé les genoux d'un maître. Prends pitié d'une mère: endure ses larmes avec patience, avec

douceur. Plus les dieux t'ont placé haut, moins tu dois nous

accabler dans notre chute. Ce qu'on donne au malheur, on le

prèle à la fortune. Qu'ainsi puisse bientôt te recevoir le lit d'une chaste épouse î Qu'ainsi [)iiisse Lsërte prolonger jusqu'à ton retour le cours de ses années ! Que ton fils te revoie, et

qu'allant au delà de les vœux, il passe en âge son aïeul et son père en sagesse ! Prends pitié d'une mère. Il est dans ma disgrâce ma seule consolation '. »

Et comme Ulysse ne lui répond que par ces dures paroles : ce Livre d'abord ton fils ; puis tu pourras prier, »

elle poursuit ainsi dans des vers d'un mètre facile et har-

"momeux, et d'une grâce sans apprêt, tout à fait digne

dos Grecs ^ :

« Sors de la retraite, cher trésor, malheureux dépôt que n'a pu sauver une mère. Voilà donc, Ulysse, l'eiTroi de vos mille

vaisseaux! un enfant! Humilie-loi. mon fils, tombe aux pieds

de ton maître, embrasse ses genoux de les mains suppliantes. Ne rougis point de celte nécessité cruelle à laquelle la fortune réduit les malheureux. Oublie tous ces rois d'où tu es sorti, ton illustre aïeul dont l'empire fut si grand, si glorieux : perds jusqu'au souvenir d^Hector : prends les sentiments et raltitude

d'un captif; fléchis le genou, et s^i tu ne sens pas encore ton

malheur, imite les pleurs de ta mère". »

Ici vient un récit un peu long peut-être*, malgré l'agilité de la mesure, un peu froid malgré l'élégance du style,

2. On peut les rapprocher de ceux que, dans VAndromaque d Euripide, v, 520 sqq. (voyez plus haut, p. 278), la mère de Molossus adresse a son enfant.

du pardon autrefois accordé par Hercule irrité à Priam enfant.

« Les larmes d'uii royal enfant, notre ancienne Troie les a vues elle même; Friam, tout petit encore, a pu fléchir le fa-

rouche^t menaçant Alcide.... Ce n'est pas un moindre suppliant qui est à tes pieds et te demande la vie »

Cet exemple de générosité ne séduit point Ulysse, qui se renferme, en politique endurci, dans ses craintes

pour le repos futur de la Grèce. Andromaque lui réplique

éloquemment :

« Craignez-vous donc que cet enfant ne ranime les cendres de notre patrie? Ses faibles mains relèveront-elles nos remparts? Ah 1 c'en est fait de Troie, s'il ne lui reste que cet espoir.

Non, non, malheureux Troyens, noire ruine est trop complè e, pour que nous puissions désormais être un objet de crainte, Hector, dites-vous, nous enfle le cœur : mais vous l'avez traîné dans la poussière, et aujourd'hui, que Troie n'est plus, il perdrait comme nous le courage : le courage ne résiste point à de telles infortunes. Voulez-vous nous punir? mais la servitude

n^est-elle pas le plus dur des châtiments? Faites-en peser 1«

joug sur ce noble front : permettez à mon fils de porter vos

fers: qui jamais refusa l'esclavage à un roi •?

J'ai traduit, pour les citer, ces divers morceaux, et à cause de leur mérite, unique dans le recueil des tragé^

dies latines, et' parce que notre théâtre leur doit en

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