partie l'admirable rôle d'Andromaque. N'est-ce pas de là
en effet, que nous est venue cette noble et touchante
expression de découragement, de résignation, d'abaissement volontaire, qui prête un charme si mélancolique à
ces vers?
Digne objet de leur crainte !
Un enfant malheureux, qui ne sait pas encor
Que Pyrrhus est son maître, et qu'il est fils d'Hector.
Seigneur, tant de grandeurs ne nous louchent plus guère; Je les lui promettais tant qu'a vécu son père.
Non, vous n'espérez plus de nous revoir encor. Sacrés murs que n'a pu conserver mon Hector! A de moindres faveurs des malheureux prétendent; Seigneur, c'est un exil que mes pleurs vous demandent \
Andromaque, sans vous,
N'aurait jamais d'un maître embrassé les genoux*.
Fais connaître à mon fils les héros de sa race ; Autant que tu pourras, conduis-le sur leur trace : Dis-lui par quels exploits leurs noms ont éclaté;
Plutôt ce qu'ils ont fait, que ce qu'ils ont été.
Mais quMl ne songe plus, Céphise, à nous venger; Nous lui laissons un maître, il le doit ménager. Qu'il ait de ses aïeux un souvenir modeste; Il est du sang d'Hector, mais il en est le reste*.
La scène se termine moins heureusement par des invectives sans mesure et sans dignité, qu'Andromaque adresse à Ulysse, et par des adieux à son fils, où l'on ne doit que trop souvent regretter le naturel et le pathétique
portés par Euripide dans cette situation. La douleur de î'Andromaque latine s'égare puérilement dans un détail minutieux et infini de tout ce que l'avenir réservait à son fils de bonheur et de gloire. L' Andromaque grecque ne songeait qu'à s'enivrer une fois encore de sa vue et de ses caresses, qu'à savourer le charme douloureux de ce dernier embrassement. Une différence remarquable, c'est que, chez Sénèque, Ulysse, avec la dureté du Créon de Sophocle dans son Antigone''^ hâte les adieux de la mère
et du fils, dureté gratuite, qui ne sert qu'à faire ressortir la prolixité du poète. Il n'en était pas ainsi chez Euripide; plus conformes à la nature, son Ulysse, son Talthybius, montraient l'humanité compatible avec leur cruel ministère. Une fois le sacrifice qu'ils réclamaient obtenu, ils n'ajoutaient plus une parole, et laissaient à la douleur