Dictionnaire philosophique, art. Enfer
mie la partie philosophique. Le reste est essentiellement un jeu de 1' ^cole, un mensonge; la vérité, le naturel des Grecs devait s'y dissiper, ou n'y laisser tout au plus qu'une trace grossière. On éprouve au spectacle de cette destruction littéraire quelque chose du sentiment que prête aux Troyennes, contemplant, des vaisseaux qui les emportent, la ruine de leur cité, ce passage charmant de la pièce latine :
« Qu'éprouverons-nous, malheureuses, lorsque nous verrons
la terre décroître et s'accroître la mer; quand disparaîtront
les derniers sommets de TldaY Alors Tenfant montrera à sa mère, la mère à son enfant, en quel lieu reste couchée Ilion. Elle est là, dira-t-on, en la montrant du doigt, là où s'élève,
en tournoyant, vers le ciel ce nuage de fumée*. »
La Troade, du reste, laisse percer à travers ce nuage des lueurs assez éclatantes, pour justifier plus que toute autre pièce du même poète ^ l'enthousiasme indiscret qui, dans l'âge de l'érudition, égalait, et quelquefois préférait la tragédie des Latins à celle des Grecs. Les savants du
seizième siècle, assez peu d'accord sur le mérite relatif des diverses productions de Sénèque, s'accordent généralement à placer parmi elles au premier rang sa Troade. Il s'en est même trouvé qui n'ont pas craint de l'élever au-dessus des admirables modèles qu'elle reproduit si imparfaitement, au-dessus des Troyennes, au-dessus de VHécuOe^ que, vers la même époque cependant, Érasme, juge plus délicat, s'appliquait à traduire dans son élégante latinité; que translatait, avec une fidélité barbare, dans son rude français, Lazare Baïf; qu'imitait en italien