Acte II, se
LES TROYENNES. — IIECUBE
Et, quel bonheur pourrais-je avoir plus en ce monde. De telle grandeur cheute en misère profonde,
Qui suis fille d'un roy, nourrie avec espoir
De me voir royne un jour dedans un throsne seoir;
Qui fus la sœur d'Hector aux armes indomptable, Et maintenant servir captive misérable**
Or vous, ma douce mère, hélas! ne plorez point; Plustost esgayez-vous de me voir en ce poinct. Vous deussiez maintenant, c'est voslre vray office. Me présenter vous mesme à ce doux sacrifice. Afin que je ne souffre, asservie à leur loy,
Chose qui soit indigne et de vous et de moy*.
Les tragédies de Garnier, qui ne nous semblent aujourd'hui que le premier et confus bégayement de notre enfance dramatique, furent, à leur apparition, l'objet d'un vif enthousiasme. Voici en quels termes magnifiques les louait dans ses vers Ronsard, qui dans sa prose se disait naïvement leur parrain. Il s'agit précisément de la Troade:
Quel scn masle et liardy, quelle bouche héroïque,
Et quel superbe vers entends-je ici sonner?
Le lierre est trop bas pour ton front couronner,
Et le bouc est trop peu pour ta muse tragique. Si Bacchus retournoit au manoir Plutonique, il ne voudroit Eschyle au monde redonner : il techoisiroit seul, qui seul peux estonner Le théâtre françois de ton cothurne antique. Les premiers trahissoyent l'infortune des roiîs, Hedoijblant leur malheur d'une trop basse voix, La lieu ne comme foudic en la France s'escartc.
Singulière illusion de l'amitié et d'une sorte do patriotisme littéraire, qui faisait voir à Ronsard, dans Garnier
le rival et le vainqueur des grands génies de l'antiquité! Il ne se doutait guère de l'oubli ou du dédain qui les