‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 557 sur 893 · Acte III, se · texte numérisé non relu

Acte III, se

attendait l'un et l'autre, ni que sa gloire déchuG aurait

tesoin quelque Jour d'être restaurée, comme un monu-

xient déiruit, par une critique impartiale et ingénieuse.

LaPolyxène de Billard, en 1607, la Troade de Sallebray en 1640, ces très-pauvres ouvrages, rappelés, pour mémoire, dans les histoires, les bibliothèiiues du Théâtre- Français, ne méritent pas de nous arrêter. Nous avons va te qu'au bel âge de notre scène Racine avait pris de beautés dans les Troyennes et dans VHêcube d'Euripide, dans la Troade de Sénèque. Il n'est pas sans intérêt pour sa gloire, afin d'apprécier tout le goût de ses irailations,

afin d'excuser l'alliage qu'y a quelquefois introduit l'inévitable influence du goût moins pur de ses contemporains,

de savoir ce qu'a tiré des mêmes sources celui qui eut le

malheur d'être quelque temps son heureux rival. Si le ridicule attaché au nom de Pradou avait besoin d'être appuyé de nouvelles pièces justificatives, on pourrait joindre à ce que nous savons de sa Phèdre l'analyse de sa Troade, pièce composée en 1679, tout à fait dans la même manière Ulysse, le grave Ulysse, maître d'Andromaque, se trouve en même temps l'amant de Polyxène; Pyrrhus, au

contraire, maître de Polyxène, est l'amant d'Andromaque.

Les deux héros emploient une grande partie de la pièce

à se contrarier mutuellement, poursuivant, l'un la vie du

fils d'Andromaque, l'autre celle de Polyxène. Ils s'aperçoivent à la fin qu'il serait plus sage de s'accorder, et s'entendent pour un échange. Mais voici que le petit Astyanax se précipite, par malice, du haut des murs de Troie. Pyrrhus, soupçonnant Ulysse de l'y avoir un peu aidé veut par représaille, immoler Polyxène, qui le prévient et se perce elle-même. Telle est la Troade de Pra-

don* C'est de cet abîme de mauvais goût, où les Lacal-

prcmde, les Scudéri avaient précipité notre tragédie, que

font retirée, à force de génie , Corneille et Racine. Ce qu'ils ont d'admirable n'est qu'à eux ; ce qu'on peut

l U s'y rencontre, comme dans sa Phèdre (voyez plus haut, p. 113) ,

LES TROYENNES. — HECUBE.

reprendre dans leurs œuvres appartient tout entier à leur

temps.

Rien ne le prouve mieux que la perpétuité de ces détestables traditions. Un des successeurs de Racine, l'estimable auteur de Manlius , Lafosse, dans une Polyxène qui fut, en 1696*, son coup d'essai très-applaudi, qu'on ne reprit pas sans succès en 1718, et de laquelle paraissent être issus des opéras donnés en 1706^, et même en 17G3', défigura, comme Pradon, la fable si simple d'Euripide par un roman d'amour des plus compliqués et des

plus vulgaires.

L'éducation du public était encore, chose étrange ! bien

peu avancée, lorsque en 1754 et 1755, entre deux tragédies

de Voltaire, l'Adélaïde du Guesclin, je crois, et l'Orphelin

de la Chine, il applaudissait le Philoctète et les Troyennes de Chateaubrun. J'ai déjà eu occasion de montrer* combien, dans la première de ces deux tragédies, avaient été ridiculement défigurés, par l'ignorance des mœurs antiques et le respect servile des habitudes de notre scène, la simplicité et l'intérêt pathétique du sujet. La même transformation peut se voir dans les Troyennes, qui cependant

valent un peu mieux.

C'était une règle reçue, que tout ouvrage de théâtre

quelques vers où se fait sentir rinfluence des exemples de Racine. M. Saint-Marc Girardin en a extrait les suivants :

Mes enfants, oublions cette fierté des rois Qu'au palais de Priam nous eûnits autrerois.

Sans nous ressouvenir d'une gloire importune, Il faut s'accommoder au cours de la fortune; Et n'étant plus au temps de ses prospérités, l\ faut aller au gré de ses advertités. Nous ne commandons plus aux peuples de l'Asie ;

^ot^e grandeur sous Troie est toute ensevelie; Nous sommes des captifs que les Grecs ont soumis;

Nos enfants sont aux fers parmi nos ennemis;

Il faut prendre un esprit conforme à leurs misères, £t nous ressouvenir que nous sommes leurs mères.

1. En celte même année fut donné un Poîymestor de l'abbé Genest.

2. Polijxène et Pyrrhus, paroles de De la Serre, musique deColasse.

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