‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 559 sur 893 · Voycz Grimm · texte numérisé non relu

Voycz Grimm

LES TROYENNES. -- HECUBE. ^23

éclatant succès sa vieillesse honorable. Ce sont encore les témoignages contemporains qui nous font connaître ce fait ;

Grimm et La Harpe émoussent le plus qu'ils peuvent la

S3vérité de leur critique; et Voltaire, dont les Troyennes

retardaient les tragédies, ne trouve contre leur auteur aucune épigramme ; il s'égaye seulement, dans ses lettres, sur l'innocente rivalité de ces trois vieillards qui, tout près de leur fin, se disputaient la scène française, Chateaubrun,

Grébillon, et lui-même.

La bonne volonté du public, qui, en 1755, porta

l'auteur de Philoctète et des Troyennes au fauteuil académique de Montesquieu, ne tint pas l'année suivante contre son Astyanax. Cette pièce ne fut ni rejouée,

ni imprimée. Que mes lecteurs se félicitent de ce mauvais succès, qui abrège d'autant une revue déjà bien

longue.

Un accident burlesque que racontent les biographes de Chateaubrun a encore réduit, avec le recueil de ses tragédies, la tâche qu'elles nous eussent imposée. Il avait, dit-^on, composé un Ajax et une Antigone, et les avait oubliés un an ou deux dans un tiroir qui ne fermait

point. Un jour pourtant il lui prit fantaisie d'y jeter les

yeux Après les avoir cherchés inutilement, il demanda à

son domestique, en lui montrant le tiroir, s'il n'y avait

point vu deux gros cahiers : « Vraiment oui, monsieur,

répondit celui-ci ; car c'est avec ces vieilles paperasses que depuis longtemps j'enveioppe les côtelettes de veau qui vous sont servies et que vous trouvez si bonnes comme

cela. » ^, , j 1

Les sujets divers rassemblés par Chateaubrun dans la

fable complexe de ses Troyennes ont été depuis répartis entre des compositions spéciales assez nombreuses,

des Andromaques, des Astyanax*, des Polyxènes. Parmi

elles il y en a qui ne sont point arrivées jusqu'à la scène,

1 On eile une Andromaque d'un anonyme, mise en musique par Grétrv en 1780, trois iseyanax, tragédies et opéra, donnes en 1789, 1805 1800 les deux premiers par Richerol et Halma, le troisième par Jaurè pour les paroles et Kreutzer pour la musique.

et les autres n*ont pu s'y établir. Leurs auteurs ont échoué contre des obstacles impossibles à surmonter,

rétrangeté des mœurs et la nullité de l'intrigue, conduits inévitablement à les altérer par des couleurs et des combinaisons toutes modernes, qu'une longue tradilion

rendait peut-être encore acceptables, mais dont on a fini par se lasser et ne plus vouloir. Pyrrhus, le lendemain, ou peu s'en faut, de l'embrasement de Troie et du meurtre de Priam, poursuivant Polyxène d'un amour qu'elle repousse ou qu'elle partage ; Agamemnon soupirant de son côté pour Gassandre; l'un et l'autre, par aflection OU simplement par piiié, occupés à déjouer les entreprises

du rigoureux Galchas et de l'artificieux Ulysse conlr.^ les filles d'Hécube, ce sont là des concej)tions, d'abord bien rebattues, on en peut juger par les analyses qui précèdent, et ensuite bien peu d'accord avec le tableau retracé, dans toute sa vérité, toute sa simj)licité, par la tragédie grecque. Tel est, à des degrés divers, le défaut capital de troiv** Polyxènes, auxquelles cependant le nom honoré de leurs auteurs, de nobles sentiments, de beaux vers, l'imitation ingénieuse de certains traits d'Euripide, de Sénèque, de Virgile, méritent un souvenir de la critique , celle par laquelle Legouvé, en 1784, préludait aux ouvrages dramatiques qui ont commencé sa réputation*; celle qu'en 1804 M. Aignan a fait représenter sur le Théâtre-Français; celle enfin qui a mérité, en 1811, à M. Niccolini, une couronne de l'Académie de la Crusca*.

On lit dans la préface du Moïse de M. de Chateaub iand :

« J'avais autrefois conçu le dessein de faire trois tragédies : la première sur un sujet antique, dans le sys-

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