‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 567 sur 893 · Molière, Amphitryon^ acte III, se. II · texte numérisé non relu

Molière, Amphitryon^ acte III, se. II

HERCULE FURIEUX

inépuisable de tant de douleurs maternelles prête ces tou chantes paroles :

« Eh bien où est le prêtre, le sacrificateur, le meurtrier qui

doit frapper de mort mon âme? Voilà les victimes ! elles sont ï^rllV^V"^ îf,^ conduise chez Pluton! Triste cortège, mes

lants. Destm inalheureux d'une mère, de ses enfants qu'elle ne

reverra plus Je ne vous ai donc donné le jour que pour devenir la risee, le jouet d'ennemis cruels, acharnés à voire perte. Ah : combien elles m^ont abusée les espérances dont m'entretenait votre père ! A toi ce père qui n'ekt plus destinait Ar^ostu devais habiter le palais d'Eurysthée, régner sur les fenUes

t^ZT' ^' ^^ 'T' ^r ^''^^^'^ ^^J^ " P-'"it en idée ta tête de la peau de hon dont lui-même armait la sienne. Et toi tu devais être le roi de Thèbes, de la ville amie des chars ; tu avais obtenu de ;celui qui t'a fait naître, l'héritage de ta

^fî Sa ? T^'? î^^'^ réservée, présent trompeur! la massue

qui dompta tant de monstres. Toi enfin, c'était OEchalie avec

mI^.T' ^^ soumit qu'il devait te donner. Ainsi tous trois vous élevait sur autant détrônes le noble orgueil d'un père. Et moi,

^V.T 'K'I^^'' ^T ^'? P^'^' '""^^^«s familles, à Athènes, à bparte, a Thebes, les plus dignes épouses, afin qu'assurée contre les orages, votre v.e eût un cours prospère. Tout cela n était qu un songe, maintenant évanoui. La fortune a chancre • ï^ai TT '^'^ vo"s donne les Parques, et à moi, malh?u^ reuse, des larmes en place du bain nuptial. C'est chez Pluton,

irâJ?^T r'' '' P"^'"'» ^^*' ^'^^"^^ ^'^"1 doit célébrer la tris e fête de votre hymen. Oh! qui de vous serrer d'abord

S?«WhT" ^•^'"- G^^uS"^ ^^"^^- ^"«"^s lèvres chercheront holn! ^-,"'îf""^^-',''^' ^"^' ^°^^"'' SLir toutes, comme l'atrA!nn''.i ^! ^ J^^ree j'v recueille, dans ces embrassements, un trésor de douleur et de larmes! O cher époux, si une voix de la terre peut se faire entendre jusqu'au séjour des morts. Hercule, je t invoque. Ton père meurt avec tes fils: je vais périr moi que les mortels proclamaient heureuse à cause de toi. Sel c^yT'î^"^'/*®"^' P^^'^^s, ne fusses-tu qu'une ombre. C'est as sez de ta présence pour nous sauver. Que sont-ils près de toi, ceux qui veulent tuer tes fils ' ? » i^ ^a uc lui,

Au nom de la simplicité grecque, il faut peut-être blâmer, dans cette pathétique tirade, certaines figures qui sont plus du poëte que du personnage : quand, par exemple, Mégare reproduit curieusement, sous tant de

formes, ce qu'exprime cette expression proverbiale, à laquelle il fallait se borner, « épouser les Parques ; » quand elle compare, avec une grâce qui n'est pas sans recherche, le partage de ses haisers entre ses fils, au vol de

l'abeille sur les fleurs, Qu'Amphitryon, invoquant Jupiter, comme Mégare Hercule, après un dernier et, il le croit, inutile appel à son assistance, prenne congé des

vieux amis de sa jeunesse, en leur recommandant (c'est un reproche indirect qu'il adresse aux dieux) de ne plus

compter, instruits par son exemple, sur la durée de la

fortune et du bonheur, d'égayer le plus qu'ils pourront, sans étendre au delà leur espérance, chacun des jours qui leur restent, je ne le trouve pas mauvais ; mais peut-être insiste-t-il trop, en vers charmants du reste, sur cette

moralité.

II y a des coups de théâtre de plus d'une sorte. Les uns tout à fait imprévus, plaisent par la surprise; les autres,

au contraire, préparés, désirés, tirent d'une longue attente leur effet. Tel est celui auquel nous amène notre analyse. Mégare tout à coup s'écrie et avec elle Amphitryon ; ils n'en peuvent croire leurs yeux, qui leur annoncent rapproch3 d'Hercule. C'est bien Hercule en effet, échappé aux enfers, et qui revient vers les siens. Le

poëte nous fait connaître plus tard, par souci de la vraisemblance, que frappé, sur son chemin, dun sinistre présage, et craignant quelque malheur domestique, il s'est dirigé en hâte vers sa maison, sans se montrer à la ville.

Il ignore donc tout ce qui s'est passé à Thèbes en son absence, et sa surprise est au comble, à mesure que, s'approchant, il découvre de loin ses enfants, la tête cou- /erte de voiles funèbres, et, au mili u d'une troupe de vieillards consternés, sa femme et son père en larmes. Les sentiments, les mouvements qui naissent d'une telle

situation, la joie inquiète des uns, la surprise douloureuse de l'autre, les questions redoublées d'Hercule, auxquelles Mégare et Amphitryon, tour à tour interrogés, s'empressent de répondre, dans leur trouble, à la place l'un de l'autre (si toutefois cette disposition ingénieuse,

tîonnée par les mariuscrits, n'est pas, comme on l*a soup-

çonné, du fai:. des copistes), tout cela est rendu avec cette

vérité naïve, cjui jamais ne manf^ue à la tragédie des

Grecs.

Quand Hercule sait tout, un violent transport le saisit ;

il arrachie de la tête de ses enfants les voiles qni déjà les

séparaient de la lumière des vivants: il s'indierne COntrC

lui-même d avoir, pour courir a de vains travaux, aban-

donné i5a famille à de tels dangers ; il annonce la ven-

geance terrible qu'il va tirer à l'instant des Thébains cjui l'ont tralii, et de leur nouveau roi Lycus. Oependant, sur

l'avis d'ArapiiUryon auquel il se rend avec une prudence

qu'on a blâmée * d'après des idées modernes, ie le crois '1 1 1 • V I

il se détermine à ne pas rallier d'abord par sa présence le

parti puissant qu'ont fait à Lycus ces hommes, toujours

et partout si nombreux, cfui ont besoin d'une révolution

pour réparer aux dépens du bien dautrui la dissipation de leur fortune : il agira plus sagement, il en convient,

en commençant par enlever à ce parti son chef, que va ra-

mener, sans défiance, le soin d'ordonner un supplice, et qui se livrera lui-mêrae au châtiment. Il rentre donc dans

sa maison pour y attendre son ennemi, non sans avoir satisfait, trop compiaisamraent, la curiosité trop impatiente d'Amphitryon, qui veut savoir si, en effet, il est

descendu au séjour infernal, comment il s'y est rendu maître de Cerbère, ce qu'il en a fait, pourquoi Tliésée

iju-ii a ramené sur la tcnc n'CSt pOlnt aVCG lUl. GC dialO

gue a précisément pour objet, je le pense du moins, de

S acquitte naturellement, J^rievement, mais, il faut en

convenir, avec quelque froideur; car, que nous font en

ce moment les enfers, Cerbère, Thésée lui-même? En revanche, rien qui soit plus dans la situation, rien qui intéresse, aujourd.'kui encore, l'imagination à défaut des

yeux, par un plus gracieux et plus riant tableau, qui

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