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souterrain semble monter des enfers. C'est, il n'en Joute pas, Hercule qui vient, gèologiquement, comme l'avtait annoncé Mégare. Le chœur partage cette confiance. Pour échapper aux enfers, dit-il, la force ne pourra- t-elle ce qu'a bien pu l'harmonie ? Et là-dessus il raconte en vingt
vers, agréables mais déplacés, l'histoire d'Orphée et d'Eurydice qu*on n'attendait guère. On s'attendait davantage,
et cette attente n'est pas trompée, à la reprise de l'interminable histoire des travaux d'Hercule. Quelle passion
ou quel besoin du lieu commun! que d'indigence se cache sous cette stérile abondance, et combien est plus riche la simplicité d'Euripide !
Hercule, ainsi annoncé, paraît enfin au troisième acte, ramenant des enfers Cerbère sa conquête. Les spectateurs, si cette pièce et les autres du même théâtre ont eu
des spectateurs, ce qui est bien douteux, voyaient-ils le
monstre? Les paroles du héros autoriseraient à le croire,
car il demande pardon au soleil du spectacle par lequel ii
profane sa lumière ; il dit à Jupiter de se cacher les yeux
avec sa foudre, à Neptune de plonger au fond de ses eaux, à tous les dieux de détourner leurs regards. Un tel monstre ne peut être vu que de celui qui l'a amené et de celle qui a ordonné de l'aller chercher. On devine, sans qu'il soit nécessaire de les rapporter, tout ce qu'un tel début doit amener de pompeuses extravagances. Nous
voilà bien loin des simples expressions par lesquelles
l'Hercule d'Euripide, revoyant après tant de fatigues et
de dangers sa patrie et sa maison, témoigne d'abord sa
joie et bientôt après, au tableau lugubre qui se découvre
à lui, son étonnement, son anxiété. L'Hercule de Sénèque finit par redescendre des sublimes régions où il proinenait son esprit, pour s'apercevoir, comme son devancier, pour s'enquérir, s'occuper des dangers qui menacent sa famille ; il s'empresse de l'aller défendre et venger, la laissant sous la garde de Thésée, avec lequel il
est arrivé, mais dont on n'a encore rien dit. Thésée s'emploie avec zèle à la consoler et même à l'amuser. Sur la
demande d'Amphitryon, aussi mal à propos curieux que
HERCULE FURIEUX
nous lui avons reproché de l'être chez Euripide, mais dont la curiosité a de plus ici une teinte de naïyele qui n'est pas la naïveté grecque, il décrit tout ce qu il a vu aux enfers : c'est une redite de Virgile, d'Ovide et autres, élégante, spirituelle, où Fénelon (grand éloge!) a pris
quelque chose de la morale qui, dans son Télémaque,
renouvelle ce lieu commun ; elle n'est pas touteiois sans
mélange de mauvais goût, et elle a surtout le défaut choquant de distraire de l'action par un épisode descriptit
d'environ cent vers. Je n^ comprends pas soixante-cinq vers qui contiennent le récit, plus voism du sujet, de la desconte d'Hercule aux sombres bords, et surtout de sa lutte victorieuse contre Cerbère Cet exploit singulier y est décrit avec une trop grande précision de détails ; il y a des choses qui veulent être exprimées rapidement, largement, qui même s'accommodent d'un certam vague,
sur lequel travaille l'imagination. Les montrer trop distinctement, c'est en accuser l'invraisemblance et, maigre
l'emphase des paroles, risquer de les rendre petites et
ridicules. Je n'oserais ré; ondre que cela ne soit pas arrivé ici à Sénèque. Ce dont je suis bien sûr, c'est que rien ne touche de plus près au comique de la parodie, que l'humilité avec laquelle Thésée se mêle lui-même a son récit, lorsqu'il dit que Pluton l'a laissé emmener par Hercule avec Cerbère, en quelque sorte par-dessus le
marché :
Me quoque petenti munus Alcidse dédit».
Aux longues confidences de Thésée met enfin un terme
l'arrivée du chœur qui chante, couronné de laurier, la dernière victoire d'Hercule et appelle tout le peuple thebain à un sacrifice d'action de grâces. La peinture qu il tait du héros descendant aux enfers au milieu des ombres qui s y rendent en foule, l'amène à de beaux vers sur 1 universelle, l'inévitable nécessité de la mort. Ces moralités,
communes pour le fond, frappmtes pour la forme, se re-
1. V. 806. Cf. Uippolyt., v. 842. Voyez notre t. III, p. 222.
trouvent, rendues à peu près de même, dans les traités en prose de Sénèque, et c'est un des arguments que l'on lait valoir pour établir Tidentité du philosophe et du poëte. Elles sont certainement ce qu'il y a de plus naturel dans ces pièces, à rinconvenance dramatique desquelles elles ne participent point.
Le sujet du quatrième acte est ce qui donne à la tragédie son titre, la fureur d'Hercule. Vainqueur de Lycus,
le héros préside avec pompe au sacrifice annoncé par le chœur; il adresse à Jupiter une prière dont l'idée est grande, le ton noble, et que Rotrou a transportée dans son Hercule mourant*. Bientôt il s'écrie, comme notre Oreste :
Mais quelle épaisse nuit tout à coup m'environne !
Il ne le dit pas avec cette sobriété de paroles, tant s'en
faut. Son imagination troublée, aidée de la redondance
ordinaire à Sénèque, lui montre , entre autres tableaux
le soleil qui, sans nuages, s'obscurcit et retourne vers l'orient; les étoiles, qui brillent de toutes parts, comme nous disons, en plein midi :
Unde tôt stellae polum
Implent diurnae*?
Il voit « un faux ciel» » des plus bizarres ; le Lion, que le premier de ses travaux a placé parmi les constellations traversant les signes de l'automne et de Thiver, pour aller, dans la région du printemps, étrangler le Taureau. Lui-même, dédaignant la terre, veut une place parmi les astres, où les dieux l'appellent. Junon seule s'y oppose • il la menace, il menace Jupiter; il brisera les fers de Saturne, il soulèvera les Titans, les Géants. Déjà il assiste à cette gigantomachie dans laquelle il joue son rôle entas-