‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 584 sur 893 · Voyez t. II, p. 88 sq · texte numérisé non relu

Voyez t. II, p. 88 sq

HERCULE FURIEUX

sant, avec ses alliés, les montagnes, les lançant vers le ciel, « armant sa main de sommets tout remplis de Centaures. »

Rapiamque dextra plena Gentauris juga».

Après d'autres visions de cette sorte. Hercule aperçoit

SCS enfants, qu'il prend pour les fils de Lycus, il perce

l'un d'une flèche, fait voler l'autre contre les murs du palais; le troisième meurt de frayeur dans les bras de sa mère, en qui le furieux pefise voir Junon, son ennemie, et qu'il frappe de sa massue. Enfin, au moment où Amphitryon désespéré s'offre lui-même à ses coups, sans doute pour qu'à ses forfaits ne manque point le parricide, étrange idée dont Thésée ne peut le détourner, Hercule tout à coup chancelle et tombe profondément endormi. La

folie de l'Hercule grec est vraiment de la raison auprès

de celle de l'Hercule latin. Qu'est devenu cet enchaînement d'idées, cette logique, comme je l'ai déjà dit, qui

pousse sans relâche le premier dans la voie d'illusions et de crimes oii Ta fait entrer la colère* céleste, et au terme, pour l'arrêter, la majestueuse intervention de Minerve, donnée, on Ta vu, par la tradition? Tout ici est arbiiraire,' désordonné, extravagant. Ajoutez que ce que peut seule tolérer l'imagination et qu'Euripide, quoi qu'en

ait dit La Harpe, a judicieusement mis en récit, Sénèque

l'expose presque entièrement sur la scène, rapprochant

le reste, autant que possible, du spectateur, par ce qui

lui parvient des menaces frénétiques d*Hercule, des supplications de Mégare, et surtout par les images que lui retrace Amphitryon des scènes affreuses auxquelles il assiste. La terreur, l'horreur même ne manquent pas, ne devaient pas manquer au récit d'Euripide; mais elles y sont, pour ainsi dire, dispensées avec cette mesure du génie grec, dont était, surtout dans la partie dramatique

de SCS pièces, complètement dépourvu Sénèque. Dans les

chœurs, chose singulière! son imagination paraît mieux réglée , quoiqu'elle y franchisse encore trop souvent les bornes sévères du goût. J'en trouve la preuve dans le morceau lyrique qui suit la scène dont je viens de présenter l'analyse. Il s'y rencontre, sans beaucoup d'ordre,

quelques belles choses que l'auteur finit pres(|ue toujours

par gâter. Telle est une invocation au sommeil pour qu'il

continue de charmer les maux d'Hercule, invocation naturelle dans la situation, d'une élégance et quelquefois d'un charme qui rap[)ellent heureusement des passages célèbres d'Euripide* et d'Ovide 2, mais trop prolongée, où l'on se perd dans une revue trop minutieuse et trop confuse des attributs du dieu. Telle est une peinture fort bien placée et fort énergique d'Hercule endoimi et encore agité d'un reste de tempête, mais à laquelle succède

presque aussitôt une recherche bien prétentieuse des

expiations que le héros pourra trouver pour ses crimes

involontaires. Il faut que ses gémissements , les coups

dont il fiappera sa poitrine soient entendus de la terre entière, de toute la nature, du sombre empire, du chaos; il faut que ses flèches, instruments de sa fureur, soient les verges dont il se flagelle. De cette froide déclamation on passe à une complainte assez touchante sur ces innocentes victimes immolées, au seuil de la vie, par la main égarée d'un père. A tout prendre, avec ses inégalités, ce chœur

rachète quelque peu les vices monstrueux de l'acte qu'il

termine.

Dans le cinquième se développe ce que l'on a vu à la

dernière scène de la pièce grecque. Hercule s'éveille, connaît son malheur, veut se donner la mort, et enfin, consentant de vivre, suit à Athènes Thésée. Deux innovations, qui ne manquent pas d'eflet théâtral, c'est d Sabord que le héros, à l'aspect des corps inanimés qui l'entourent, des traits restés dans leurs blessures, de ses mains sanglantes , arrive seul à la terrible découverte :

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