‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 586 sur 893 · Ner , XXI · texte numérisé non relu

Ner , XXI

1: leJ^luf beaurprssàgés' de cette pièce ont été traduUs en vers français par M. Fr. Capelle, dans un Essai poétique suri Hercule fu- H^I!4Zivide, honoré/en 1846, d'une médaille, par la Société 11 -

[érïfre .lo lunivpisité catholi.iU3 de Louvain, et imprimé, dans celle

même ville, en 18'i5,

ION

CCAPITRE QUATORZIÈME.

Ion.

Parmi les tragédies d'Euripide, il en est plusieurs dont

je ne puis mieux d'abord indiquer le caractère, qu'en leur donnant, avec La Harpe, mais dans une acception moins défavorable, le nom de tragédies romanesques.

Le roman n'était point encore connu des Grecs; mais, ce qui partout Ta fait naître, cet intérêt qui attache tous les hommes à un développement d'aventures hors du cours ordinaire des choses, ne pouvait leur être étranger. Il y avait déjà du roman dans les plus anciennes légendes de leur mythologie ; il dut y en avoir dans la poésie qu'elle leur inspira.

Toutefois, cet élément, qui s'y trouvait mêlé, y fut d'abord comme inaperçu. La singularité des situations semblait effacée par la vérité des sentiments. On ne s'avisa que plus tard, quand l'expression de la nature humaine

commença à s'épuiser, de la subordonner elle-même à ce qui auparavant lui servait seulement d'occasion, à une mgénieuse, une intéressante combinaison d'incidents. Émouvoir le cœur avait été, au commencement, l'ambition des poètes; ils se proposèrent ensuite, de préférence,

d'arauser l'imagination.

L'histoire de l'épopée des Grecs offrirait une première preuve de cette révolution du goût, si, comme on le pense assez généralement, la pathétique Iliade avait précédé, dans l'ordre du temps, la conteuse Odyssée. L histoire

de leur tragédie, autant du moins que nous la pouvons connaître par les monuments qui nous en restent nous la montre, avec une incontestable évidence, dans le passage

de la simplicité d'Eschyle et de Sophocle à la complication nouvelle introduite par Euripide.

Nous l'avons vu constamment occupé d'animer la scène, d'étendre la fable, de renforcer l'intrigue. Il donne aux mœurs des traits plus naïfs, plus familiers,

plus près de la réalité, à la passion un mouvement plus rapide, plus impétueux -, il multiplie les personnages, il entasse les tableaux; enfin, par le choix de certains sujets et la disposition du drame où il les expose, il excite, plus qu'on ne l'avaAt encore fait, l'attente et la

surprise.

De là ces espèces nouvelles qu'il apporte au genre de

la tragédie : tragédies remplies tout entières de l'histoire d'une passion ; tragédies à événements et à spectacle ; tragédies d'un intérêt complexe et multiple, formées soit

par le mélange de deux actions distinctes, soit d'une Suite de tableaux uniformes ; enfin, tragédies composées surtout pour le plaisir de la curiosité, bizarres, étonnantes, en un mot, romanesques.

Une pièce de théâtre qui n'est qu un roman a bien peu de valeur. Les émotions qu'elle donne ne peuvent se renouveler ; le dénoûment lui enlève tout son charme; pour elle, point de lendemain, point d'avenir. Il n'en est pas ainsi dos romans d'Euripide, qui joignent à une invention spirituelle et piquante l'éclat du coloris, la vérité

naïve de la touche. L'heureux accord de mérites si divers me paraît caractériser surtout sa tragédie d'Ion, son chefd'œuvre en ce genre.

Si l'on ne s'attache qu'à la fable, rien de plus merveilleux; si Ton ne regarde que les mœurs, rien de plus rapproché de la nature. Le style participe de ce double

caractère, tour à tour, ou plutôt tout à la fois noble et touchant, magnifique et familier. Le pathétique des situations est adouci par l'attente d'une conclusion heureuse, et cette impression mixte de crainte présente

et de confiance dans l'avenir donne à l'ouvrage une ressemljlance de plus avec les compositions romanesques. Voilà uD bien long prologue de critique, avant d'arriver

rf

à celui du poëte, car mes lecteurs savent, de reste, sans que je doive m arrêter à le leur répéter, qu'aucune de ses pièces n'est sans prologue, excepté Vlphigénic en Aulide^

qui, sans doute, a perdu le sien*; le Rhésus^ qui en a eu

deux, également perdus *. U Ion avait grand besoin d'une

préface de cette sorte, non pas que la fable soit aussi cm-

'brouUlée qu'il a plu à La Harpe de le dire, afin de s'épargner la fatigue d'une analyse, mais parce qu'elle ne peut être comprise, comme on le verra, sans la connaissance préalable du lien secret qui unit les personnages, et que cette connaissance est même nécessaire à l'intérêt des scènes qui les rapprochent'.

Quels sont donc ces personnages et que sont-iis l'un à

l'autre? Mercure, qui a joué un rôle important dans leur

histoire, se charge de l'apprendre aux spectateurs.

Creuse, fille d'Érechtée, roi d'Athènes, a eu d'Apollon un fils, qu'elle a exposé pour cacher sa honte, mais

qui, secrètement transporté, par les soins de son père, dans le temple de Delphes, y a été recueilli et élevé. De-

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