Ibid
EUR.Pi:>E. II. — 4
ION
reproduire, ne donnera qu'une bien faible idée de la grâce, de ronction touchante avec lesquelles Euripide a
SU y exprimer le lever du soleil de la Grèce, la pompe
riante du culte de Delphes, enfin la sainteté sacerdotale
unie à la candeur du jeune âge :
(c Déjà le soleil fait briller son char au-dessus de la terre ; les astres du ciel fuient, devant ses rayons, dans le sein de la nuit sacrée; et les inaccessibles sommets du Parnasse, tout à coup éclairés, reçoivent les premiers cette lumière qui charme les mortels. Cependant la fumée de la myrrhe vole vers la voûte du temple; assise sur le trépied divin, la prêtresse va faire entendre aux Grecs les chants prophétiques que lui dicte Apollon. 0 vous, citoyens de Delphes, ministres du Dieu, allez vers la
source argentée de Castalie, et, lavés dans ses pures eaux,
entrez au sanctuaire. Que votre bouche s'abstienne de toute
sinistre parole; qu'elle ne s'ouvre que pour annoncer à ceux qui les implorent de favorables oracles ! Moi, je m'occuperai de ces soins qui depuis mon enfance sont commis à mon zèle. Purifier
avec des branches de laurier le seuil de cette sainte demeure, le décorer de guirlandes, y répandre une fraîche rosée, eri écarter avec mes flèches la foule des oiseaux qui pourraient profaner la sainteté des offrandes, voilà mon office; c'est à moi,
orphelin, et sans mère, et sans père, de servir humblement le
temple qui m'a nourri.
« Viens donc, nouvel ornement de la terre, superbe laurier, Viens, prête-moi ton ministère pour effacer les souillures de ce
sol révéré. 0 rameaux cueillis près du temple, dans les jardins du dieu, en ce lieu où, entretenue par de célestes rosées, une
source éternelle arrose la chevelure sacrée du myrte, c'est avec
vous que je balaye ce vestibule d'Apollon, tous les jours, au
premier essor de l'aile rapide du Soleil, empressé de remplir ma tâche accoutumée. 0 Péan! ô Péan 1 béni, béni sois-tu, fils de Latone!
a Le noble emploi, ô Phébus, de veiller ainsi à ta porte, d'honorer le siège de tes oracles! De quel juste orgueil ils me remplissent ces devoirs serviles que rendent mes mains, non pas aux hommes, mais aux dieux, aux dieux immortels ! Oui, un tel travail fait ma gloire; jamais je ne m'en lasserai. Phébus, ne suis-je pas ton fds? ne te dois-je pas des jours que tu soutiens?
après tant de bienfaits, il m'est bien permis d'appeler du nom
de père le ditu qu'on adore en ce temple. 0 Péan! ô Péan!
béni, béni sois-tu, fils de Latone ! »
Je ne puis me défendre d'interrompre un moment la citation, pour faire remarquer que, dans ces derniers
vers*, l'expression du respect filial d'Ion pour le dieu qui véritablement est son père, comme nous en ainstruits par
avance, et fort utilement, le prologue, a quelque chose de
bien ingénieux et de bien touchant.
c Mais, c'est assez traîner ces feuillages de laurier. Il faut maintenant, de ces vases d'or qu'a remplis la fontaine de Castalie, épancher d'humides libations. Allons, répandons-les d'une main innocente et pure. Oh ! que puissent mes jours s'écouler ainsi tout entiers au service d'Apollon ! Puissé-je ne le quitter du moins que sous d'heureux auspices!
« Mais quoi ! déjà accourent, déjà ont quitté leurs retraites les oiseaux du Parnasse. Oiseaux, je vous le défends, ne vous posez point sur ce faîte superbe; n'enlrez point dans cette riche
enceinte. Mon arc va Tatteindre, héraut de Jupiter, dont toute
la troupe ailée fuit les serres victorieuses. Et toi, cygne, qui vogues, comme en ramant, vers l'autel, porte ailleurs tes pieds
de pourpre : ta lyre, émule de celle d'Apollon, ne le déroberait
point à mes traits. Fuis, te dis-je, gagne à tire-d'aile les marais de Délos, ou bien ton sang élouUera tes chants harmonieux. Et cet autre oiseau qui s'approche! que veut-il? suspendre à la voûte un lit de chaume pour sa jeune famille ? Tremble au
frémissement de cet arc. N'entends-tu pas? Va-t'en sur les bords de l'Alphée, ou dans les bosquets de Gorinthe, te livrer aux travaux maternels, et ne profane plus les offrandes et la demeure de Phébus*. Ma main se refuse à vous ôter la vie, oiseaux qui nous apportez les paroles et la volonté des dieux. Mais il faut bien que je m^acquitte envers Phébus des soins
que je lui dois, que je serve qui me nourrit *. »
Démétrius d'Alexandrie, le rhéteur du second siècle
de notre ère, a cité ce morceau comme très-favorable à Part du comédien, par la grande variété de mouvements et de poses qu'il offre à son imitation*. Il en est dans le nombre qui ont quelque chose de bien familier, malgré la magnificence lyrique qui les décore. Euripide n'a pas craint de représenter son héros balayant le seuil du