Plulaich., Vit. Alcib., xxxii
Stratts était jniiiulee CaUipide ; peut Cire i s ri.iicules du fameux y^!rc^!^!p^''lf."'■'^'^^"''"^''"J^'• Voyez Meineke, Fragl Zuc
DE LA TRAGÉDIE GRECQUE. 109
sur la scène en lui criant : « Ne vois-tu pas tous les jours la femme de Phocion aller par la ville avec une
seule suivante? et tu viens faire ici le glorieux et donner de mauvais exemples à nos femmes 1 » Ces paroles, entendues des spectateurs, furent couvertes d'applaudisse-
menls, nous dit Plutarque, qui raconte le fait à la gloire
de la vertueuse compagne de Phocion *. De telles leçons
étaient rares, et la modestie des comédiens ne pouvait guère résistera Tidolâtrie d'un peuple qui ne se contentait I as de Its contempler au théâtre, pour qui il fallait
reproduire leurs traits sur la toile, sur le marbre, sur
l'airain^, dont ils recevaient, comme les poètes euxmêmes, des statues et des monuments. Ajoutez qu'outre la gloire ils avaient encore la fortune; je ne dirai plus
comme les poètes, qui en aucun temps n'ont coutume
d'y arriver. Les grands tragédiens d'Athènes, largement
rétribués par l'État, tiraient bon parti de ce que nous
pourrions appeler leurs congés, dans l'intervalle des fêtes oii se jouaient les tragédies. Ils contractaient au dehors,
avec les magistrats des autres villes grecques, avec les chefs des États monarchiques, de riches engagements*, et, s*adjoij,'nant une troupe d'acteurs secondaires rassemblés et soldés par eux, ils allaient jouer à leur profit, sur des scènes étrangères, le sublime répertoire de la scène
athénienne devenu leur propriété. Ainsi Théodore* joua avec sa troupe les Troyennes ou la Mérope ' d'Euripide à la cour du roi de Phères, Alexandre, et, comme on sait, par le pathétique de son jeu, d'accord avec celui de la pièce, alteudrit sur des malheurs fictifs ce ly-an sans pitié, confus de son trouble, et se dérobant, par une prompte retraite, à l'étonnement des spectateurs. Ainsi Aristodème, Néoptolème', fréquemment appelés, avec Tacteur
1 . Vit. Phoc. 5 XIX. Voy., sur les difficultés que présente ce récit, Bœckh, Écon. polit, des Àthén., xxii; t. II, p. 244 de la traduction française.
2. Bœttiger, Quid sit docere fabulant, ii ; Opusc, p. 299 sq. — 3. Plutarch., Vit. x Ilhel, , vu -, Vil. Alex., xxix; A. (iell., XI , 9, etc. — 4. Plutarch., de Fort. Alex., ii; de Glor. Athen.; M[ia.n., Var. hist. XIV, 40. — o. Va'cken., Diatr. in Euripid., xviu. — 6. De-
mosth., de Falsa légal.; de Vacc.
HISTOIRE GÉNÉRALE
comiqne Satyrus • eu Macédoine, étaient, eux et leurs roupes, qui probablement concouraient ensemble, comme les troupes rivales des tribus d'Atbènes, le princiofil ornement des représentations données par Philinne sur cette espèce de théâtre athénien qu'avaient établi ses
prédécesseurs. Ils jouissaient au plus haut degré de son
dlT /''?■'• '* ?'"' ^'''''^'' ^'■â«« à l'indépendance de leur profession cosmopolite, que d'autres
Cl oyens perdus par le seul soupçon de relations pareilles ils n en étaient pas plus mal reçus des Athéniens. La république et le roi mettaient même à profit
ZZ^nr'ZJ"^'^'' '^■■^'^^°^« «° Macédoine, de Ttir \^*,''«"«V ?""■• '«« charger réciproquement de missions diplomatiques K Une raison de ce genre fit confier une lois à un de leurs confrères, Thessalus , qui
allait donner des repré.enlalions en Asie, le soin de négocier par la même occasion , le mariage d'Alexandre avec la fille d'un satrape de Carie». C'étlient là Sans nos Idées, d'étranges ambassadeurs : mais en Grèce à Athènes , où l'art du comédien avait été d'abord exercé par les poètes eux-mêmes, et était comme associé, par le caractère religieux des représentations théâtrales, à la
rZl M "!"!.' P"'''''' ^ ^'^''"'' °" ^'^g^lit-^ démocratique mettait de niveau toutes les conditions, et appelait
quelquefois les plus humbles au partage de la puis Lnce
et des honneurs, ,1 ne s'attachait à cet art, dignement
exercé», aucune défaveur, aucune idée d'in érioH, de
dégradation sociale». Ce n'est pas le comédien que Dé^
pa?aie'„7l a% «„rer?^^£- une des IlS^^s qui sédire, et populo esse sTc acu o nlt '"." ' " '° "'""" P™'
pitudini, qL omnii acud noi .i,?,!^'- 'r'" .«''«'«'a gentibus fuit tur-
DE LA TRAGEDIE GRECQUE
mosthène poursuit de ses railleries dans son rival Eschine, mais le comédien de troisième ordre, le tritago- Diste, jouant humblement sous Ischandre, lui-même médiocre acteur, sous Similus et Socrate, entrepreneurs
d'une sorte de tragédie foraine dans les Lourgs de l'Attique, sur le petit théâtre de Colyttus, les derniers rôles, et les jouant mal, faisant siffler Œnomaûs, Gresphonte, Atrée, Gréon, l'ombre de Polydore*. Le même Démosthène* estimait fort Satyrus, Andronicus, Aristodème,
Néoptolème, ses maîtres la plupart, maîtres quelquefois (hèremeot payés, pour l'action oratoire : il n'eût pas
traité avec mépris ces grands artistes qui étaient en même temps des citoyens considérables par leur richesse, par leur crédit, par leur importance politique, en qui il
pouvait rencontrer, comme au reste dans Eschine, de mauvais comédien devenu bon orateur, des rivaux à la
tribune, des collègues dans les magistratures et les ambassades, à qui lui-même lit voter des couronnes civiques' comme celle que lui contesta Eschine. Quand on songe à l'importance qu'avaient acquise au théâtre les comédiens, et à celle qu'il leur était permis d'y joindre hors du théâtre, on ne s'étonne pas que quelques-uns d'entre eux, doués d'un grand talent, du génie de leur art, se soient fait, dans la décadence de la tragédie, au
IV* siècle, un nom qui balance et quelquefois surpasse celui des tragiques du temps*. G'est d'ailleurs partout le
caractère de ces époques où l*art s'épuise et s'affaiblit, que ce déplacement de la poésie qui passe du drame luimême à r.iction théâtrale, des auteurs k leurs interprètes; OLi les vrais tragiques, ce sont les tragédiens. Telle était l'époque dont nous venons d'esquisser l'histoire dramatique, et où parurent à la fois, particulièrement dans l'Attique, patrie de la tragédie, un si grand nombre de tragédiens consommés j tous ceux qui viennent d'être
1. De Falsa ler^at.; de Corona; Apollon., Vit. jE^chvu — 2. Plularch., Vit. DoKOSth.^ vu ; Vit. x Jihet., Demosth. — 3. yTlschin., Denioitn., De l'alsa Ugat. — 4. Arislote semble le Uiie, lihet. , III, i.
HISTOIRE GÉNÉRALE
ifiii!
ii;
nommés, Théodore, Aristodème, Néoptolème, et un encore qui les égalait pour le moins, Polus. Mais ce n'est pas assez de savoir leurs noms, leurs succès, quelque chose de leur vie ; on souhaiterait d'être ëclairé sur ce qui laisse SI peu de traces après soi, et survit si rarement au
comédien, sur le caracère de leur talent, sur celui
même de leur art, tel qu'il se produisait chez les Grec^
sur les changements que 1^ cours du temps y dut introduire. Ces changements, je le suppose, répondirent à ceux qui firent passer la tragédie elle-même du ^ran-
diose à la beauté idéale, et de celle-ci à l'expression, par une imitation à la fois plus pathétique et plus familiere de la réalité. Gallipide, qui se proposait surtout de faire couler les larmes*, ^tait bien, par cette prétention,
autant que par sa date, le contemporain d'Euripide.
Apres lui, poursuivirent le même genre d'effet, et de
son aveu*, Théodore, qui remuait jusqu'aux tyrans'- et
ce Polus, qu'un récit célèbre d'Aulu-Gelle% auquel nous
reviendrons*, représente mettant sa douleur réelle, celle d un père resté sans enfant, au service d'une douleur
de théâtre, et, dans le rôle d'Electre où il reparaissait
après son malheur, pleurant, sur Turne de son fils la
mort d'Oreste. La condition du pathétique, c'est, dans
le drame, ce qu'il avait reçu d'Euripide, des situations des sentiments un langage, plus rapprochés du cours
oïdmaire des choses; dans l'action scénique , ce que les
mêmes artistes dont nous parlions tout à l'heure semblent avoir suriout recherché, un jeu, une parole plus voisins de la manière habituelle de rendre ses a«ec. tions. Il se fit alors, dans l'art du traj^édien, une révolution assez semblable à celle que dous avons vue S y laire de nos jours, lorsqu'un grand artiste, Talma par une reproduction plus exacte de l'histoire et de la nature, par une plus grande vérité de gestes et d'into- Dation, une sorte de compromis entre la régularité la
DE LA TRAGEDIE GKLCuLE.
. Xénoph. Corn'., Ul, u. - 2. Plutarch., De sut lande. - 3. VJI 5 . Voyez, plus lo.n, Iiv. JII, chap. vn. ^vu,;,.
noblesse, la grâce traditionnelles el le désordre, l'emportement, rabandon familier de la passion, renouvela l'ancienne tragédie ; qu'au lisu de la réciter, de la déclamer, comme auparavant, il en vint presque à la parler. Seulement cette révolution s'accomplit chez nous sur la scène avant d'être tentée dans le drame lui-mên:e : chez les
Grecs, ce fut tout le contraire; elle commença par les poètes et finit par les acteurs. C'est d'Euripide que releva
cet art nouveau, dont quelques mots d'Aristote encore
nous permettent de nous former une idée. L'auteur de la llhélorique, dans un chapitre * où il recommande à Toraleur une élocution qui ne soit ni trop noble ni trop basse, mais qui, sans que l'artifice paraisse, se proportionne
constamment au sujet, compare précisément à Tart pratiqué et enseigné par Euripide de se servir des mots le plus en usage, un art tout pareil de Théodore, cet excellent comédien, dit-il, doat la voix est si naturelle et si trompeuse, qu'il ne semble pas que ce soit un comédien
qui parle, mais la personne même dont l'action est représentée, tandis que celle des autres paraît forcée et contrefaite. On voit chez Plutarquo* que le même Théodore
changea quelque chose k cette hiérarchie sévère, qui voulait que Timportance relative des rôles fût marquée dans
la représentation par Télévation de la voix*. Tout protagoniste qu'il était, si l'action Tamenait en présence de l'acteur subalterne et mercenaire qui jouait le tyran, paré
du diadème el du sceptre, alors il baissait la voix pour ne le point effacer. La recherche de l'expression pathétique
et de la vérité familière, caractère général de l'art de h
scène à cette époque, dut conduire, comme cela s'est vu aussi chez nous, les comédiens, que ne défendaient pas contre ses dangers une noblesse naturelle et le sentiment du beau, à des exagérations dont la trace s'est conservée. Les anciens comédiens, dit Aristote*, le reprochaient aux nouveaux, et, depuis longtemps déjà, Myniscus , soit