‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 60 sur 893 · Pocl., XXVI · texte numérisé non relu

Pocl., XXVI

— 3. CIc, Divin, in Cjrcil., xv.

ESCHYLE. -- 8

HISTOIRE GÉNÉRALE

DE Là TRAGEDIE GRECOUE.

celui qui avait joué Eschyle*, soit son pelil-fils de même nom que lui^, car il faudrait faire vieillir beaucoup le premier pour qu il pût avoir été lobjet des plaisanteries de Platon le comique^; depuis longtemps donc Myniscus avait traité de singe, non pas seulement un tragédien resté bien obscur, Pindare ou Tindare, mais Texpressif et pathétique Gallipide*. Qaand Déraoslhène appliquait la même épithète* à Eschine, ce n'était pas probablement sans raison; et on doit croire qu'Eschioe, dont la belle voix n'avait pu faire un bon comédien, trop fidèle à de vicieuses traditions et les outrant encore, s'abandonnait à un genre d'imitation d'une vérité triviale, sans dignité, sans beauté, à une action bruyante et désordonnée. Il en porta la peine au théâtre même. Jouant sous Ischandre, acteur du second ordre, à Colyttus, bourg de l'Attlque' VOEnomaûs de la tragédie d'Euripide, il fit, dans une scène où il devait poursuivre Pélops, une chute ridicule, de laquelle vint le relever Sacnion le chorodlda?cale^ Si Ton en croit Démosthène, qui n'a pas dédaigné de plaisanter sur le faux pas d'OEnomaûs et de son malencontreux représentant, il ne fut pas plus heureux à Athènes môme, et les sifflets, les clameurs, le soulèvement du public ne lui permirent pas de garder son humble place dans la troupe de Théodore, dans celle d'Aristodème^- disgrâce heureuse qui lui fit chercher et trouver le succès sur un autre théâtre, celui-là même où parlait si dédaigneusement de son talent dramatique son rival d'éloquence, Démosthène.

Cependant les ouvrages des trois grands maîtres de la

1. God.Hermann, in Aristol.Poc/., ibid. — 2. Ueincke, Fraom. comic yrxc, t. I, p. 186; t. II, 2, p. CG8 — 3. Athen., Dcipn., VIII

4. Arist. Pon., XXVI. Grysar, de Gr.rc. trag., etc., p. 28, cf. 38, relevé Barthélémy [)Our avoir (Atmcharsis, lxx) attribué à ce CalliniJe ce aui don s'appliquer à un acteur du même nom, mais postérieur. Or le Callipide dont parle Aristole étant contemporain de Myniscus*

et celui-ci de Platon le comique, il en résulte que Barlhélomy n'a nullement fait erreur.

5. TpaYtùooTtCOvi/'.or, de Cor. Cf. Harpocrat. et Suid., v. Tpavf/.ôç

G. Anonym., Vit. ALschin.; Ap lion , id. — 7. Domcsth., de Cor.: dz lalsa Ugat

scène tragique, élevés enfin par le temps, qui met chaque chose à sa place, au-dessus de toutes les rivalités, consacrés dans de nouvelles et fréquentes épreuves par une constante a Imiration , étaient devenus des monuments

dont la conservation, linlégrité, Tauthenticité , intéressaient la gloire nationale. On pouvait redouter pour eu;i

ces altérations de toutes sortes, falsifications, suppressions, interpolations, suppositions apocryphes, que font trop souvent subir aux chefs-d'œuvre dramatiques le caprice des comédiens* et l'industrie des arrangeurs. Comme ce Néophron de Sicyone , auteur d'un méchant extrait de la Alêdéc, rappelé plus haut^, et que nous retrouverons*; comme ce Denys d'Héraclée, qui prêta à Sophocle un Parlhénopée de sa façon*, dont fut plaisamment dupe Héraclide de Pont, disciple d'Aristole; comme ce dernier, qui, plus discrètement faussaire, n'osa s'attaquer qu*à Thespis, et para de ce nom antique ses propres tragédies*; comme d'autres, qui plus tard, quand

se formèrent les grandes bibliothèques d'Alexandrie et de Pergame, firent pour elles ce que font pour nos musées les fabricateurs de fau'^ses antiquités; sans doute déjk plus d'un poète, maladroitement sacrilège, avait osé toucher aux compositions, à la gloire d'Euripide, de Sophocle et d'Eschyle, lorsque Torateur Lycurgue, dans le

cours d'une administration marquée, comme celle de Pisistrate, par le culte de la gloire littéraire, et en particulier par le tardif achèvement du théâtre de Bacchus*, fit passer', non sans opposition*, une loi qui, en leur décernant des statues d'airain, ordonnait en môme temps

1. Schol. Euripid., Phœn., 271 ; Orcst , 1372; 3/ed., 84, 357, 380: Argum. RJics.; Plutarch., Vit. Alex., xl.

2. Page 104, avec l'expre sion d'an doute très-f;ndé sur répoquc véritable où Néophron a composé sa pièce avam ou aprôs celle d'Euripide.

3. Voyez, plus loin, Hv. IV, chap. v. — n. Ou SninUiarus, voyez

Diog. Laert., V, 92. -5.Ii,î5/(/.

6. Pausan., AU., I, 29; Plutarch., Vit. x Rhet Commoncô, dit-on, dans la LXX" o ympiade, ie tliéatre de Dacchus n^ fut achevé que dans

la cx«.

7. Kntre 350 et 330, selon Clinton, Fast. helcnic , p. 161. — 8. liarpocrat., V. «ôwpixâ.

HISTOIRE GÉNÉUALE

DE LA TRAGEDIE GRECQUE

qu'une copie exacte et authentique de leurs trî^gédies* resterait déposée aux archives de TÉtat. C'est abuser bizarrement des expressions, au reste équivoques et probablement corrompues, de Thistorien de Lycurgue, que d y trouver en outre, comme ont fait Samuel Petit, et

d'après lui Barthélémy», Lévesque % l'absurde défense

de représenter à Tavenir les chefs-d'œuvre tragiques d'Athènes. Une telle disposition, a-t-oadit spiriliielleraent*, eût été le digne pendant de celle qui, après le règne de Texcellent roi Godrus, abolit la royauté; seulement elle eût eu moins de puissance, puisqu'on peut établir, par plus d'un témoignage, qu'Euripide, b'ophocle et même Eschyle, ne cessèrent, en dépit d'elle, de régner

sur ia scène athénienne*. Citons des faits voisins de l'époque à laquelle on peut rapporter la loi de Lycurgue : ce

sont des vers de Sop]ioj]e et d'Euripide, vers couvent répétés au théâtre bien évidemment et présents à toutes les mémoires, que, dans un intéressant récit de Plutarque% le comédien Salyrus fait déclamer à Démosthène, après sa première disgrâce de tribune , pour le former à l'action; c'est daus leurs ouvrages, dans VAntîgoiie, par exemple, dans r/rt'cu6e, fréquemment représentées, dit-il, par de célèbres tragédiens du temps, Théodore et Aristodème, qu'il se complaît, avec une inépuisable ironie, à faire jouer par Eschine, ancien comédien, et comédien de

troisième ordre, les derniers rôles, le tyran Créoo, l'ombre

de Polydore' ; c'est à un de ces mêmes personnages tra-

1. Plalarch., Vit.xllhct. Cf. Petit, Leg. Alt., p. 68. — 2. Voyage d Anocharsis, lxx. — 3 Considérations sur les trois grands tragiques de la Grèce. — 4. Bœckh, Grœc. trag. princip., p. 327. Cf. Bûetiii?., Opusc, p. 295. ° '

5. Il y avait des jours spéciaux pour les tragédies nouvelles, recherchées avec passion par les Athéniens; il y en avait aussi qui appartenaient spécialement aux anciennes tragédies. Bien plus, les acteurs se partageaient entre ces deux sortes de tragédies, les uns se consacrant aux nouvelles, Ka-.voi, les autres aux anciennes, Flakiof (Bekk.,

Anecdot. gr., t. 1, p. 3i)9). C'est dans une représentation de tragédies nouvelles, devant un public très nombreux, par con équent , que Dé-

Kcstiicne deva l être couronnôsur le théâtre, d'après la loi de Ctési-

phon (Liban., A>gum.ll, ad Dc'tnosth. de Corona). G. VU. Démo lit., vji. — 7. Dcaio^ih., de Cor.; De Falsa légat., etc.

giques qu'il fait allusion dans la belle scène do sa mort, lorstju'il dit au chef des satellites d'Antipater, Archias, qui, comme Eschine, comme Aristodème et tant d autres hommes publics de la démocratie athénienne, avait commencé par le théâtre : « Tu peux reprendre ton rôle de Gréon, et faire jeter ce corps où lu voudras, sans sépulture *. » Archias, selon Plutarque^, avait été le maître du célèbre Polus d'Égine , l'acteur le plus parlait de la Grèce ; or c'est précisément ce qu'on a raconté de Teffet extraordinaire produit par ce grand artiste à Athènes,

dans une représentation de YÉkclre de Sophocle'*, qui a fait venir son nom jusqu'à nous. Ces faits comprennent un assez long période de temps, pendant lequel l'iiterdiction de Lycurgue serait demeurée sans effet. Il faut comprendre qu'il interdisait seulement de s'écarter, dans la représentation de la tragédie classique d'Athènes, du texte désormais immuable de l'exemplaire oifîciel*. C'est cet exemplaire, on n'en peut guère douter, que dans la suite, vers Tan 250 avant notre ère, PtoléméeÉvergète emprunta aux Athéniens, pour faire corriger, d'après son autorité,

les éditions plus ou moins fautives que possédait Alexandrie, et dont, la révision terminée, il ne renvoya à ses propriétaires qu'une copie, consentant, pour garder le précieux original, au sacrifice d'un gage de quinze talents, et même, tant ce disciple d'Aristarque* aimait les lettres,

de sa parole de roi®.

Transportée dans l'Athènes des Ptolémées, la tragédie athénienne y devint, pour ses pcëtes érudits, un sujet

de doctes études, de curieux pastiches, plutôt que l'objet

d'une émulation féconde, ou tout au moins d'une heureuse imitation : ils retirent hardiment les tragédies déjà faites tant de fois et si bien faites, croyant les renouveler

1. Plut., Vit. Dcmoslh., xxix. Cf. Vit. x nhel., dmo^ik - 2. îhid.,

xxvni. — 3. A.-Gcll., VU, h.

4. C'est l'opinion, entre autres, de Grysar, qui lui a donné un haut

degré de probabilité dans sa dissertation de Crac, trag., tic-; c'est

celle de W. C. Kayser, Ilist. crit. trag. grœc, p. 33 39.

5. Aihen., Dcipn., II.— G. Galcn. , in Jh'p^ rocr.EpiUcm. ,111, Comm.il

HISTOIRE GENERALE

par la recherche de certaine''^ raretés philologiques, de certaines obscurités mythologiques, une vaine profusion de détails eropruntés à la géographie, à la physique, à

l'astronomie, l'étalage d'une science bien inutile au théâtre, où il suffit de connaître le cœur humain et le langage

qui s'en fait entendre. Il est bien vrai que, dans cette

ville improvisée par le génie d'Alexandre, sur les confins

de rOccident et de l'Orient, dans ce mélange confus de

races, de cultes et de langues, sans autre lien que lo despotisme des conquérants et les intérêts du commerce,

la poésie dramatique put bien retrouver des théâtres* et des actei:rs, des tragédiens comme ce Gorgoslhène que peignit Apelles^, comme cet Hégésianax qui plus tard devint historien^; mais il dut lui manquer longtemps un

public qu'elle pût intéresser à ses représentations et confondre comme autrefois dans l'unité d'une émotion commune. Bien que Théocrite, dans son panégyrique de Pto-

lémée PhiJadelphe*, parle de combats dionysiaques, où

nul poète de talent ne pouvait se présenter sans recevoir un digne prix de ses vers, et que dans la pompe dionysiaque aussi, par laquelle ce prince inaugura son règne, un auteur de tragédies, PhilisquR, entouré de musiciens, de danseurs, de comédiens, eût figuri commî prêtre de Bacchus ^ ; bien qu'une ambassade solennelle eût été envoyée àMénandre et à Philémon pour les engager à venir

exercer leur art en Egypte ®, il est douteux que les institutions dramatiques d'Athènes aient pu passer avec les œuvres de son théâtre à Alexandrie ', et que la tragédie

alexandrine, simple exercice d'école, œuvre de cabinet, passe-temps commandé à des poètes sans inspiration

1. Athen., Veipn. XIV. — 2. Plin., Ilist. nat,, XXXV, 36. — 3. Athen., Doipn., III. — 4. IdijU , XVII, 112. — 5. Athen. , Deipn., V. — 6. Plin., Ilist: nat., V, 30; Alciphr. , Epist. J, 4, 5.

7. Dans la lettre ingénieuse où le Ménandre d'Alciphron, annonçant à Glycere la flatteuse proposition du loi d'Égypie, se montre en même temps peu disposé à l'accepter, une de ses raisons, c'est que

sa nouvelle patrie ne pourrait lui oUrirun véritable public et de libres

suflrages comme à Athènes. Voyez l'élrg^nte traduction qu'a donnée (le celte lettre M. G. Guizot dans ^oii ouvrage sur Mëiiandie, p. G8 et suiv.

DE LA TRAGÉDIE GRECQUE

libre, enfermés, disait alors un satirique, Timon le Sillographe, dans le Musée des Lagides, « comme des oiseaux dans une volière, » ait eu, longtemps du moins, de plus noiubreux auditoire qu un cercle de lettrés et de courtisans, de plus vaste scène qu'une salle du palais. Ce n'était pas de la tragédie : toutefois Alexandrie, qui aimait les pléiades, eut sa pléiade tragique; coDStellation ignorée, perdue dans quelque coin du ciel poétique de la Grèce, et où la postérité ne diaingue plus guère que l'astre nébuleux de Lycopbron*.

Pergame, autre héritière d'Athènes, qui avait comme Alexandrie sa bibliothèque, ses grammairiens, peut-être ses théâtres et ses poètes, s'occupa comme elle, sinon de continuer la tragédie grecque, du moins de Ja conserver el de la commenter. Garystius et Gratès y rivalisèrent avec les Callimaque , les Dicéarque , les Aristophane, dans tous ces travaux critiques, recensions, révisions, interprétations et autres, dont les trois grands tragiques

1 L^ nléiade des poëtcs traf?iques, formée, comme celle des poètes en général, selon Oamtilien {Inst. oral, X, i, 54), par Ar'st8.rqu3 et Aristophane, comprenait en outre, dit le scoliaste d'Hephœstion, les noms suivants : ilantides, Alexandre (d'Elolie), Homère (d;meiv.polis

en Carie) Dionysides ou Dionysiudes (de Tarse), Sosithee (.j Athènes, ou de SyVacu^^^^^ d'Alexa..dr.e en Troade), Philisque (d Egme) Le même en un autre endroit, à Dionysiades substitue Sosiphane^, place au^si par Suidas dans la Pléiade. L'antiquité attribue à ces prêtes de nomb euses pièces, dont il s'est conservé quelques liires. Plusieurs

d'entre eux ont joJi, en leur temps, d'une grande renomme-^- On on peut iuRcr, pour Sosilhée, par une épiprammede Diosconde où il est dit qu'en ui est ^e^enu au monde Sophocle; pour Philisque par ce que nous apprend Pline {flist.nat., XXXV 36 42) que le gr.nd peintre Protoiène lavait représente méditant. A celte liste des tragiques de l'époque et de l'école d'Alexand.ie, il faut ajouter Callimaque qui sétait au rapport de Suidas, exercé dans la tragédie comme dans tant

d'autres genres, et Timon le SiUographe, auteur, d après biogene Laë.ce (IX, 10 , de soixante tragédie.. Si l'on en croit le scohaste

d'Aristophane (Thesmophor., I0o9), le sujet d'idonis, sur lequel s était déjiexerU D( nys le Pyran '(Athen., D.ipn., IX), a été traite en tragédie par Ptoiémée Philopator, qui n'honore guère l^jiste des tragiques alexandrins. De tout ce théâtre il est resté un tres-petit nomb e

de fragments, parmi lesquels plusieurs r.e sont pas sans quelque

Keauté poétique, par exemple celui des Pélopides de Lycophron (Stob . CXIX, 13), et le second des Incertarum fabxilarum fragmenta

(Stob:; XXII, 3). Voyez le Recueil de Fr. G. Wagner, éd. F. Didot,

IIISTOIRE GÉNÉRALE

étaient, après Homère, l'objet principal; dans ces diclasca-

lies dont Aristole» avait donné le modèle, et d'où sont venus jusqu'à nous, au moyen des scolies, le peu de détails traditionnels que nous possédons sur la composilion et Ja

représentation de leurs chefs-d'œuvre'.

A dater de cette époque, ces belles productions du génie occidental commencèrent à se répandre dans l'Orient par une voie plus rapide que celle des éditions et des commentaires; elles y voyaf]:èrent avec les troupes de comédiens dont l'industrie pariiculière avait succédé chez les Grecs, lors du déclin de leurs institutions, aux formes publiques, à la munificence civique des représentations solennelles, et qui, courant le pays, transportant de ville en ville leur scène errante et leur répertoire immortel, n'avaient pas tardé à aller chercher fortune dans les

nouveaux Etais fondes sur les débris de l'empire d'Alexandre. Alexandre lui-même, fort épris de la tragédie

grecque, qu'il citait souvent dans ses discours, et à qui était venue la singulière idée de lui faire construire, à Pella, une scène en airain^, avait montré le chemin 'de l'Asie et aux pièces et aux acteurs. Plutarque nous apprend qu'il s'y était fait envoyer, par Ilarpalus, un grand nombre d'ouvrages^ d'Euripide, de Sophocle, d'Eschvle ; qu a son retour d'Egypte, dans des jeux célébrés par lui en Phénicie, le prix de la tragédie avait été disputé comme à Athènes. Les juges, c'étaient les plus illustres

ge'néraux de l'armée macédonienoe; les choréges, c'étaient les rois de Chypre, particulièrement ceux de Salamine et de Soli, Nicocréon et Pasicratès, luttant de magnilicence; les acteurs, enfin, c'étaient Thessalus et Athénodore, les deux plus célèbres d'alors, faisant, ainsi que les troupes rivales dont ils étaient les chefs, assaut de talent. Athénodore l'emporta, au grand déplaisir d'Alexandre, protecteur de son rival, et qui aurait donné,

t. Diog. Laert., V, 26.

^^'aÏu^^"^ Z^^'''''-;^^Jbliolh grœc, t. ir, p. 288, lia ries ; Cisatib.,

(x^ Atlun., \i, p. 41.3 5q|. Rnnke, de Arisloph. vila, etc. - 3. Plu-

tarcn., J\on pusse suamter vioi secundum Lpicurum.

DE LA THAGEDIE GRECQUE

disait-il, la moitié de son royaume, pour le voir triompher; il ne s'en montra pas moins généreux envers le vainqueur,

et paya de bonne grâce l'amende à laquelle l'avaient condamné les Athéniens, pour ne s'être pas trouvé aux l'êtes de Bacchui^

Tous ces détails sont précieux à recueillir. Ils nous

montrent la tragédie grecque encore florissante vers la

lin du IV* siècle. Mais à l'importance des poètes semble

avoir succédé celle des comédiens, auxquels a passé la f aime tragique, qui ont leurs factions de rois, que se disputent la Grèce et l'Asie. On retrouve plus tard Aihénodore et Thessalus en compaguie d'un troisième tragédien, Aristocrite, à Suse, aix noces du conquérant, où les fait figurer, dans les divertissements de toute

sorte qui en signalèrent la fête, un minutieux récit de

riiistorien Charès ^. Sans doute qu'ils firent encore leur

rôle, avec beaucoup d autres, parmi les trois mille artistes qui vinrent de Grèce, quelque temps après, prendre part aux magnifiques jeux d'Ecbatane'. Nous avons vu nous-mêmes un autre Alexandre, promenant à la suite de ses armés victorieuses, dans les capitales de l'Europe, et jusqu'aux confins de l'Asie, notre tragédie et SLS acteurs. Au Macédonien succédèrent sur les trônes asiatiques des souverains grecs ou d'origine grecque,

qui dans leurs villes nouvelles, peuplées en partie par la

Grèce et faites sur le modèle de ses villes, dans leurs

Antiochies, leurs Séltucies, leurs Antigonies* et tact

d'autres imitations de la patrie, dont ils couvraient leur

empire étranger, attiraient près d'eux, par l'appât des honneurs et du gain, la foule aventureuse de leurs compatriotes. Ces colonies d'ambitieux accueillaient, on doit le croire, avec plaibir, dans leur exil, les interprètes

d'une poésie qu'ils oubliaient au pays des barbares.

a Douce parole 1 » durent-ils s'écrier plus d'une fois, en

1. Platarch., VU. Alex.^ iv, viii, xxix. Cf. De fort. Alex.; Arrian., Fxpedit. Alex., VIII, 7. — 2. Athen., Dcipn.^ XII j ^Elian., Var. hist.^

VI!I, 7. — 3. Plutarch., Vit. Alex., Lxxn. Cf. Lïvii ; Armu., Exiedit.

Alex., VU, 14. — 4. Dioil. Sic, XX, 108.

IIISTOini: GIÎNÉUALE

les écoutant, avec le Philoclcte de Sophocle. Quand les Romains conquirent l'Asie, ils y rencontrèrent partout, comme dans la Grèce elle-même, le théâtre grec. Luciillus, vainqueur de Tigrane, trouva Tigranocerte toute

remplie de comédiens grec?, rassemblés à {grands frais

par ce prince, pour la décoration de sa nouvelle capitale,

et qui ne servirent qu'aux jeux soéniques par lesquels ses ennemis y célébrèrent sa défaite*. Plus tarJ, comme

pour venger Tigrane, un autre roi d'Arménie, roi lettré, qui avait composé en grec des histoires, des harangues et

môme des tragédies dont il subsistait encore quelque chose au temps de Plutarque, Artabaze, fêtait de même, avec son hôte, le roi des Parthes, Hyrodes, qui n'était pas non

plus étranger à la langue nia la littérature des Grecs, la victoire de ce dernier sur les Romaics \ Les deux rois

étaient k table, et un acteur tragique de la ville de Tralles, nomcLé Jason, jouait devant eux, avec un grand applaudissement, quelques scènes des Bacchantes d'Euripide, celles entre autres où paraît Agave, portant orgueilleusement la tête sanglante de son fils, qu'elle prend dans

son égarement pour la dépouille d'un jeune lion. Tout à coup les portes s'ouvrent, et des envoyés du Suréna parthe, se prosternant devant Hyrodes , jettent à ses pieds la tête de Grassus. Au milieu des transports confus

qui éclatent de tous côtés, l'acteur rejetant le masque

de Penthée qu'il tenait à la main et ramissant à terre

l'affreux trophée, récite, comme inspiré de la fureur des

Bacchantes, ce passage du rôle d'Agave ^ ;« Nous apportons des moniagaes dans ce palais celte viclime nouvellement égorgée, cette heureuse proie. — Qui lui porta le premier coup? s'écrie le chœur. — Moi, moi dit Jason, c'est ma gloire. — C'est la mienne, « reprend un acteur imprévu qui lui arrache cette tête et prétend achever le rôle, un des envoyés du Suréna, nommé Pomaxaithres, celui-là même qui avait tué Grassus.

Ba

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