Barnès, Beck, etc
ION
un attentat commis, dans un heu saint, contre une per^
sonne sacrée. Toutes ces circonstances, fort naturelles,
sont exprimées avec cette précision et cette vivacité qui distinguent la manière de conter des poètes grecs de la
solennité un peu vague de nos récits tragiques. Remarquons en passant, comme un exemple du soin minutieux que donnaient les Grecs au maintien de la vraisemblance,
qu'un des principaux détails de cette narration a été préparé de loin, dans le passage charmant qui nous peint Ion
écartant par ses menaces, sans leur ôter la vie, les oiseaux
hôtes familiers du temple d'Apollon.
Tandis que le chœur était informé de ces événements
Creuse elle-même les avait appris. Elle vient se réfugier à l'autel d'Apollon, où celui qu'elle a voulu faire périr ne
tarde pas à la poursuivre, avec tout le peuple de Delphes.
Qu'on remarque l'artifice habile de cette intrigue, la plus compliquée certainement, la plus rapprochée de l'art des
modernes . c^ue nous ayons encore rencontrée dans le
théâtre grer. Cette mère et ce fils, si malheureusement
séparés, qui se regrettent, cjui se cherchent, au moment
même où une meilleure fortune les a réunis, poursuivent
tour à tour la perte de ce qui leur est le plus cher au
monde. Tout à l'heure c'était Creuse qui conspirait contre la vie d'Ion; à présent c'est Ion qui réclame la mort de
Creuse. L'imagination se plaît à ces alternatives, à ces révolutions ingénieusement distribuées ; elle les suit avec curiosité, mais sans trop de terreur ; car la reconnaissance qu'elle désire, qu'elle attend, ne cesse de cheminer par
tous ces détours, et, quand il sera temps, l'agent mystérieux de l'intrigue, Apollo», la conduira certainement à
son terme.
Le moment est venu. La port 3 du sanctuaire s'ouvre
tout à coup. La Pythie s'avance entre Creuse, qui tient Tautel embrassé, et Ion qui menace de l'arracher de cet
asile. Elle^ remet à ce dernier, au nom d'Apollon, la corbeille OÙ il fut autrefois exposé, et qui doit lui servir à • trouver sa mère. Le trouble du jeune homme en présence d'un objet qui lui rappelle un si triste souvenir, et
EURIPIDE, n. — 5