Voyez plus loin, livre IV, eh. xviii et xix
ION
pas venu lui-même annoncer tout cela. Minerve prévient la question en disant qu'il a craint de s exposer a de trop iustes reproches. Et Xuthus, pourquoi n est-il pas présent? Est-il besoin de dire que ce bon roi ferait une iigure moins convenable encore qu'Apollon, au milieu d arrangements domestiques où se liguent pour le tromper le.
hommes et les dieux. N'en voulons donc pas trop au
poète, qui, de son autorité privée, par un acte certaine-
ment très-arbitraire, le retient depuis si longtemps sur le
Parnasse, où il est allé offrir un sacrifice. ^ ^ , .
Mais, enfin, il en reviendra bientôt, et après des événements aussi publics que ceux qui ont amené la reconnaissance de Creuse et d'Ion, il ne peut manquer de découvrir la vérité et de perdre ces précieuses illusions que Minerve recommande qu'on lui conserve. A cela je ne sais guère de réponse, sinon que la pièce est finie, lors-
que viennent ces réflexions, et que le poëte a prudemment
pris l'avance sur ses critiques.
Quant aux autres invraisemblances qu'on pourrait reprendre dans l'ouvrage, elles sont sous la sauvegarde d'Apollon qui le remplit de son invisible présence et préside à son développement. C'est même un de ses principaux mérites, que le caractère de merveille qu y revêtent les moindres détails, comme par exemple le poison préparé pour Ion, et qua fourni une goutte du sang de la
Gor Jne, comme ces signes de reconnaissance déposes
dans son berceau, et au nombre desquels se trouvent un
collier en forme de serpents, image des dragons fabuleux
d'Érichtbonius, un rameau encore vert, après tant d années, de l'olivier de Minerve. ^
Les spectateurs athéniens étaient tout disposes a admettre, avec une foi crédule, les merveilles de cette fable, que traita aussi, on le croit, soit avant, soit après Euripide Sophocle dans sa tragédie de Creuse'. G était une
1 Voyez, sur cette tragédie, en dernier lieu, E. A. J. Ahrens, So-
phicl fragm., éd. F. Didot, 18W, p. m sqq.
de leurs traditions nationales et un monument la consacrait Non loin du théâtre, sur une des pentes de l'Acropole, était un petit temple d'Apollon , construit dans la
grotte même où la fille d'Érecthée avait eu, c'était la croyance commune, commerce avec le dieu*. Ajoutons que, quelques années plus tard, comme le raconte Plu-
tarque ^ d'après Ephore, peu s'en fallut que Lysandre ne réussît à faire reconnaître par les prêtres de Delphes un
prétendu fils d'Apollon, qui devait, en cette qualité, par la production d'anciens oracles dont il pouvait seul prendre connaissance, lui ouvrir le chemin du trône de Sparte. Les oracles étaient rédigés et vaguement annoncés ;
la naissance divine du jeune fourbe déjà accréditée dans le Pont, sa patrie, allait bientôt l'être en Grèce, oii on l'avait fait venir ; les prêtres de Delphes, gagnés, se préparaient à jouer leur rôle dans le dernier acte de
cette audacieuse intrigue , lorsqu'elle manqua tout à coup par la timidité d'un des acteurs. Ge sont les expressions de Plutarque, qui raconte la chose comme s'il s'agis sait de la chute de quelque tragédie à la manière d'Euripide, avec son prologue et son dénoûment à machine. Dans un temps où une pareille supercherie avait quelque chance de succès, le merveilleux d'Ion était assurément fort admissible.
Nous possédons une tragédie dont la conduite est également soumise à l'influence manifeste de la divinité; qui
se passe de même dans un temple ; où l'on voit, comme ici, paraître un jeune lévite, dans toute l'innocence du premier âge, toute la sainteté du sacré ministère ; où par une suite d'événements non moins merveilleux, un enfant se trouve rapproché de parents cruels qui, sans le connaître, veulent le perdre, et porté, à leur confusion, sur le trône dont ils descendent. Cette tragédie, chef-d'œuvre de notre théâtre et de tous les théâtres, diffère certaine-
1, Pausan., i«tc., xxviii.