‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 600 sur 893 · Dramaturuie, à l'endroit cité plus haut, p · texte numérisé non relu

Dramaturuie, à l'endroit cité plus haut, p

4. Cp pf'ëte, mon en 1785, a laissé en manuscrit le premier acte d'un Œdipe.

C'est Ion que le sort dési^rne comme exécuteur de cet arrêt de mort et qui parvient inaperçu jusqu'au lit d' Adraste. Cependant sa compagne d'enfance, sa fiancée, Clémanthe, a su ce projet; elle l'a appris à son père, le grand prêtre, qui s'en est justement alarmé ; c'est un parricide, a-t-il

dit, qu*Ion va commettre ! Ion est l'enfant d'Adraste, recueilli autrefois par lui au bord de la mer et conservé par

ses soins. Il faut se hâter de le rejoindre par le passage secret qui du temple communique au palais. Le vieillard arrive à temps pour arrêter le bras du jeune homme suspendu sur la poitrine de son père agenouillé ot pour lui apprendre quel lien les unit l'un à l'autre. Adraste ne laisse pas d'être immolé par les autres conjurés; il meurt adressant de tendres adieux à son fils, auquel il lègue son pouvoir, non sans lui recommander d'en user mieux que

lui-même n'a fait. Ion est aisément proclamé roi malgré une tentative de meurtre dirigée contre lui par un de ses

anciens amis que ramène sa générosité. Mais il a son dessein, c'est de mourir volontairement pour son pays, accomplissant ainsi l'oracle. Dans une grande scène finale, sur la place publique, portant les insignes de la royauté,

il s mble accepter le pouvoir: c'est p.-^r faire promettre aux plus dignes qu'après lui ils maintiendront la justice, l'ordre et les lois ; c'est pour faire jurer au peuple de se gouverner lui-même équitablement; après quoi, il se

frappe du poignard qui a tué son père et tombe soutenu par sa fiancée, apprenant, avant de mourir, que le fléau

de la ppste va bientôt cesser dans Argos.

Tels sont, en substance, le sujet et le plan dé cette

tragédie, dont l'auteur, mort en 1854', M. Talfourd,

longtemps avocat distingué, et depuis membre honoré de

la magistrature et du parlement, a mêlé heureusement la littérature aux affaires et s'est fait par des écrits, où il ne cherchait qu'un délassement, une place assez considérable

1. Voyez dans le Journal des Débats, n" du 8 avril 1854, l'intéressante nécrologie que lui a consacrée .M. Philarèle Cbasles.

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parmi les poètes et les critique.s de son pays. Vers 1835, il avait distribué à ses amis deux impressions de son Ion, fruit de ses vacances, qu'il ne songeait du reste ni à publier, ni à voir représenter. En i836, son ami, le célèbn

tragédien Macready, eut l'idée d'en jouer le rôle principal

dans une représentation à son bénéfice, que suivirent

d'autres encore pendant le reste de la saison. Une actrice

de talent se chargea du même rôle, sur la scène de Haymarcket, et le porta avec succès en Amérique. Quatre éditions pour le public ont précédé celle que contient le recueil des œuvres poétiques de l'auteur publié en 1844. Dans la première se lisait, au lieu de dédicace, un éloge funèbre très-animé du digne maître du collège de Kea-

ding, OÙ Talfourd a étudié, le célèbre philologue Valpy.

Talfourd, du reste, n'a pas suivi la direction philologique

et classique. Il s^est montré dans ses poésies l'élève de

Wordsworth. Ses idées ont un tour assez austère de moralité, qu'il paraît tenir de sa famille, de ses maîtres, de sa communion religieuse, de sa profession. Acceptons les mérites et les succès de son Ion comme une sorte d'hommage indirect à l'œuvre antique dont il n'a guère reproduit que le nom. Cette œuvre, je pense, par des raisons sur lesquelles il n'est pas nécessaire de revenir, n'est pas

destinée à retrou/er désormais d'autre scène que l'imagination émue des lecteurs studieux.

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