‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 614 sur 893 · Voyez t. I. p. 341 sqq · texte numérisé non relu

Voyez t. I. p. 341 sqq

4. Voyez t. II, p. '19b >qq. VÉlectre de Sophocle a-t-elle prccrdé Mphigénie en Taurvle d'Kunpide? J. A. Hartungle nie, ibid. y p. 154,

et lait ici de Sophocle, et non pas d'Euripide, Timitateur. Mais la date

de VÉlectre n'est pas connue, et i'on a |)U voir plus haut, page 89, note 1. que les critiques ne s'accordent guère sur celle de V Iphigénie

«n Tauride,

correspondent sur notre scène. Je vais le citer, malgré son

étendue :

• Nous avions conduit nos troupeaux, pour les laver,'sur les bords de la mer qui coule entre les Symplégades. Il y a là, sous des rochers, une caverne creusée par les flots, retraite ordinaire des pécheurs qui recueillent la pourpre. Quelqu'un de nos bergers y aperçut deux jeunes hommes, et soudain se

retira d'un pied furlif, repassant avec précaution sur ses traces. « Voyez-vous ? nous dit-il ; ce sont des dieux. » Un autre, par un mouvement de piété, levant vers eux les mams, et les contemplant d'un œil respectueux, se mit à les prier en ces termes : « Protége-nous, fils de la marine. Leucothée, « sauveur des vaisseaux, puissant Palémon ; ou plutôt, si ff c'est vous que nous voyons assis sur ce rivage, divins « Gémeaux ; ou vous encore, rejetons de Nérée, qui fit naî- « tre rillustre choeur des Néréides *. » Il y en eut un d'un cœur plus léger, plus hardi, qui interrompit en riant cette prière, et assura que Panlre renfermait des naufragés, lesquels, sans doute, s> tenaient cachés par crainte, sachant

que nous étions dans Tusage de sacrifier les étrangers. La plupart jugèrent qu'il avait raison et se mirent en devoir de donner la chasse à ces victimes que réclamait le culte de la déesse. Cependant l'un des deux inconnus quitte son asile ;

sa tète, qu'il secouait avec violence, tantôt se dressait vers le ciel, tantôt s'abaissait vers la terre; de son sein s'échappaient de profonds soupirs ; un tremblement convulsif agitait ses bras ; il semblait en proie à une fureur délirante, et on l'entendait s'écrier, comme un chasseur : i Pylade, vois-lu celle-ci ? et « cette autre encore ? Il veut me tuer, ce monstre de 1 enfer, € qui s'élance sur moi, avec ses affreux serpents! Dieux ! « une troisième. . . respirant la flamme et le sang ; elle fend « l'air de ses ailes, elle porte dans ses bras le corps de ma

« mère, eUe va m'écraser, m'ensevelir sous une grêle de ro-

. chers. Hélas ! c'est fait de moi ! où fuir ? » 11 ne voyait

rien réellement de ce qu'il décrivait ainsi, mais il prenait les mugissements de nos taureaux, les aboiements de nos chiens pour ces cris, de même nature, que poussent, dit-on, les Furies*. Pour nous, serrés les uns contre les autres et glacés de

1. On a reproché, non sans quelque raison, à Euripide de faire parler trop en grec son pasteur de Tauride, qui ne devait pas raisonnablement se montrer si instruit de cette mythologie.

2. M. E. Roux, Du merveilleux dans la tragédie grecque, remarque ingénieusement, p. 129, comme un irait bien conforme à la vente,

que si l'égarement d'Oreste a sa cause merveilleuse dans 1 action des

Furies elles-mêmes, ce sont des circonstances naturelles et fortuites qui en déterminent, comme ici, les accès, à des intervalles irréguhers.

Nous avons eu occasion nous-raême de faire la même observal'on au

il i

terreur, nous demeurions en silence et sans mouvement lout à coup il tire son glaive et se jette ainsi qu'un lion au milieu de la foule de nos taureaux, dont il perce le flanc, dont il déchire les entrailles, pensant combattre les Furies. Une écume ensanglantée s'élrve à la surface des Ilots. A la vue

de ses troupeaux dispersés, et tombant sous le fer il n est aucun de nous qui ne s'arme, qui, au son de la trompe, n'appelle leS habitants ; car contre des ennemis jeunes et pleins de vigueur, nous pensions bien que c'était peu de chose que

des L-ergers. Déjà notre troupe se e^rossissait, lorsque les transports de 1 étranger s'apaisent ; if tombe sur la terre la bouche dégouttante d'écume. Le voyant ainsi livré sans dépense, chacun s'empresse pour lui lancer des traits, pour le frapper, tandis que son compagnon lui essuie la bouche le ranime, le prolége de son manteau, détourne les coups prêts à 1 atteindre, s'acquitte enfin de tous les soins de l'amitié ' L étranger reprend ses sens, se relève ; il voit quelle nuée

d ennemis va fondre sur eux, quel sort les menace, et il

gemit. JNous ne cessions cependant de les charger de les

mquiéter de toutes parts. Alors se sont fait entendre ces menaçantes et terribles paroles : « il nous faut mourir Pvlade ce mais rfiourir avec honneur. Suis-moi donc, armé de ton

epee. » A peine voyons-nous briller le fer aux mains des deux guerriers, que, prenant la fuite, nous remplissons les bois qui couronnent le rivage. Tandis que les uns se retirent d'autres recommencent l'attaque, et, ceux-ci repoussés, les premiers reviennent sur leurs pas et font de nouveau voler les pierres Mais, chose incroyable ! de tant d'assaillants, nul ne peut atteindre les victimes de la déesse, et si enfin nous nous en saisissons, c'est avec bien de la peine, et sans trop de

courage. On les enveloppe en effet, on les force, à coups de pierres, de lâcher leurs épées ; épuisés de fatigue, ils fléchissent le genou et tombent. Le roi de cette contrée, à qui nous

les avons conduits, vous les a sur-le-champ envoyés, pTour être offerts en sacrifice. Souhaitez, ù jeune prêtresse, qu'il vous vienne souvent des terres étrangères des victimes semblables a celles-ci. Leur mort fera payer aux Grecs la cruauté dont ils ont usé envers vous et les sanglants apprêts d'Aulis». Je ne sais si, à travers ma traduction, on a pu apercevoir ce qui dans le grec se découvre avec évidence. Les

sujet de la belle scène qui ouvre la tragédie d'Oreste, v. 201 saa Vov notre t. III, p. 255. ^* ^'

1. On peut rapprocher cette peinture à la fois terrible et touchante ou sont SI bien exprimés la frénésie du remords et le dévouement de

lamuie, de celles que le même poète en avait retracées au débat dA

son Oreste et dans son Alcméon. Voyez t. III, n. 247 <iaa

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