scène, expirait déjk avec les derniers accents de la voix
pathétique d'.Esopus , avec les derniers applaudissements de Cicéron. Déjk le peuple, et même les chevaliers, les sénateurs, devenus peuple, ne se plaisaient plus qu'aux magnificences inouïes, insensées, d'un spectacle décoré, surchargé des dépouilles de l'univers; ils ne lui demandaient plus que des 'distractions tou(es sensuelles ^ Le temps approchait où la tragédie grecque,
1. Korat., Od , I,xxxv, 4. —1. Cl:., ramH, VU, i; lîont., EinsL
II, I, 182 s.iq. • Tit. Li\ , IJ:a., VI:, 2.
HISTOIRE GÉNÉRALE
retrouvant à Rome, non plus Athènes, mais Alexandrie, réduite de nouveau aux succès de la récitation publique OU même de la lecture solitaire, n'aurait pL g2èra d autre emploi que d'ofîrir dans ses fables un thème à
I loduslne luteraire des poètes amateurs, des Polliou, des Varius, ou Ovide lui-même pourrait dire qu'il nWait
point pour le théâtre *. 4 " ccrivaii
G3 n'est pas impunément que le drame quitte la scène-
II perd bientôt par là tout caractère dramltique. La tri: gédie que nous continuons d'appeler grecque, bien qu'on 1 écrivit en latin, avait sans doute acquis quelque élTgance depuis le temps d'Attius; mais à mesure^ qu'e le ava^t cesse de prétendre à l^illusion, à l'émotion^Y la véme, qui les produit seule dans les représentations du théâtre; qu'elle avait borné ses prétentions à ces applaudhSemems que provoque, le plus souvent, dans ks
cercles lettrés, le faux éclat des détails, elle était insensiblement devenue une simple forme, pr(itée aux jeux du bel esprit, à Térudiiion, à la science, un cadre con' venu pour la dissertation philosophique, la déclamation morale et pohtique. Ce n'était plus quW genre ïu
plus exposé qu'aucun autre à l'invasion de tous ces excès du mauvais goût que devaient bientôt amener 1 épuisement liitéraire, la satiété des esprits et la dégrada Uon des mœurs. De là, dans les pièces qui oortent le Dom de Seneque, et qui représentant seules, à la place de
celles de Pomponius Secundus, de Guriatiu's Mate^rnus et
d autres encore qui ne se sont p.s conservées, la poésie
ComnSr pf '"";ir '^ ^^ ^^^^^^ ^^^ transfonnation complète et véritablement monstrueuse de la tragédie
StTêt: -r ^'''' -^^^'^^f -ent Tordre, la progresSo mteiet; il ny arien, chez Siuèque, malgré la régu^ a me extérieure et même la distribution symétrique ^de
ses ouvrages qui ressemble le moins du moLe au^éve-
oppement d'une action ou d'un carac.ère : les Grecs du fonds le plus simple savaient tirer des trésorsT
!• Trisf.,Y,Mi, 27.
DE LA TRAGÉDIE GRECQUE
passion; Sénèque appauvrit la matière par une stérile abondance de lieux communs de toute sorte, poétiques, mythologiques, géographiques , scientifiques , philosophiques, politiques, par un maladroit et grossier placage qui cache mal, ou plutôt décèle rindigecce de sentiment
qu'il recouvre : les Grecs avaient une naïveté d'expression qui, se pliant à toutes les ailections du drame, atteignait sans ciïort au sublime ou au familier ; le style de Sénèque, tout aitificiel, trahit la perpétuelle prétention d'étonner par la multiplicité fatigante des formes sous lesquelles se répète sans relâche et sans fin une même pensée, par une exagération et en même temps une subtilité, un raffinement, poussés quelquefoi;» jusqu'aux extrêmes limites du ridicule : les Grecs, enfin,
savaient ramener à la nature, réduire à la terreur et à
la pitié ce que leurs fables consacrées leur offraient de
plus incroyable e^ de plus atroce; rien peut-être ne caractérise autant la tragédie de Sénèque que la recherche,
la poursuite passionnée de Tinouï et de l'horrible, la peinture complaisante d'objets repoussants, rapprochés
brutalement de l'imagination, quand ils ne le sont pas des yeux; une préférence dépravée pour les images dii laid moral, telles que pouvait les lui fournir la société corrompue au sein de laquelle et pour laquelle il écrivait. C'est là Texplication et aussi Texcuse de tableaux
qui nous semblent calomnî-r la nature humaine , mais qui avaient leur modèle, modèle trop réel, sur le trône même de Rome, dans ces prodiges de folie et de crime
qu'avait enfantés, à cette malheureuse époque, l'ivresse du pouvoir absolu. Que si, dans ces ouvrages, la vertu elle-même sort à tout instant des bornes légitimes de la r-îison et du devoir, par les saillies d*un héroïsme extravagant, par une forfanterie de gladiateur, ce n'est pas seulement pour se conformer littérairement aux lois du
contraste et de l'équilibre poétique, mais pour reproduire
cette exagération vers laquelle les bons sentiments euxmèmes sont inévitablement poussés par l'excès de l'oppression. 11 est fâcheux seulement que, dans ces espèces
HISTOIRE GÉNÉRALE
II
ri
de satires et de pamphlets politiques, les héros ue la fable, dont le génia des poètes grecs avait fait autant de types généraux des afl'eclions humaiues, se trouvent les rjprésentants des monstruosités morales de l'ELtpire de ses tyrannies délirantes, de ses vertus guindées et factices; qu'on n'y voie pas paraître tout simplement,
tout franchement, comme dans VOctavie, Néron et Sé*
nèque. C'est Sécèque, en eilet, qui parle saul dans tes produciioDs déclamatoires et fausses d'un art étran^^er au théâtre, où presque rien ne rappelle la vérité dramatique d'Euripide et de Sophocle; mais où, il faut le
dire aussi, Lrillent du plus vif éclat certains traits singulièrement spirilue^s, hardis, énergiques, qui, à la renais ance des lettres classiques, frappèrent les modernes autant que les plus pures beautés de la véritable tragédie grecque ; qui même, chose étrange, mais qa'ex-
plique l'espèce d'ébiouissement produit par l'apparition de l'antiquité, leur parurent absolument de la même nature, et dignes d'être confondus avec elles dans le même entho'usiasme, la même imitation.
Ici se prtS3nle une question que je me contenterai de
poser, ne pouvant la résoudre avec certitude. L'an de Rome 566, M. Fulvius Nobilior, célébrant, par des jeux publics, ses succès dans la guerre d'Étolie, y fit paraître des artistes grecs, arlificeSj dit Tite Live, qui semble traduire ainsi le terme général, xc/vitaç, par
lequel les Grecs désignaient leurs acteurs*. Uii peu plus
tard, en 585, L. Anicius, triomphant de l'illyrie, en montra à son tour un fort grand nombre, et des plus célèbres, sur un vaste théâtre qu'il avait fait élever dans le Cirque. Polybe, dont Athénée nous a conservé le
récit*, décrit fort en détail, avec la malignité d'un Grec qui s'amuse de la grossièreté romaine, comment la représentation fut troublée, tout d'abord, par un ordre mal compris du général. Les joueurs de flûte, produits