Correspondance, 2* édition, t. II, p. 154, 196 sqq
des traits qui passaient inaperçus, et n'en étaient pas moins, par le naturel du sentiment, de l'expression, ce qu'elle renfermait de plus réellement beau et, par exception, de plus conforme au goût antique. Que mes lecteurs me permettent de leur en rappeler quelques-uns, sans doute moins présents à leur mémoire que la contestation
si souvent citée d'Oreste et de Pylade.
Lorsque Iphigénie, obligée de choisir, entre les deux
Grecs, le seul qu'elle puisse sauver, se décide, par un
mouvement secret de préférence qu'elle ne s'explique
point, en faveur d'Oreste, elle exprime une détermination,
si pénible à prendre et à déclarer, par ce vers des plus simples, des plus touchants, qu'on croirait traduit du grec :
Mais puisqu'il faut choisir.,., c'est vous qui partirez*.
Lorsque Oreste, trompant l'attente d'Iphigénie, lui annonce que Pylade consent à prendre sa place, il prévient l'étonnement peu favorable à son ami qu'il surprend dans le regard, dans le geste de la prêtresse, par ce mouvement rapide comme la pensée et d'une éloquence de sentiment vraiment admirable :
.... Ah ! n'allez point d'une lâche faiblesse Soupçonner de son cœur l'héroïque noblesse. C'en est un digne effort s'il me laisse mourir*. ..
C'est encore quelque chose de bien éloquent que ce
simple mot « mourez ' » par lequel réplique Iphigénie ; que ce vers :
Embrassez votre ami que vous ne verrez plus * ;
et ceux-ci encore :
Adieu ! Retiens, ami, tes sanglots superflus.
Ne vois pas mon trépas, n'en vois que l'avantage.
L'opprobre et les malheurs étaient tout mon paitapre.
î. Acte III, se. 4.
'}. Acte III, se. 6.