‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 640 sur 893 · Mais toi, par quelle erreur veux- tu toujours sur toi · texte numérisé non relu

Mais toi, par quelle erreur veux- tu toujours sur toi

Détourner un courroux qui ne cherche que moi? Assez et trop longtemps mon amitié t'accable ; Évite un malheureux, abandonne un coupable. Cher Fylade, crois-moi, mon tourment 7ne suffit....

Va-t'en

(Racine, Andromaque, acte UI, se. i.)

Je rétablis dans cette citation, au lieu de ta pitié te séduit que porte maintenant le texte, la variante mon tourment me suffit, qui complète

le rappiochemeiit.

l'en conjure, par cette main que je presse, élève-moi un tombeau qui perpétue ma mémoire : que ma sœur y vienne porter pieusement l'offrande de ses pleurs et de ses cheveux ; fais-lm connaître comment j'ai péri sur un autel, préparé pour le sacrifice par la main d'une Grecque. N'abandonne jamais ma sœur; reste fidèle à mon alliance, à ma maison, dont tu deviens le soutien. Adieu, le plus chéri, le plus constant des amis, mon

compagnon d'enfance et de plaisirs, qui as si généreusement

partagé le poids de mes peines. Apollon nous avait trompés; il ne voulait, ce prophète menteur, que nous écarter de la Grèce, où nous lui étions, à cause de ses anciens oracles , un objet de honte. Pour m'être livré à sa conduite, pour avoir cru ses conseils, j'ai tué ma mère, et, à mon tour, je meurs *. »

Je ne sais si je m'abuse, mais, auprès de paroles d'un mouvement si tumultueux et si confus, si pleines de ces redites qui conviennent au trouble et à la douleur d'un adieu, si mêlées de constance et de cette faiblesse involontaire dont l'approche de la mort amollit les plus fiers

courages, les vers de Guimond de La Touche ne me paraissent plus qu'un élégant résumé.

Le poète français a fait usage d'un sentiment qu'on ne

rencontre point chez le poète grec. C'est une sorte d'instinct de tendresse qui porte l'un vers l'autre, avant qu'ils se connaissent, le frère et la sœur. La Harpe l'en a loué comme d'une chose qui est dans les convenances dramatiques; j'aimerais mieux qu'il eût dit, ou pu dire, dans la nature. Mais je crains bien que ces pressentiments secrets, ces avertissements de la chair et du sang, dun effet sijr

au théâtre, et qui ont passé en usage, ne soient qu'une

convention de l'art ^

En général, c'est l'esprit de la critique de La Harpe de

tout rapporter à certaines pratiques usitées, qu'il décore

du nom de théorie, plutôt qu'à la règle suprême, la règle des règles, le vrai et le beau qui ne sont qu'un. Dans cette disposition, il lui arrive d'accorder à des finesses de métier une admiration qui n'est due qu'à des mérites plus

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