Voyez le Globe, t. HT, p. 342, n» 64, du 20 mai
il a bien pu emprunter à la muse antique de beaux accents, mais pour inspirer le motif de son chant, il lui fallait deux muses vivantes, son âme et son temps. «
Depuis, dans un chapitre rappelé plus haut*, M. Saint- Marc (rirardin a pu, sans manquer de respect à Goethe,
faire ressortir finement le caractère moins grec que moderne, que germanique, plus méditatif, plus œntemplatif
que dramatique, d'un bon nombre de passages de son
Iphigénie.
Les critiques allemantîs eux-mêmes n'ont pas toujours tenu un autre langage ; témoin assez récemment l'auteur d'un bon livre sur Euripide, que j'ai souvent cité,
M. J. A. Hartung "^ W. Schlegel avait dit' : « Iphigénie
en Tauride s'allie de plus près à l'esprit de la Grèce
qu'aucun ouvrage des modernes, « ajoutant toutefois :
« mais c'est le reflet et l'écho d'une tragédie grecque plutôt qu'une tragédie grecque véritable. » M. Hartung, rarement d'accord avec Schlegel, en sa qualité de champion d'Euripide, est loin de juger l'Iphigénie de Goethe aussi grecque qu'on l'a dit ; il est vrai que, par compensation, elle ne lui paraît pas non plus aussi complètement moderne qu'à d'autres. « Qui vere antiquum esse ac
penitus ad mentem Gr.ecorum expressum Gœthii opus
judicaruntetqui in rocentium populorum senientiis idem
totum habitare atlirmaverunt perinrle et errasse et verum
vidisse videntur. » Un peu plus loin il s'est permis de trouver qu'à certains égards l'ouvrage de Goethe, avec tous ses mérites, auxquels il rend un juste hommage, n'est pas très-propre à la scène : « Minus aptum theatris propter mcdiocritatem aft'ectuum, propter summam hominum, tanquam imaginum, tranquillitatem, propter sen-
tentiarem subtilitatera et propter opinionum inter se cer-
tantium absentiam*. »
Dès 1779, Goethe avait écrit en prose son Iphigénie.