‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 678 sur 893 · Iliad. XII, 230 sqq ; XVIH, 284 sqq. 2- Iliad. XIII · texte numérisé non relu

Iliad. XII, 230 sqq ; XVIH, 284 sqq. 2- Iliad. XIII

3. Ibid., 726 sqq. Cf. Euripid., Rhés.y 105 sqq. Voyez plus haut,

p. 153 sq. ^1 j r s

RHÉSUS

sanglante, 11 n'est plus occupé que de la pensée du combat prêt à commencer. Mais cela est parfaitement dans le caractère d'un héros trop fait aux accidents de la guerre pour leur donner de longues larmes, et ne pas trouver dans les soins du commandement une prompte distraction. A tout prendre, ce rule d'Hedor, tant maltraité, est mieux conçu, mieux tracé qu'on ne prétend, et suffirait seul à recommander l'ouvrage. Sans doute, on y rencontre plus qu'on ne voudrait, l'expression d'une confiance, d'une présomption, marquée aussi dans plusieurs autres rôles, ceux de Dolon, de Rhésus, du chœur, mais dans ceux-ci, en traits plus prononcés, plus chargés, approchant même quelquefois du comique. La tragédie grecque, surtout à cette époque, ne s'interdisait pas l'imitation satirique de certains travers, et il entrait visiblement

dans les intentions de l'auteur de faire, comme avait fait Homère lui-même, valoir le caractère moral des Grecs aux dépens de celui des Troyens. Quant à l'économie de la fable, elle comprend, cela est bien évident, plusieurs actions distinctes, mais qui ne sont pas maladroitement rattachées ensemble, ramenées à l'unité. Si le merveilleux y est introduit sans une absolue nécessité, il ne manque certes pas de vraisemblance , de convenance même dans un ordre d'aventures où, selon la tradition poétique, nul accident, si petit qu'il fût, n'avait lieu sans l'intervention des dieux. On ne voit pas, en outre, que ces dieux, dieux aux faiblesses tout humaines , se piquassent , dans leurs procédés entre eux, et à l'égard des mortels, de plus de loyauté et de délicatesse que n'en montre ici Pallas, quand elle emprunte l'apparence de Vénus pour tromper

Paris. » 1 ni, •

Voilà, je m'imagine, comment, si l'on eût cru le Rhésus

un ouvrage d'Euripide, on l'eût défendu contre les principales critiques dont il peut être l'objet. Je dis les principales, car on lui en a adressé bien d'autres, dont quelques-unes, quoique fondées, n'ont pas grande importance, et dont le plus grand nombre ne sont que de pures chicanes.

A ceux qui, dans les défauts plus ou moins réels, plus ou moins excusables du Rhésus, Voient une raison suffisante pour le retrancher du nombre des tragédies d'Euripide, on peut répondre que ces défauts se rattachent

précisément, pour la plupart, aux Habitudes constantes de ce poète. Il aime à appuyer, avec une familiarité satirique, presque en poète comique, sur certains traits peu nobles de la figure humaine, et fait naturellement moins de grâce aux barbares qu'aux Grecs; témoin, dans l'Ornée, ce Phrygien qui n'y paraît que pour exprimer un lâche amour de la vie*. Il aime (qu'on se rappelle les Phéniciennes, les Troyennes, VHécube, V Hercule furieux) à tendre, d'une façon nouvelle, en mêlant artistement les fils de plusieurs actions, à l'unité. Il aime enfin, tous se3

prologues, tous ses épilogues l'attestent, à faire mouvoir, souvent inutilement, des machines mythologiques. Sous ces divers points de vue, rien ne s'oppose à ce qu'il soit 1 auteur du Hhésus.

Cependant si cette tragédie ne diffère pas, quant aux défauts, des pièces qui sont incontestablement d'Euripide elle en diffère beaucoup quant aux beautés, aussi rares ici qu ailleurs on les voit nombreuses. Gela est vrai, je lai dit plus d'une fois. Mais un auteur se montre-l-il égal a 'ui-meme à toutes les époques de sa vie, dans tous

ses ouvrages? N'a-t-il pas les faiblesses de son début, la

fatigue de son déclin, les défaillances passagères de sa

maturité? Qu'on en vienne un jour à discuter l'authenti-

cite des tragédies de Corneille, de Racine, de Voltaire il y en aura bon nombre qu'en raison de leur évidente intériorité on ce croira très fondé à en retrancher, à donner pour 1 œuvre de contemporains écrivant sans talent dans un genre pareil, ou bien d'imitateurs, de faussaires d'une autre époque.

Le seul motif légitime de retirer à un auteur un ouvrage qui porte son nom , c'est , non pas l'infériorité de

cet ouvrage, — sait-on précisément de quel degré le talent 1. Voyez notre t. IIl, p.269sq.

RHESUS.

a pu partir, jusqu'à quel degré il a pu descendre ? — mais bien la diversité fondamentale de caractère, de manière

qui s'y manifeste. Or, ce motif existe-t-il ici? Dans le

Rhésus, dit-on, il y a moins de pathétique et de maximes

que d'ordinaire dans les tragédies d'Euripide. Il y en a

moins, d'accord ; mais il y en a, et assez pour qu'on

puisse à bon droit suspecter la valeur de cet argument.

Ces plaintes de la mère de Rhésus, par exemple, sontelles si étrangères au tour attendrissant et sentencieux

d'Euripide ?

« .... 0 mon fils.... quel fatal, quel malheureux voyage tu as fait à Troie, malgré moi, qui m'opposais à ton départ, malgré ton père! Hélas! quelle douleur tu me causes! ô mon fils, mou cher fils, tête chérie de mon enfant!... Périssent le petit-

nia d'OEnée, le fils de Laërte, qui m'ont privée d'un tel fils ! Puisse aussi périr cette Hélène cpii a quitté sa demeure pour

aller chercher à travers les mers la couche d'un Phrygien !

C'est elle, ô mon cher fils, qui te fait périr sous les murs de

Troie, après avoir rendu tant de villes vides de leurs meilleurs citoyens.... Mais la cause de mon malheur, c'est Mmerve ; je n'en accuse plus Ulysse, ni le fils de Tydée, quoi qu'ils aient

fait; je t'en accuse, cruelle déesse; ne pense pas que tes coups

m'aient échappé.. . Pour prix de ce que tu devais aux Muses, je porte dans mes bras le corps de mon fils, abandonnée aux larmes.... Rhésus ne descendra pas sous la terre, au sombre séjour.... mais il sera désormais pour moi comme s'il était mort, s'il ne vovalt plus la lumière. Jamais un même lieu ne

nous réunira.... Je saurai supporter ma douleur mieux que la

déesse de la mer; car il faut quil meure aussi, le destin le

veut, celui qu^elle a fait naître. C'est toi d'abord, ô mon fils, dont nous chanterons, mes sœurs et moi, l'hymne funèbre; plus tard nous mènerons le deuil du fils de Thétis, d'Achille. Pallas, celle qui t'a fait périr, ne le sauvera pas; elle n'écartera pas de lui le trait que lui garde le carquois d'Apollon '. 0 vains et tristes soins de la maternité, celui qui vous connaîtra bien se gardera d'avoir des enfants qu'il lui faille un jour, après les avoir fait naître, ensevelir \ '>

1. Ce passage a fait supposer à l'auteur d'une dissertaiion citée plus haut, p. 15f), note 2, M. Th. Borel (voyez sa page 86), que le Rhésns

sellait, dans une trilogie, à une autre pièce dont la mort d'Achille

était le sujet. Par une autre conjecture, moins vraisemblable qu Une lui parait (voyez la note 3 de notre p. 178) , il a cru pouvoir p'acer la représentation de cette trilogie dans la lxxxV olympiade.

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