‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 681 sur 893 · L.es Héraclides · texte numérisé non relu

L.es Héraclides

L'éloge d'Athènes occupe une grande place dans Tantique tragédie, faite pour Athènes et par les Athéniens.

Quel (jue soit le sujet du drame, le nom de cette ville s'y

trouve au moins rappelé, avec enthousiasme, avec amour,

et, le plus souvent, ce sont les héroïques traditions de

son histoire, les origines fabuleuses de ses institutions, qui en composent la matière. Athènes fondée, dotée, policée par les dieux, déjà libre sous ses rois et prospérant par ses vertus publiques autant que par leur sagesse et leur courage ; Athènes séjour de la piété, de k justice, de l'humanité, asile des malheureux, recours des opprimés, voilà le texte que développaient sans cesse, dans

l'inépuisable variété de leurs fables, avec leur génie, ou sombre, ou élevé, ou touchant, les Eschyle, les Sophocle, les Euripide, sans crainte d'en lasser jamais un peuple enivré de lui-même, et empressé d'applaudir à cette consécration poétique de son caractère moral.

C'étaient eux-mêmes, en effet, tels qu'ils se vantaient d'être et qu'ils se montraient quelquefois à la Grèce, que se plaisaient à contempler les Athéniens dans ces nobles images du passé, relevées par l'attrait piquant d'une

ressemblance contemporaine. L'adresse des poètes rendait le rapport plus frappant, en ramenant à l'expression

des circonstances présentes les souvenirs mêmes de la

mythologie ; sous les noms et avec les aventures des vieux âges, ils entretenaient les spectateurs des intérêts du moment, d'une alliance, d'une rupture, d'un projet de conquête, d'une loi à établir ou à défendre; la scène de-

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venait une autre tribune où se produisaient, par voie indirecte, à la faveur de l'allusion, la discussion des affaires

de la république, la justification, la sanction de ses entreprises et de ses démarches, des encouragements, des vœux, des augures favorables, quelquefois des conseils et

des reproches. Car ce peuple, si amoureux de la louange, souffrait qu'on le reprît avec liberté ; et tandis que la comédie se hasardait impunément à le représenter en personne, comme un vieillard imbécile, mené par des esclaves rusés*, la tragédie pouvait censurer d'un ton plus

grave son asservissement à ses flatteurs, les erreurs de ses Jugements, l'imprudence de ses actes, l'abus tyrannique de sa puissance, les vices et les excès enfin de sa démocratie.

Ce caractère politique, si conforme à l'esprit général d'une littérature qui avait sa place parmi les instilutions de l'État, se montre plus ou moins dans la plupart des ouvrages dont je me suis occupé jusqu'à ce moment^; mais il domine et règne presque sans partage dans deux compositions d'Euripide, qui sont, on peut le dire, et on

l'a dit', des tragédies de circonstance, les Suppliantes et les Héraclides. Il nous aide à comprendre l'intérêt qui

pouvait s'y attacher alors, et dont l'absence se fait aujourd'hui trop sentir; il sert à excuser, à expliquer

des défauts que l'art dramatique aurait le droit d'y reprendre.

Les récits fabuleux de la généreuse intercession exercée par Athènes pour assurer §,ux guerriers morts devant Thèbes les honneurs de ha sépulture, de la protection accordée par elle à la famille d'Hercule contre la persécution d'Eurysthée, olVraient à Euripide, avec l'usage du ressort le plus puissant de la scène grecque, je veux dire le respect des morts et des suppliants, l'avantage d'un cadre heureux pour représenter sa patrie comme la gar-

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