Vers
ETHRA.
Adraste, m'ont-elles dit, le chef des Argiens.
THÉSÉE
Ces enfants qui l'environnent, sont-ils à lui ?
ÊTHRA.
Non, mais aux guerriers morts.
THÉSÉE
Pourquoi sont-ils venus vers nous...?
ÉTHRA.
Je le sais, mais c'est à eux-mêmes de t'en instruire, ô mon fils!
THÉSÉE
Parle donc, toi qui t'enveloppes la tête de tes vêlements; découvre ton visage, suspens tes pleurs; que faire si d'abord tu ne t'expliques*?
On a remarqué ^ , comme un trait de mœurs curieux,
que dans cette troupe de suppliants, unis par la même
misère et les mêmes vœux, les hommes sont séparés des
femmes, que les uns s'adressent à Éthra, les autres à
Thésée : on a rapproché cette disposition de celle qui se voit au début de Y Œdipe Roi, où, parnri la foule do peuple qui vient dans sa détresse trouver le souverain de Thèbes, il ne paraît aucune femme. Quant à ce qui concerne plus particulièrement l'art du théâtre, le commencement de la scène offre un exemple de plus de ces suspensions habiles par lesquelles les tragiques grecs ne
manquent guère d'annoncer un personnage intéressant,
une situation frappante ^ L'un et l'autre se trouvent réunis dans Adraste, ce roi déchu qui vient implorer la
pitié d'un autre roi. Sa profonde douleur, son long silence excitent une vive attente du dialogue qui doit
suivre.
Ce dialogue commence par une sorte d'interrogatoire rapide où est rappelée l'histoire, si souvent retracée dans