‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 692 sur 893 · MAI · texte numérisé non relu

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héraut bien discoureur, bien peu au fait de sa charge, et il s'étonne de la bonté qu'il a de lui répondre. C'est permettre généreusement au spectateur d'en faire autant, ou plutôt c'est lui enlever malignement le plaisir de la critique. .

Il n'y a plus qu'à louer, lorsque, de rhéteurs qui disputent dans l'école, les deux interlocuteurs redeviennent des personnages de tragédie, traitant d'intérêts réels et présents avec le langage de leur passion, de leur caractère,

de leur emploi. C'est d'un côté l'interprète arrogant d'un

message hautain, rapologiste subtil d'un acte inhumain et impie; c'est do l'autre le soutien d'une cause sacrée, avec la conscience de son droit et de sa force. Le héraut du roi thébaln a interdit au roi d'Athènes de recevoir

Adraste et même de réclamer les honneurs funèbres pour les restes de ses guerriers. Voici en quels termes répond Thésée :

« Je ne sache pas que Créon soit mon maître, ni qu'il

ait tant de puissance que de forcer Athènes à faire sa volonté.

Certes le cours des choses serait étrangement trouble, s il en était amsi. Je ne commence point la guerre; je n'étais point avec eux lorsqu^ls marchèrent contre la terre de Gadmus : tout ce que je prétends, sans faire injure à Thèbes, sans la provoquer

aux combats homicides, c^est qu'on enseveUsse les morts, pour que la loi commune des Grecs soil maintenue. Quy a-t-il la

qu'on ne doive pas trouver convenable? Si vous avez eu contre les Arn-iens quelque sujet de plainte, ils sont morts; vous vous êtes honorablement vengés de vos ennemis ; la honte a été pour eux- tout est accompli. Souffrez que la terre recouvre enfin

ceux qui ne sont plus. Chaque partie de nous-mêmes doit retourner à rélêment d'où elle est venue, l'esprit au fluide éthéré, et le corps à la terre. Le corps, ce n'est pas un bien qui nous appartienne en propre; c'est un domicile passager que nous habitons durant notre vie. Il faut bien qu'à la fin celle qui l a formé le reprenne. Pensez-vous ne blesser qu'Argos par vos refus? non ; c'est à la Grèce entière que l'on fait tort, lorsque, frustrant les morts de ce qui leur est dû, on leur refuse le tombeau. Qu'une telle loi s'établisse, et elle fera un lâche du plus brave. Vous venez vers moi avec de menaçantes paroles,

et vous avez peur des morts, et vous n'osez permettre qu'on les

recouvre de terre. Craignez-vous donc qu'ils ne creusent sous

vos murs, ou que, dans leurs ténébreuses demeures, ils n'en-^ fantent des fils pour votre châtiment? C'est perdre vainement

ses paroles que d'alléguer de si folles terreurs. Mais ignorezvous donc, ô insensés, le trisie sort de l'humanité? Notre vie n'est qu'une lutte continuelle pour conquérir le bonheur: il est maintenant à celui-ci, tout à l'heure à celui-là; cet autre l'a déjà perdu. Cependant la fortune triomphe au milieu de ces

changements : les malheureu.x: lui rendent hommage pour en

obtenir un sort meilleur; les heureux la flattent, de peur que son souffle Devienne à leur manquer. Pénétrés de ces vérités, portons avec modération nos injures, et si nous nous vengeons, que ce ne soit pas du moins au préjudice de notre patrie. Que faire donc? il faut nous permettre, comme nous le désirons, d'ensevelir nos morts. Autrement, vous devez le prévoir, j'irai moi-même, et les ensevelirai de force. Jamais il ne sera dit

dans la Grèce qu'en vain est venue vers moi et vers la ville de Pandion la loi antique des dieux, et que nous l'avons laissé

outrager'.»

Le tour familier, la liberté de mouvements, qui s unissent dans ce discours à la dignité des sentiments, à l'élévation des idées, en font, à mon sens, un chef-d'œuvre d'éloquence dramatique. Le trait qui le termine est d'une grande beauté. Platon n'avait pas encore fait entrer la loi dans la prison de Socrate^ Gicéron ne lui avait pas rais

aux mains le glaive de l'homicide', lorsque Euripide, par

une figure hardie, osa la représenter comme le suppliant d'Athènes.

Après ces développements, la scène s'achève par un dialogue tout en répliques rapides oii se reproduisent

avec véhémence l'arrogante demande du héraut, le noble

refus de Thésée. Cette marche est constante chez Euripide, et en général chez les tragiques grecs, qui l'avaient prise de la nature. Elle a quelque rapport avec la coupe

actuelle de nos airs et de nos duos d'un mouvement d'abord plus calme et plus lent, ensuite plus vif et plus

pressé.

Thésée est parti pour aller traiter lui-même avec Créon

à la tête de son armée*. Les délibérations ne sont pas plus

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